vendredi 6 septembre 2002
par James Benoit

FAUX JOURNAL


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Dans un instant ...






Sur le devant de la scène : des comédiens. Des gens qui n’existent pas. Alors que font-ils là ? Ce n’est pas l’heure du thé, ils n’ont rien d’autre à faire. Et nous ?

Il y a un décor. Des draps tendus sur lesquels on projette toutes sortes d’ambiances, de lieux, et des désirs, et des souhaits. Des poutrelles métalliques, là, au-dessus de nous, soutiennent tout ce monde, et les lumières, celles qui nous laissent dans l’ombre. Dans le fond, on ne le voit pas, mais on devine des loges. Et on s’y prépare en secret. C’est un futur qui se met en forme. Derrière, nous avons garé nos voitures et laissé nos enfant à garder par la baby sitter.

Les sièges sont moelleux, c’est ce qu’en dit Angèle qui n’y est pas habituée. Les portes latérales donnent sur les toilettes. Elle les a repéré dès l’entrée. Il ne faudrait pas s’y tromper, elles ont l’air de tout autre chose, avec des serpentins, des accroches coeur, peut-être même des rivières de diamants qui scintillent pendant notre absence.

Elle déplie son sac en daim et y range ses lunettes dans leur étui de carton souple. Après tout, il n’y aura plus rien à voir pour ce soir. Le monde, on en a fait le tour. On a même fait l’amour. On a pris le temps de remplir le frigo au passage. On porte des baskets d’importation. On trompe la galerie avec du mascara. C’est dans la norme des apparats. On a un string en dentelle de chez Tzara sous un pantalon égoïste. Et chacun porte son poids.