jeudi 13 mars 2008
par James Benoit

JOURNAL I


Colloïdes.






Quelque part à l’arrière d’un taxi, à la rampe métallique d’une rame de métro, à travers ces quelques lignes, un sinistre cloporte, docteur en médecine, prie silencieusement pour le pire, pour un peu de légèreté. Pour partir en cendres et danser dans les tourbillons avec les particules élémentaires. Atteindre les nuées où il paraît qu’on coule des jours heureux sur les rives des fleuves de miel et sous des pluies renouvelées de baisers salés.

Royaume indéfini, uniquement pour les oiseaux, où transitent des pachydermes vaporeux, indirigeables, aussi lourds que des transporteurs de fond, immenses comme des montagnes de plomb parcourues de peuples migrateurs, de parasites, de nettoyeurs, et qui dans la torpeur, vaguement, dispensent les ordonnances, les grêles, et les coups de couteaux.

Moins denses encore que la mousse de lait. Nuages, dans le thé de cinq heure, à l’angle de la rue blanche où j’arrive, en retard, accompagné de l’ombre de mes réflexions advenues en chemin, au hasard, et qui ne me lâchent plus, prêt à tout livrer en miroir au petit repli du monde que fait mon voisin avec son coin de nappe.

Un verre s’est posé sur une coupelle, là, et baigné de soleil, se trouble d’eau avec lenteur. Colloïdes qui s’entrelacent, en attendant, sous la surface. C’est qu’il en faut du temps pour apparaître tel quel. Des mots qui s’enfilent uns à uns, nus à nus, comme les saouls au comptoir les verres, ceux de Prévert, ceux de Molière. Des comédies de la vie, des poésies, en somme, quelque part, comme partout, nébuleuses de vérité, mais impalpables.

Comme aux rêves empressés des grattes ciels, le dimanche, on demande, déchirés de sombres pensées, quand on ne voit plus se tendre aussi souvent dans la journée leurs mains crochues vers les hauteurs, vers les finances, plisser les draps et les abords des villes, quand il faut froncer les sourcils pour distinguer dans les reflets le mouvement à l’étage d’une main agitée.

Et des monts accumulées qui remuent le temps par brassées, qu’il fasse beau, vents et marées, comme des drapeaux, comme des vœux implicites à l’aube d’une année qui s’efforcent à jamais de rejoindre l’été, traversent. Des ponts jetés entre les rives des fleuves asséchés, qu’on passera à gué. Circulent, onctueux, et puis reviennent. Des nuits d’orages. Comme le sang tourne dans les veines, jusqu’au lait caillé, jusqu’à la sève. Des poussières qui retombe, toujours, et puis s’élève.