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Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.





Les discussions font encore rage autour de quelques grumeaux de pellicule et des mots fusent comme des photons, comme des éclairs après l’orage se mettent en grappe dans le ciel d’automne, font resplendir les pelouses en rez-de-jardin et luisent par saccades dans le miroir des fenêtres aux chambres laissées closes, plus haut. L’air y est encore dense, qui résiste, d’un mystère à comprendre qu’on voudrait observer par le trou de la serrure. Ouvrir un parapluie sera encore la meilleure voie pour ne pas s’en mêler, ne pas lever le regard, se piquer de curiosité, ou se couler dans les coups de sang. A quoi bon se risquer à faire un mauvais choix quand la nature des choses est là, et qu’elle prend le relais, tout au fond de soi. S’écarter du danger, vite fait, pour mieux s’en protéger, se ranger dans un coin et ne plus en bouger. S’il est vrai que la controverse fait l’intelligence, savoir se tenir loin de l’intelligence, c’est aussi savoir se tenir loin des questions et des doutes. Il ferme les yeux, comme on le fait sur une bassesse humaine ou sur des jeux d’enfants et se passe le majeur sur le sourcil. Sans suffisance, sans bienveillance. Ils n’arriveront à rien. On ne peut pas tout faire, tout gérer, c’est vrai. On ne peut pas tout savoir. Ce qui veut dire aussi qu’au fond on ne saura jamais rien. On ne comprend pas, les pas, les uns derrière les autres. Des marques pages. Des successions d’images. On aura beau chercher, on ne trouvera pas de fin, même pas de lien pour tout faire concorder. On peut toujours courir ; on veut toujours courir. On veut toujours tout savoir sans même se demander s’il y a bien quelque chose à savoir ou bien si tout ça n’est pas qu’une invention, effet de style, une élision entre deux phrases, bulle de rien, générée par nous-même pour meubler à la fin nos instants agaçants de curiosité, d’oisiveté, de désarroi.

Rien n’est acquis, pas même à celui qui le sait. Tout est douteux, toujours soumis à révision et à reconstructions. Les quêtes et les ambiguïtés génèrent autant de désespoir que de rêve. Et les rêves autant de désespoirs. Ni la victoire, ni la gloire. Jamais rien n’aboutit. Jamais, les clefs ne sont entre nos mains, jamais entre les mains d’un seul. Jamais entre les miennes. Pas de précurseurs, pas de hérauts qui se dresse. Pas de héros. Ca serait trop facile. Reste alors l’impulsion avantageuse de regagner les rangs, se fondre dans la masse des choses, dans le flot des mots et dans les éléments, et cette idée rampante à suivre, en deçà de soi, d’épouser la grande globalité du tout, à pleines brassées, à grandes enjambées, se laisser embrasser par les tentacules aimantes de la vie. La dynamique d’une boule qui roule sur une pente, à s’en donner le tournis, à s’y soumettre tête baissée. On pourrait dire accepter son sort, mais c’est aussi, surtout, placer sa dernière confiance, le dernier repli de soi, dans quelque chose de plus grand et de plus fort, de phénoménal. Ramper en cadence pour que quelque chose vive, au-delà, tout droit, vers la nécessité de disparaître et de mourir.

N’importe qui, face au vide, au vide de la vie, ne ressent pas forcément de vertige, mais on ressent, c’est sûr, le sentiment d’abandon qui fait qu’on y entend comme un appel, un vœu de destruction. A force de faire ce qu’on veut, à plat, à libre cours, on y court dans tous les sens, à la recherche d’une limite. Mais il n’y en aura pas. Et c’est le vide qui s’étend, à perte de vue, le vide qui scie les jambes. Un jour, la main de la mère a lâché l’enfant, et l’enfant désabusé que tous les jouets achetés, que tous les caprices passés ne peuvent contenter a perdu une guidance, un meneur par derrière, et la présence d’un être cher. Il entrevoit cette fois le vide pour la première fois et seul désormais sera avec sa charge, son poids à porter, et l’évidence trompeuse de l’attraction terrestre. Au milieu des champs d’action et des possibilités, l’absence des limites s’impose vite comme une limite plus dure en soi, un mur sans fond, un désert, l’expérience d’une foule sans foi. Elle est une folie. On y entre comme dans le vent pour en être balayé, et lorsqu’une masse s’élève au-dessus des têtes, elle œuvre en trébuchet. Il faudrait être grand, il faudrait un roc pour savoir surmonter ça. Avoir un âme d’acier et un corps prêt aux larmes. Mais nous ne sommes pas des anges, nous ne sommes pas des sur-hommes, loin s’en faut. Nous n’avons pas les épaules pour le monde à porter. La voie du sur-homme n’est pas pour nous, elle n’est même pas humaine. Il ne nous revient pas de l’imaginer, de la rêver. Il ne sous reviendra pas de le créer ni de le devenir. La nature se chargera le faire apparaître, toute seule, et lui se chargera de nous faire oublier. Pour nous, il faudra un maître pour être maître de soi. Faire allégeance, totalement, et s’en remettre à ça. Car on ne fera radicalement plus ce qu’on veut quand on ne fera plus que ce qu’un autre veut, à notre place. Il y aura deux extrémités du même fil, deux bouts du même lien. La même chaîne au cou. La même délivrance. Plus besoin de vouloir, rien à délibérer. Il n’y aura pas à tergiverser plus longtemps.

Etre dirigeant c’est inhumain, aux sommets incertains. On le sent, on le sait, bien assez, jusqu’à laisser la main, créer des états et des clans, des dignitaires de l’élan. Mais loin pourtant, ou si proche, tout le temps, de l’avenir meilleur des masses embrigadées, à ramper pour le meilleur des mondes possibles quand le meilleur des mondes possible est là, diriger sa vie, seulement, l’est déjà. Il faudra croire pour ça celui qui a déjà eu à choisir une fois entre perdre complètement l’estime de soi en se regardant dans la glace et tuer au couteau l’amant de sa femme à travers le drap, entre pleurer à vie la perte d’un être cher et se scier la jambe prise dans un piège. Entre moi, porteur des maux, et ça, porteur de rien. Porteur à jamais du fardeau de l’être.

Car être libre de choisir implique de choisir pour être libre, libre de choisir encore. Pas le choix. Et quand on se sent privé de directives, noyé sous le bouillonnement des informations qui arrivent, des intentions qui se contredisent, se désagrègent, quand on se pense arrivé au cœur d’un doute, il ne reste souvent plus qu’à attendre, attendre que le fil des événements place naturellement ses éléments. Le bois et le feu pour la lumière. L’ombre viendra après, soumise aux même lois, précisément à ne plus s’attendre. Au moment de perdre prise, l’enfant a du projeter de se libérer de l’homme. Il se dépouillerait de ses oripeaux, des loques de pensées, de vouloir et d’être, d’avoir. Et l’homme se libérerait de lui-même, des responsabilités et des conséquences, des chaînes de causalités et des procédés. Il marcherait de son propre pas, dans les traces de celui de devant ou sur une pente de moindres dépenses. Concentré et absent. Rêveur, comme seules rêvent à vie les machines. Supporter la masse des actes, la densité de l’être, c’est l’affaire des monstres.

Il faudra bien compter sur le fait que des choses se passent, qu’on y soit ou pas, comme on compte sur ses doigts pour faire avancer le temps, sans rien pousser au-delà des formes, mais laisser sa place consciente, celle de ses facultés, vacante pour que la nature des choses elle-même la remplisse, à la place. Remettre les bonnes volontés au placard. Celui qui sait quoi, lui, arrivera en lieu et temps, armé de ses gènes jusqu’aux dents et d’un parcours bien à lui qui l’a mené jusqu’ici. Car même si la pensée humaine peut dans certains cas permettre une relative polyvalence, personne ne sait tout. Pas moi. Pas lui. Décidément, personne ne sait rien, et en cas d’un choix, sauf à être tout simplement, ici et maintenant, et faire n’importe quoi pendant que le jeu des répartitions choisit son quidam dans le lot, le plus affûté des hommes, même le plus intelligent, ne servira à rien. Il est comme tous, là, au cas où, et ne sera qu’un relatif imbécile s’il n’est pas à sa place, dans un domaine qui est, relativement, le sien, un domaine d’où il est né, qu’il aura travaillé, patiemment. Utile et fonctionnel. Pur agent d’une action. En service.

Reste une brèche à ouvrir, et l’espace à nourrir, dans une absence assidue, un désengagement stricte. Reste, comme un suicide, comme une seule affirmation à la liberté, un suicide pour ne pas fuir, celui du moi pour un être libre, enfin libre du poids des alternatives, à ne plus se mettre en scène, à ne plus s’espérer ni meilleur ni moins flou, une disparition. Quelque chose comme la vacuité. Certain diront y avoir trouvé dieu. Mais Dieu sait quoi.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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