mardi 18 novembre 2003
par Url

FAUX JOURNAL


Un bocal d’oranges posé près d’un livre à la couverture jaune






Un café bu devait me faire partir loin d’un bocal d’oranges posé près d’un livre à la couverture jaune. La lumière triée par les reflets rosés des rideaux irisés enveloppait comme chaque jour les pots de plantes vertes et la verrerie décorative que je découvrais chaque matin avec le bol bleu ou vert de thé doré. De la musique classique à la radio.

Une bouteille de matière plastique soigneusement bleutée bleuissait encore un peu d’eau. « Boire Contrex, c’est le bon goût de l’efficacité. » D’abord je ne comprenais pas, des images de société robotisées et de régimes totalitaires réapparaissaient des nombreuses lectures de nouvelles de Science-Fiction, ou bien, moins des images mentales que des schémas vite montés à la manière des tentes de camping, des matelas gonflables et des leurres militaires : des représentations d’idées griffonnées au crayon, dont l’ensemble restait flou à l’exception de quelques détails ça et là volontairement détaillés puisque c’est sur cette zone que l’oeil fera la mise au point. Au-delà des sels minéraux vantés dans des bulles qui n’évoquaient aucune dictature, Contrex, mon partenaire minceur.

A l’écran, la forme féminisée de la bouteille s’invitait dans les sacs à main de femmes qu’on aurait pu voir en tailleur, dans les voitures, les taxis, les aéroports, les grands bureaux en étages, les salles de réunion, spacieuses, couvrant un angle entier de building de verre et de plaquages de bois clairs. Le soir enfin, vêtues, au sortir du bon bain chaud et mousseux aux huiles essentielles, d’un épais peignoir blanc, confortablement lasses dans un petit sofa parme.

Un ciel bleu d’automne. L’après-midi. Les rayons du soleil dans les voilages brillants des fenêtres, le découpage lumineux de l’une d’entre elles projeté sur le papier peint clair.

Les premières lumières qu’on allume, la tombée de la nuit, la dictée du journal, le jour qui n’en finira pas de baisser et restera encore longtemps à fondre lentement et obscurcir les décors.