8 MARS 1999
mise en ligne :
samedi 3 mai 2003
par Klingsor

JOURNAL I


Les joies raisonnables.

Potences






I

Commence par l’aval des Hommes. Ici celui qui meurt, à l’unanimité. Bien semblable aux prétextes courus, ceux qui ne s’éteignent pas de sitôt qu’on les pousse au dehors.

Mourant sous les suffrages, les effluves de sentence, l’oxymore saignante plaît aux esprits se nourrissant d’eux-mêmes dès un certain âge arrivé. Certains de toujours.

II

La fleur émargée. Collée aux joues de toute jeune fille venue assister sur le trottoir aux fastes de l’exécution.

De prime abord elles se sont soulagées avant de sortir sur les seuils leurs images sans compassion. Mais celle-ci dans le cadre qui sautille, est-ce la joie de le revoir, sa petite taille derrière le mur de la foule ? Un tuteur égorgé trône sur la place.

III

Les joies raisonnables. De fait, des joies sans craintes. De bons rires faux et la Vie qui sourit sans tenir sa Promesse.

L’engin de transport passe au-dessus des fronts des croyants, sur le passage de l’accord. A son bord, l’étranglé blême, le rompu désossé que l’on va démettre. Les femmes demeurent sur le trottoir que d’invisibles mains écartent. Les hommes, dont on reparle seulement, qui les touchent et les farfouillent. Cela pour le vulgaire et pour la chose aimable.

Autrement, ils paraissent un. Un, vautré d’amers reproches qu’elles abreuvent, un qui tient fermement un poignet rougi. Redresse un cou bandé, la langue en exil dans l’étau de la mâchoire pendue sous un regard mort ; la procession sert l’usage de sa force.

IV

« Je peux simplement rayer de ma mémoire le reste qui ne m’est pas permis. » Le mort avance, interdit ; rien n’augure ses crimes, mais cette mine éteinte ne l’a jamais quitté.

Dimanche apprêté sous une lune douce. La ville meurt encore de cet amour.

Rien que la ville. L’horizon s’amenuise sans passions, loin derrière la masse radieuse des enfilades de corridors et des futures salles d’attente que le chantier d’une tour ignore du haut des pointes de son armature.

V

D’ailleurs l’heure passe Où tu ne verras plus. C’est à propos du visage Qui demeure sans reflet.