samedi 26 juillet 2003
par James Benoit

EN MARGE


Comprenons-nous bien.






A force, j’essaye de vouloir ce que je fais. A force de le faire, j’essaye de le vouloir. A la place, je ferais bien ce que je veux, si je voulais quelque chose, mais je suis à peine bon à me regarder faire, sans volonté.

Je m’efforce sous toutes les formes d’avoir contact avec un élément d’instinct qui me donnerait la puce à l’oreille, un fil conducteur, l’envie de mordre, un coup de pied dans les reins, ou n’importe quoi pour me faire faire un pas, par-là.

Aussi, j’envie ceux qui ont envie. Ils luttent pour leur accomplissement. J’envie aussi ceux qui font, même sans en avoir envie, ce qu’ils veulent - peut-être ce qu’ils sont. Ceux qui se font, alors que je me défais. Ceux dont le geste est un aboutissement de soi, n’importe lequel, alors que le mien est invariablement une nouvelle distension de mes mailles, les mailles de ma fibre. Quelle fibre... je suis un bouquin.

Fibre comme celle d’un arbre. Une plante qui voudrait apprendre à marcher. Peut-être, justement, constatant qu’elle n’a pas de racines. Je pense au mythe de l’arbre à l’envers. Les racines plantées en l’air, il lui faut progresser, trouver des rocs pour s’accrocher, des pierres à contourner, des nappes à puiser, et les branches étendues dans le sol, les feuilles écrasées par la terre, il fouille à la recherche de vent et de lumière. Les mailles de ma fibre.

Non, parlons franchement, si je voulais quelque chose, si j’ai voulu quelque chose, j’ai du apprendre à l’enterrer. Justement. Ma vie est en haillons. Peut-être est-ce aussi à force d’affecter toutes mes erreurs en un style personnel. Non, comprenons-nous bien : je ne ressemble à rien... alors j’écris un bouquin.