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36,37*14.04.97



Hier, dimanche. On a foncé à travers les autoroutes et les nationales, les départementales, bref, deux heures et demie, et nous voici arrivés à Trouville-sur-mer.

Tout le monde a terminé de se réveiller, encore tout coincé dans sa pose inconfortable, la tête sur les cuisses d’un autre, la nuque de l’un brisée en arrière sur la plage du coffre, ou encore, blotti dans le recoin du siège et de la portière. A peine trois quarts d’heure pour dénicher une place loin des prostituées horodatrices. Oui gratuite, on est des jeunes. Contre un trottoir.

L’avenue, trempée de monde, les voitures luxueuses et les autres, plus anonymes, de vulgum populus comme nous qui ne nous en croyons pas, rangées de lunettes de soleil exposées aux terrasses des cafés, déjà les premiers débits de fruits de mer font leurs premières affaires, plage, casino tout à l’heure, plusieurs coups à boire dans quelques bars, promenade lente et lectures de cartes, menus variés se répétant, restaurant, bien, bon, repas, aussi long que le voyage d’aller, payer, machines à sous, 1 franc, 2 francs, 5, 10 francs, menu à 79 francs, jackpot : 6.459.876 francs, 6.462.125 francs, 6.462.942 francs, 6.46.. Sur la terrasse d’un café cher pouilleux mais sur le sable, bar de station de sports d’hiver, sans les combinaisons et les skis et tout le reste. Bronzettes. On va bientôt rentrer. Pas trop tard. Quelques minutes, encore allongé sur les grains et les coquillages concassés. Juste le temps de voir un peu le bleu fâché, le vent froid, cerfs-volants, sans conviction. Carburant, directions bleues, péages, kms à l’heure, courant des voitures neuves dans le rétroviseur, file de gauche, ralentissements, un camion perdu, accélération, après, bouchons, tous ensemble au même moment au même endroit, files, files, files, files, files, fiels d’être parqués, et après les machines voraces et leurs barrières idiotes, re-files et pointillés, il fait nuit, ça sent déjà Paris, environs de Boulogne, ces falaises qui n’ont pas bougé depuis le matin où je me prends à penser qu’à cet instant même cette journée était terminée. Quelques neurones et quelques synapses pour superviser le contrôle du corps et la gestion des réponses et des phrases creuses et des opinions surgelées qu’on défend avec l’acharnement du désespoir à table entre le verre de vin blanc et le plat qui refroidit. Cet état de l’âme molle, cervelle grisâtre flanquée sur une assiette blanche, qui nous embrasse dans l’attente des ascenseurs, dans leur montée et leur descente avec le silence des autres, dans le métro, entre la boulangerie et la voiture, sur le trajet su par le coeur du corps, immenses instants de la vie.. Tournants des embranchements du périphérique, choix de directions, cliquez sur le panneau de votre secteur, slalom Super Géant, rouge-blanc des pixels, des phares dessinant les flancs de la ville, chaotiques, Entrées/Sorties, directions, le panneau bleu, bientôt, à cinq cents mètres, tournant à cent degrés, descente, accélération, chemin connu, plus besoin de lire les indications qu’on lit quand même, par habitude de les lire, voilà, c’est la nôtre, on est chez nous.




 
 
textes

4-07-2002
premier texte
Celle-là.
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