SEPTEMBRE 1998
mise en ligne :
mardi 10 décembre 2002
par Klingsor

PREMIÈRE PARTIE


Cahiers de Septembre 1998

III



Première partie




Le maître parle. Il raconte sa vieille vie de vieux. Je disais sa vraie vie en mieux. Réellement il parle en inventant comme on s’exprime, il ne cherche pas ses mots et c’est d’autant plus perceptible qu’il a des formules toutes faites, qui ne lui appartiennent pas. Des imaginaires communs. Il a des idées derrière son front usé par ce que le front endure et toutes les choses qu’il a prises de face au cours de sa vie. Dans son crâne des notions et des pensées se meuvent comme les nations et les peuples, des projections assez vieilles et solides, des images devenues forme et tour à tour objet et concept, des souvenirs lumineux qui s’imposent sur ce qui s’est passé dans un grand noir une fois qu’on a épuisé la fortune des sens. C’est là le premier secret. De cet état de pauvreté de moyens, le maître ne dit rien, il en a la révélation, depuis longtemps sa seule richesse.

Refermons la porte. Sa respiration suit son chemin mais s’accélère quand il réalise à la dérobée qu’il doit en ce moment mentir un peu, ou non, tout juste ne pas dire exactement la vérité, l’état des choses tel qu’elles furent, mais c’est résolument impossible et il a déjà maintes fois essayé. Borgne parmi les aveugles il dit ce qui l’entoure, et nous enveloppe de ce qu’il dit. Ainsi fertiles dans le paysage désertique, ses paroles découvrent les étaux figés où elles s’enroulent et devinent les facettes vierges habiles à recevoir leurs racines.