mardi 15 avril 2008
par James Benoit

FAUX JOURNAL


Verticales






Il pleut des cordes raides, immobiles, tendues bien haut entre ciel et terre, mais il ne fait pas froid. Des étages d’un ruban taillé d’un trait dans les forêts se font des lisières d’arbres et de jeunes pousses jaunes qui se hérissent au passage et envoient dans un geste s’exhausser vers les nuages de microscopiques gouttelettes d’or.

Plus haut, presque au-delà, plus grandes que la dépression où tout paraît plonger, on y gravit des montagnes, juste à flanc de falaise, et des racines qui s’élèvent, des amas de roches pliées et des cailloux empilés les uns au-dessus des autres, des pans intacts que dévalent des rivières, à torrent.

Tout pleure d’une eau sans sel qu’alimentent les pentes dans l’attente d’une raie de lumière qui creuserait de son entaille dans la masse abrutie du ciel un sillon pour un cri. Et des collines, d’ici, bombent le dos, dépouillent leurs cervicales des torsions et des nœuds d’une colère contenue, encore tout entière.

Il y a ce qui reste de la nuit, la longue nuit, des plis penchés dans les rideaux de brume, et dans les vapeurs qui se hissent au long des oripeaux, on peut encore apercevoir des lignes de longitudes, des échelles molles au bord du monde, qui nous feraient monter au fil des côtes et des escales tête courbée vers les cieux.

Et puis, des éclairs abrupts, nés dans les nuées incendiées comme des ballons lâchés qu’on ne peut plus rattraper, raturent le ciel de printemps comme s’il n’avait jamais été, comme s’il n’avait jamais du être, comme si finalement il n’était pas la chose à venir. Pas encore. Pire encore. Des lueurs subites, des visions qui saturent l’air d’un souffle d’excitation, d’interventions divines, versées par poignées, crament la rétine, la résine, les écorces.

Face aux flots qui leur trébuchent par-dessus, lourds de conséquences, des trombes qui vacillent comme des bombes et oscillent, les troncs des arbres dressés depuis le sol s’accrochent à l’espérance. Ils cambreront un torse meuble en signe de défiance et s’accrocheront au sort, s’il les mène avec le temps qui s’allonge par les monts et l’étang et la grêle et le vent, au soleil.

Des troncs d’arbres arrêtés en pleine division, enroulés sur eux-mêmes comme les colonnes blanches des églises empilent des étages de pierres et des prières qui montent évaporées par un effet miséricordieux de la gravité, soulèvent leur propre poids. De quoi remplir des piles de cahiers à spirales.

Des roues de destinée qui tournent au-dessus des têtes comme des chevaux au manège, montent et descendent tout azimut avec des questions à la clef, des causes pour un effet, pourquoi m’as-tu quitté. C’est tout le ciel qui tourne, toute la journée, tout au long de l’année, n’affirmant en son centre qu’une étoile escarpée.

Ce sont aussi des illusions qui tombent. Autant de couperets qui rappellent d’autres herses, levées comme des armées, autant de négations empilées à hauteur de vertige, des coups de couteaux dans la chair qui ont fait couler l’encre, disparue dans les eaux. Et l’aube du mois de mai, autant de mains coupées qu’un oiseau a volées, qu’on ne retrouvera pas. Et d’autres puits au fond desquels on revient s’épuiser.