16 JUIN 1998
mise en ligne :
mercredi 21 août 2002
par Klingsor

JOURNAL


A Cabourg






Toujours entre l’ombre et la lumière, c’est-à-dire du côté bleuté de la fraîcheur installée, ici sans source comme état pur ; la lumière d’une tranchée, chauffée dans le présent, n’ont d’acte les rayons que dans la durée par quelque différence la nuit venue, de température ambiante, plutôt douce proche de la mer. C’est que l’eau retient, elle se souvient du soleil un instant carré au couché puis rétif une dernière fois, redevenant plein de lui même ailleurs où il brille tache d’huile jaune luisant au fond du paysage.

Hier, le jour qu’il faisait moche à Rouen, moche ici comme si toujours les volontés salaces s’étaient liées, là où à défaut de monter les vagues retiraient la mer au loin, hier me permit de marcher sur ses pas, ce jour froid dans le dos des nuages soupçonneux de mes intentions, amassés aux bras joints de l’horizon alors qu’aujourd’hui ils se tiennent au sud (le vent venu du nord ouest les y a poussés) dispos, ces chaises et ces transats repoussés dans un coin du ciel, à discrétion.

Apparaissent des êtres sans mystère, malheureux éperdus. La tranche de la soif me laisse à vide, avec une ardoise et un chiffre illisible. A Rouen, le frères du soleil délavés des fronts des cathédrales pendues, fuyant sans savoir laquelle dans les allées de nuit dure de voyage, à peine s’il y resta deux heures et n’y tint plus. Les choses toujours fuyaient derrière, ou il leur tournait le dos sans savoir et encore en voulant leur rencontre mais d’une manière trop ouverte, en surface maintenant.

La fin du thé est froide, la plante d’empreinte prise entre les dents et gardée au goût de plusieurs respirations suivantes, de la fumée des cigarettes et des sucs marins donnés avec largesse. Avant de retourner. Deux hommes en combinaison étanche d’un blanc spatial froissé autour du visage dans la seule ovale paraissant, exposée, leurs mains gantées de jaune portent quelque chose de mort et probablement dans l’ouverture du véhicule enfournant se trouvent déjà d’autres corps périmés qui jonchent les planches rivetées au métal pourrissant. Est-il possible que ce soit ce bruit, que la mer je l’aie entendue jusque dans mon avant-sommeil ou est-ce celui de ma lutte contre le sol d’un vacarme ? La mer était retirée et je scrutais les motifs bleu lune et noir d’encre des crénelures répétées du mouvement de repli. Après les vagues grasses, peut-être l’angle des retombées boueuses du raccord d’écume jaune safran et poivre mélangés dans de l’eau sans mets à la coquille grise avant l’étendue collée au ciel du noir de la poudre au cyan argenté, mis à part l’ombre de soleil si c’est son pâle reflet allongé sur la lumière assujettie aux torsions érosives qui se passent, en profondeur eux.

Aussi sur la plage hier soir je mesurais la solitude à petits pas pour l’aller, au retour plus rapides à cause du vœu d’approche de l’éternel et parce que la fraîcheur avait accru, relayait le jour qui descendait peu à peu.

De la fin de la jetée au casino proustien dont j’occupe la terrasse en ce moment, où je suis le seul client baigné d’idées de luxes. Apparition de Paris pour les visiteurs cuits, leurs feuilles mortes arrachées et qui s’arracheront encore plus toujours un peu plus au rythme de ceux qui s’en iront mourir dans leur résidences principales, or de toute scène est celle du repas, la famille et les proches alors muets au dessert, méprisant les alcools forts, la question dans le ventre.

L’océan heureux de sentir la pourriture de la vie en toute franchise. La boue du monde se déchargeant, lascives, les flaques d’odeurs forcées s’exposent avant le retour.