dimanche 1er septembre 2002
par James Benoit

JOURNAL


Ici et là.






Ici, il ne pleut même pas. Certain le prendront comme ils le pourront. Il y a des gens qui cherchent la vérité, et d’autres qui ont perdu leur chien, et il y a des chances qu’ils se rencontrent en chemin ; c’est une méthode comme une autre.

Du voyage en avion, on n’a presque rien retenu : Un sandwich vite fait avalé, des spécialités des localités survolées servies chaudes et sous vide. Une Pomme, parce qu’il en faut. Sur un écran minuscule, un dessin animé qui défile sans le son. Tout le monde dort. Par le hublot, le regard embrasse des nuages. Des nuages en coupe, en strates, en rubans, en une nappe. Des corolles de papier déroulé pour y apposer mes notes... Mais finalement : rien à dire. Le vertige. Sous cette plage blanche, il y a encore des kilomètres de vide. Des kilomètres avant de te rejoindre. Et j’aurais beau crier. J’aurais beau hurler, à la lune qui se rapproche, dangereusement, menaçante, j’aurais beau hurler, oui, que tu ne le saurais pas. Je suis déjà presque ailleurs. Je suis presque dans l’espace, satellisé. A mi-chemin d’être oublié. A mi-chemin d’être là.

Et sur la terre, Clara profitait un moment de plus du cinéma. Les inventions de ses envies, dont celle de faire pipi. Une belle glace dans son cornet qui lui coule sur les doigts et le choc sourd des bombes qui atteignent le sol et qu’elle n’entend pas. Des anges sans les ailes qui s’écrasent comme des merdes et qui traînent derrière eux des filets de vapeur. Des maisons rayées dans les flammes. Des coeurs brûlés à blanc. Des pilotes sans une âme qui feraient d’un train des conséquences. Des oiseaux au ball-trap. Et parmi tout ceux là, un trait blanc qui redessine le ciel. Un trait ténu et continu qui s’amuse avec une frontière. Ici la droite, ici la gauche - l’hôtesse s’exécute - sur le fil du rasoir. Et, au bout, à bout de souffle, un avion qui fend l’atmosphère.

J’avais perdu mon chien. J’espérais te trouver. Là.