mercredi 2 novembre 2005
par James Benoit

JOURNAL


Et d’ici là.






Maintenant, que le vent ne nous tourmente plus, ni sous les toits ni dans nos cœurs légers dans leur duvet de plumes, âmes fortes de réfugiés, nous pourrons nous attarder ; essuyer les contours de la tâche avec un chiffon humide, en la frôlant, et sans blêmir, nous recentrer de temps en temps. Sur la pente que nous avons suivie, nous aurons au moins pu glaner des fruits juteux, mûris des années, et des morceaux de tissus aux lignes imprimées. C’est une chance comme une autre.

Il est tard. Sous l’auréole d’un abat-jour, une nymphe exotique qu’on a un jour rêvé d’appeler Clara, il y peu, subsistait en aparté à notre engourdissement. Clarté enfin trouvée dans une dernière raie de lumière, restée couchée sur un papier de Chine ou d’Arménie où on l’avait laissée en friche, lascive, elle se love dans les bulles amères d’un somnifère effervescent.

Restent, bien entendu, quelques instants à venir qu’on voit déjà poindre du doigt derrière les rideaux, derrière les oiseaux qui se hissent sur l’horizon, et qu’on sent se rapprocher, se répartir en fumées, ou, comme le marc dans une tasse de café quand on se retient de la remuer, précipiter, en haut, en bas. A l’esprit, des idées en charge d’excuser notre impatience, lance à la main, venues de lorsque nous avions le temps, ivres de sang à verser pour elles et pour en remplir encore des pleins gobelets sacrés, toujours à rassasier. Des souhaits à exhausser.

Restent des ascensions qu’on nous a promis de jucher sur des plans escarpés, semées d’embûches et de prodiges. Restent des attentions qu’on nous a promises. Se faire son cinéma sans plus bouger des canopées et sur les courbes des collines alentour s’assurer la main mise. Restent des encensions et des slogans qui savent aussi d’un seul élan achopper des objets tangibles à nos projets ambulants.

Mais d’ici là se lèvera l’étendard des constellations, infiltré dans les intervalles, comme une armée contre nous qu’on aura dressée, à l’improviste. Sans le voir arriver. Des desseins étendus qu’on aura reliés entre eux par des points en commun, qu’on superpose à présent les uns aux autres tant bien que mal en espérant un assemblage de fortune.

J’aurai alors défait mon corps tout entier sous une paupière fermée. Lancé à plein régime. J’aurai des voiles. J’aurai des brumes. Volontaire pour le désastre ou la félicité.