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Balade Epiqua.





Il était une fois à la fin d’un siècle, deux garçons liés d’amitié. Le premier se nommait Carmin, l’autre, c’était l’acteur.




 

En ces années de verte jeunesse et de poumons affamés, cent lieues marines représentaient alors un périple inédit, fastueux de ses odeurs et de ses parfums insolites pour qui a le cœur facilement plein de désirs. C’est en ces termes que, l’été venu, Carmin reçut une lettre, par un beau matin que le soleil baignait de ces rayons d’angles audacieux et infléchis, présages particuliers qui font sourire les hommes. C’était son aimée, sa chère partie en voyage qui lui écrivait de son île là-bas, bordant le pays de Vendée.

C’est bien sa douce écriture, si belle en ses manières et charmante dans la note d’incertitude que chaque lettre formée implique avec la suivante. Son cachet adoré orne l’enveloppe dans laquelle repose le billet, sûrement plié en deux d’une façon toute féminine, et porteur de lourdes promesses que quelques tournures de phrases parfois mystérieuses enchantent d’un non-dit, qu’on souhaite ne jamais savoir pour le mieux conserver.

Il la lit : « .. j’ai découvert ici le bonheur mon amour. Tu n’auras pas la fleur que tu as tant chérie. J’en fis don à un autre qui me fait femme lui. »

Le soir vient et Carmin est perdu dans le noir. Il se remplit d’alcool et enjambe la nuit, à tenter de comprendre autre chose, se meurtrissant les yeux sur les pauvres mots sanglants. Au travers de la bouteille, le papier s’étale comme une note ridicule. L’acteur lui avait dit les jeux d’enfant que l’eau et les liquides font en coulant en travées sinueuses contre la vitre. Des sillons se forment machinalement et se grossissent des gouttes qui frappent la paroi dans le ballet tragique de sacrifiées se consumant dans la danse. Et quand dehors c’est obscur, le peu de lumière qui reste dans les bars termine sa course dans la vitrine, se liant d’un amour pur avec cette eau où apparaissent et luisent les naïades d’Apollon. Elles franchissent le ciel si bas et comblent les misérables de leurs murmures irréels.

Au matin, Carmin appelle l’acteur. Là il lui parle avec le timbre, les notes et les tampons qui taisent le malheur qu’une telle voix ménage. L’ami, comme tout acteur, trouve son rôle à jouer, et informé de la funeste, il emmène Carmin-le-Seul au pied d’une forteresse, sous un ciel bleu d’amoureux. Carmin-anéanti-par-la-Peine, Carmin-Vengeur, Carmin.., tous ont en lui leur mot à dire car ils ne veulent de ce faux rôle d’amant trompé. Il faut que cela cesse ô mon amour avant qu’il ne pourrisse déchu. Gonflé du désir langoureux, Souffrance voit Carmin-le-Juste la fuir avec Douleur, entraîné par l’ami. Ils iront donc.

L’acteur conduit, Carmin lui, pense. Comme il y pense encore ! alors qu’une nuit point déjà des ruines de la précédente. Hier à retourner les mots afin d’exorciser leurs phrases trois fois maudites, et ce soir les mains vides, se gardant de hurler.

Le voyage est long. Cent lieues marines, cent lieues tendues à regarder la nuit de front. Il s’entête à rester éveillé, pourchassant ses idées et les rassemblant aussitôt. Ecrivant autant de nobles tirades que d’odieuses sentences. Régulièrement, quittant les flancs ténébreux de la route, ses yeux font un tour du côté de la silhouette régulièrement éclairée des crépitements de la braise qu’attisent des bouffées aspirées. Il fixe un moment son regard autour des lueurs de cigarettes que le conducteur allume. Au profil inchangeant, l’attention projetée sur la route.

Ils arrivent finalement. Là, des hommes ont bâti un pont insensé, reliant au continent cette île qui brille discrètement de ses quelques phares. Le ruban de bitume passe outre les eaux, à l’abordage du petit bout de terre isolé, où Elle, à cette heure jeune de la nuit, rêve du sable et de la plage pas loin de la maison, des herbes dérangées qui lui piquaient la peau, de la vive odeur d’iode qui couronne son épanouissement, de la beauté de ce ciel. Pas le moindre des paysages.

Bordant les images de son bonheur solitaire, des sons étranges peuplent son sommeil paisible. Hier soir elle s’est endormie un peu plus tard que d’habitude, pour mieux savourer d’une bouche gourmande sa figure grise et gravée, défaite des mets délicieux de la journée. Elle a revu ce type. Il l’a vite pressée ; ils se sont baignés tout l’après-midi. En fin de journée vers six heures, elle est passée sous lui une fois de plus. Lui l’a collé, l’a frotté, l’a bien visitée avant de la parer de son haleine entrecoupée de quelques bribes incohérentes autour du cou. Elle, dans son bonheur, riait intérieurement. Parce que les poils qui naissaient sur le menton de ce gars chatouillaient vraiment, presque autant qu’une plume. Les images s’accéléraient maintenant, se faisaient plus nombreuses, plus précises dans ce mouvement. La ronde l’enivrait et elle tournait toute seule en riant comme une enfant. Elle riait encore quand ils eurent franchi le pont.

Villes et fleuves sont déjà loin, et les deux amis finissent la route. Les bâtisses du village se parent du bleuâtre annonçant l’aube, pas un bruit ne distrait là le souffle rauque du moteur qui s’éteint, sinon le vent qui le remplace, comme une nouvelle ligne d’accords. L’acteur extrait lentement la clef du contact, l’air s’engouffre comme une beau chien heureux par la portière relâchée. L’étuve arrêtée sur la place de l’église se rafraîchi et grince d’inquiétude. Les yeux de l’acteur sont restés immobiles. Il semble soûl de fatigue alors qu’il fait ses premiers pas ici, tâtonnant paresseusement du pied le sol refroidi de la veille. Cent personnes ont déambulé ici même quelques heures auparavant. A présent, tous, ils dorment dans leurs petites boîtes blanches pittoresques et sont complices du drame de cette pièce héroïque, dont certains signes annoncent qu’elle touche à sa fin.

Le jour va bientôt être levé. On entend des gens, qui boulanger, qui pêcheur ou qui pompier, veillent et sont les premiers dans ce matin irrémédiable où l’on range un peu en avance le décor de la nuit. Carmin est plein des mots qu’il a assemblés sur la route lorsqu’il arrive devant la demeure de la vilaine fille. Mais tout se bouscule pour l’instant de grâce. Les loges se font bruyantes, un faux nuage tombe et s’écrase au milieu des cordages et des machines de spectacle. Le navire paraît s’ébranler sous la scène. Quelqu’un parle tout haut, on se fiche donc de la fin ! Que vois-je ! Carmin est accablé, les nuits blanches lui pèsent. Il joue encore, il reste jusqu’au bout. Pourtant il cueille la fille au réveil, il lui dit bien des mots, n’importe lesquels, même ceux qu’il a préparés. Il bafouille, il jure, il promet de la sauver. Elle, elle se dépêche d’être honteuse, elle tombe vite en pleurs. On croirait qu’elle divague d’émotion, alors qu’elle affecte en regardant en l’air de ne s’être point attendue à une telle visite, dont « cent mille lieues de trahison » eussent dû la prévenir, si elle avait dit son texte. Implorant à genoux sa pitié comme on demande l’heure debout, elle lui tourne la face, lui s’enfuit de dégoût. L’acteur, dont le rôle à la fin est le même qu’à l’aller, saborde ses tirades et salue en premier l’espace bleu de la mer où a lieu le public.






Une putain m’aurait mieux plu, derrière des rideaux pleins de crasse. J’aurais enlevé le sort des pertes sonores et accusé le temps qui tournait à l’orage. J’aurais tué un homme honnête de crainte d’être inculpé pour fraude, au mieux il me fût venu une idée avant de me foutre à l’eau. Mais rien de cela n’arriva et je suis bien en retard sur hier. Et la montagne des lits à jeter dehors me met hors de moi. Je saisis à peine mon propos que je me moque de moi-même, insulte mon idole et le ciel se couvre, c’est la nuit et le refrain identique à l’irruption deux fois repoussée emmène le délirant remplir sa feuille de séjour. Il tente de fuir et les drôles le rattrapent, se gavent d’un sourire neuf qui les caresse là. Me serais-je joué de vous, non je n’y aurais pas survécu, sœur de celui-ci qui reste après l’alerte qu’on a donné ce soir et qui vient lui rendre visite à chaque apparition du soleil. Ou bien est-ce le contraire, enfin tout de même elle vient et lui se tient assis sur les marches, même qu’il pleuve ou que le givre se forme tôt dans l’après-midi, il est là comme nous nous parlons et sans avertir par quelque signe sur son visage qui va se convulser et qui est encore si paisible, il hurle son texte strident d’une lettre infinie que seul l’air forçant la porte de ses poumons à grand peine interrompt jusqu’à l’arrivée de l’infirmier ou d’une crise plus grave, elle le sert dans son étau et alors il se tait de nouveau, pour des jours et des jours cette fois-ci avant de pouvoir rouvrir les yeux qu’il a, crispés sur son épaule maigre. Non, pas de meilleur jour à trancher qu’il se présente sur un ciel couvert de masses nuageuses qui s’entrechoquent lentement - lentement quand on les voit d’ici, ils se percutent de tous leurs fronts en réalité et s’épaississent en hauteur en une montée d’embrassades vaporeuses - ils défilent les uns sous les autres en nappes de régiments en retraite du nord ouest, filent mais laissent leur ombre tomber, à perte. Quelques degrés passent au cadran solaire de l’époque. L’amiral est content du tour que prennent les événements, un sourire triste de circonstances sur les lèvres, il arpente le plancher décapé du salon en songeant à ce sourire étudié qu’il s’imagine tel que dans le miroir le soir venu au moment de se coucher ou le matin au rasage, un air de haute compréhension l’enveloppe de près avec en plus une petite note d’humilité de rigueur et des pincées de sagesse pour finir ; le sourire de l’amiral demeure dans toutes les mémoires un ensemble d’impressions dont l’image physique s’est détachée, laissant un tissu de considérations imposantes et de jugements induits par ce sourire faux, une aura de respect et d’intelligence, de noblesse et d’expérience sûre attribuable autant à l’homme qu’aux personnes touchées par son maquillage subtil, la générosité se répand à son égard et chacun est content. L’amiral a regardé le ciel un peu bas, troué par endroits de fond bleu, il semble revenir sur terre où nous l’attendions et guettons l’instant d’une seconde qu’il ne laisse s’éterniser, le résultat et les conseils de sa récente ascension. Son bon sourire oublié dans le ciel se repeint sur la figure de l’homme, chacun souffle intérieurement, le cœur se fait léger, car la mine bienveillante du guide en ces lieux demeure inchangée. Rien ne change.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

2-11-2005
Et d’ici là.
- James Benoit

29-11-2003
Grande et belle
Normalité lisse
- Klingsor

16-10-2002
Arton99.
- James Benoit

1er-09-2002
Ici et là.
- James Benoit

21-08-2002
A Cabourg
- Klingsor

19-08-2002
A Paris
- Klingsor

6-07-2002
sans date
Balade Epiqua.
- Klingsor

Conception et réalisation Homo futuris