lundi 3 février 2003
par James Benoit

FAUX JOURNAL


Orbe trois






Toujours occupé à ses affaires Antoine attend que ça se passe. Déjà, avec un nom, il se sent mieux. En quelques coupe de fourchette, il a fini son plat de lasagnes fumantes, et s’apprête à l’arrivée d’un café. Une loque féline ronronne sur le capot d’une décapotable et à l’étage, à la verticale, à l’angle de rue, des rideaux blanc affleurent à la fenêtre entre-ouverte.

Encore trois heures à tuer. Il a peur de rater la dernière. Hier, c’était un appartement à meubler. Et des cris d’enfants dans les coursives. Les déménageurs s’étaient donnés un mal fou à monter la commode à l’étage. Il n’avait pas été possible de la hisser par la fenêtre avec des cordages compte tenu du surplomb inquiétant des balcons.

Le plus gros d’entre eux dégoulinait de sueur. D’ici, il en avait un aperçu assez satisfaisant à chaque nouveau voyage. Essoufflé. Auréoles sous les aisselles. La chemise en moins, c’est le tee-shirt qui fait l’éponge. Et puis le front et la cascade des sourcils. Et le short de tourisme qui en reçoit les restes. A souffrir ainsi, ce n’est pas une vie. A sa place... Non, au fond, tout c’est très bien déroulé et le spectacle a était bon.

A la table du café, dans un croissant de soleil découpé par un parasol, une cigarette fume dans le cendrier. Un sucre inutile fond emmailloté dans son papier, au contact de la cuiller, sur le bord de la tasse. A côté, posée ouverte et retournée dans le but d’y revenir plus tard, une Bible illustrée pour adultes en édition de poche. C’est le tome trois.

Ou y trouve un peu toutes les histoires, aussi historiques et irréfutables que le reste, qui ne sont pas traitées, ou à peine, dans la version originale. Elle qui, pourtant, présente déjà un nombre calculable de personnages. On se demande si ça a été fait, d’ailleurs. Ca, et le nombre de verres bus dans Au-Dessous Du Volcan...

Les secrets de l’à-côté, et tout ce qui gravite sans trouver d’attache. Pour le moment, c’est une histoire d’amour déchirante sur les pentes de Jéricho qui fait suite à une série de saynètes sans beaucoup d’humour sur les baby-sitters de Bethléem et leurs mœurs particulières. Le tome quatre est à paraître, sur les recettes de cuisine et l’art du jardinage.

Le serveur repasse et demande à encaisser. C’est qu’il termine son service. Marre de l’uniforme. Un rapide coup d’œil à sa montre et quelques pièces de monnaie. La femme enceinte passera à trois heures son visage derrière la fenêtre, là haut, et puis il sera temps de regagner la gare et puis des trajets et des villes qui s’enfilent et se dévident. Un hôtel pour passer la nuit où on s’attarderai bien un peu.

A peine trois heures pour qu’elle se présente, ronde, gracile, grosse de quelque chose, une envie, qu’il faudra pouvoir porter à terme, à temps, à défaut de quoi l’événement devient vite une prison, une situation, on en sort pas, un asile pour des conjectures éperdues et des sentiments arrivés trop tôt, et qui débordent les intentions et les circonstances, et des actions grossièrement achoppées.

Et puis c’est tout qui enfle, à terme. C’est comme une période de séduction. Un vase à remplir, ou un verre d’eau, mais sans l’eau, qui se tient sur son sous-verre, en terrasse. Il faut savoir s’absenter, nous aussi, toujours dans l’attente, en devenir, et le suspens. L’association des idées, un jumelage de villes voisines, c’est pour plus tard. Ca va commencer.