samedi 29 novembre 2003
par Klingsor

JOURNAL


Grande et belle

Normalité lisse






Dans cette grande normalité lisse, la situation n’est pas catastrophique. Seulement, certains éléments destructeurs et d’autres salvateurs se sont vu faire événement au milieu du salon, entre la table et le canapé. Dans la case où je tourne et me retourne, entre les parois de l’appartement où je me confine, dans les immeubles voisins qui tapissent mes yeux à chaque regard à travers les fenêtres, le quartier proche pour déambuler à quelques courses et la ligne de métro qui m’emmène et me déploie ailleurs dans la ville, ces bulles, mon seul décor, et puis quelques histoires, très peu. La vie est simple et finalement seuls les événements et les aléas viennent la faire se pencher ou s’élever vers un but, tantôt la rendre plus sensible ou bien l’atténuer plus encore, y glisser un grain de sable, savonner la planche, arrondir les angles, donner du grain à moudre, obscurcir ou dégager l’horizon.

09.11.03




Bien, reprenons.

Dans la normalité lisse où la situation n’est pas catastrophique, certains éléments, destructeurs ou salvateurs, font événement.

Au milieu du salon, entre la cuillère et la tasse, le dossier et l’assise, la table et le canapé. Dans la case ; qu’y fais-je ? On sera content d’apprendre que je tourne et me retourne. Entre les parois de l’appartement, je me confine, je suis entouré de toutes parts par, ce qui fait deux fois « par », des immeubles dont les plus proches forment ce qu’il est admis d’appeler le voisinage, et tout cela tapisse mes yeux à chaque fois que je regarde à travers les fenêtres, qui sont les seules ouvertures à ma disposition permettant de laisser pénétrer la lumière à l’intérieur et par la même occasion rencontrer mes cristallins avides de peinture qui, et c’est seulement ensuite de cela, verront l’image reconstruite dans le bon sens par mon cerveau de ce que la lumière aura colporté et que nous venons d’évoquer à l’instant bien, tandis que se fait jour une autre forme d’image tout aussi peu matérielle mais qui elle n’est plus éclairée par quoi que ce soit puisqu’elle réside à cent pour cent - admettons-le - dans ma mémoire : il s’agit du quartier proche, dont je ne m’évoque qu’une vague représentation au moment où je vous en parle, quartier à usage de déambulation survenant notamment lors des quelques mais régulières courses que la qualité et la proximité du commerce alentour rend possible voire selon les jours distrayante, dégourdissante. Et la ligne de métro, puisqu’on est à Paris il y a le métro, qui m’emmène et me déploie ailleurs dans la ville, tel un grand oiseau, une armée de pêcheurs, un parapluie tempétueux, un argument, aile-parachute-filet-troupe-banderole transitant tel un brin d’ARN messager à travers les membranes des cellules, ces bulles russes, ces poupées de savon, oui, c’est facile mais le résultat est faible, belle enfant.

Mon seul décor est planté cher public, lecteur chéri, tu n’y lirais que quelques histoires, très peu, certainement pauvres vu le ton déprimé du billet d’origine. Mais tentons, par exemple, dans un bar imaginaire, à un comptoir peu importe qu’il soit en zinc mais n’écartons pas cette hypothèse, la vie serait simple et finalement seuls les événements et les aléas viendraient la faire se pencher ou s’élever vers un but quel qu’il soit, la rendant tantôt plus sensible ou bien l’atténuant un peu plus selon l’intensité et la charge de la normalité courante qui y glissera un grain de sable ou savonnera la planche, arrondira les angles et donnera du grain à moudre pour boucler les boucles et faire rouler les rocs, obscurcissant l’horizon de la fileuse d’histoires qu’on raconte aux manoeuvres amnésiques.

19.11.03