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Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.





Un peu de tout et n’importe quoi, je vous dis. Des morceaux d’ici et de là qui composent en rébus l’idée de la chose, comme d’un projet, de ce qui pourrait être l’humanité, des bribes, comme celles qu’on garde d’une aventure dix ans après. Mais le cœur, le thème, la trame demeure sans qu’on ait d’ailleurs en mémoire le nom de la personne, ni le lieu ni la date. Des souvenirs bons et mauvais, de ce qu’on fait, et qui font ce qu’on est. Aujourd’hui chacun d’entre nous grade des traces d’à peu près, et de tout. Les meilleurs moments, certains même des pires mais qui pourtant fonctionnent admirablement. Un reliquat de bactérie qui transforme l’oxygène en énergie, incorporé au ceint de chaque cellule. Il a bien fallu l’inventer. D’autres tentatives plus ou moins abouties, des chaînes de conséquences qui conduisent à l’écueil souvent, mais au pinacle doucement. Des ordres prédéfinis dans des boucles de procédés. Et des raisons de plus. Et puis, conjointement, trois modalités d’appréhension du monde, toutes là en même temps, jalouses de leurs spécialités, trois vues différentes comme celles de trois experts qui donneraient leur son de cloche, trois divisions de l’esprit qui font qu’on place l’espèce humaine en haut d’une pyramide, parmi les plus développées à cette heure sur cette planète, et qui dans la discorde, à certaines occasions, donnent des appréhensions.

En un même instant, la première s’occupe à faire battre les cœurs, circuler le sang chaud, faire garder son sang froid, respirer sauf sous l’eau, se tenir à la fois en aplomb sur ses pattes et se précipiter dans une quête compulsive d’amour ou d’eau fraîche. Dans une recherche perpétuelle de l’équilibre, elle trouve toujours à satisfaire les besoins comme à réduire les superflus, et en leur absence, donne le change. On la dirait bientôt en liaison avec les évidences, avec les instincts de survie et de procréation, en prise directe avec un savoir naturel, une mémoire ancestrale ou des sommes d’automatismes hérités, hérétiques, en ligne sinueuse du temps des nuits sans rêves et du vieux règne des dragons. Au moment de rejouer le schéma des habitudes, d’user des stéréotypes, elle se fait conscience oublieuse, pilote automatique. Sans même y prêter attention, sans y avoir réfléchi, elle conduit la voiture sur le trajet de retour le long de l’autoroute déserte. L’itinéraire est connu, il était fixé à l’avance. Arrivé, elle presse à notre place le bouton de l’étage sur le panneau de commande de l’ascenseur, puis tourne mécaniquement la clef dans la serrure du foyer. Et, comme se font la plupart des gestes quotidiens, avant même qu’une impulsion semble partie du cerveau, elle va directement se servir un grand verre d’eau à l’évier de la cuisine pour le porter à nos lèvres, avant même que l’idée d’étancher la soif n’ait abouti en nous à cette conclusion, comme si le corps se mouvait de lui-même, comme si la main, avant nous, avait eu soif. En silence, seule aux commandes, en deçà, elle serpente.

Pendant ce temps, la deuxième division, seule capable d’empathie, de transfert et de passion, garde en mémoire les degrés de plaisir, le sentiment d’agréable et de désagréable. Celui de la douceur rêche des draps froissés de la chambre d’hôtel, la surprise de la peau toujours renouvelée, une foule de souvenirs qui se cristalliseront bientôt dans notre vie, et deviendrons primordiaux sur le long terme. Et puis celui de la crainte qu’un œil nous entrevoie, celui que la partie de nous qui est aimée ailleurs sache pertinemment ce qu’on est à faire là. Elle se cherche des motivations, nous trouve des mécanismes et de nouveaux besoins. On la sait, comme essentielle, qui de son centre dans les limbes exerce son influence sur les comportements, fait semblant d’être naturel, expérimente des solutions. Elle dit bonsoir, maintenant, le verre à la main, fait un baiser rapidement et parle des enfants, s’adapte à l’environnement qui oscille dans son bocal, soit-il déformé par la honte, et nous laisse avec un claquement sec de la langue dans l’attente de la récompense ou de la punition. Ou bien l’immunité. Et quand bien même, après, doute encore. Joue toujours comme au chat avec une souris.

C’est qu’aussi la troisième sert en secret sa partition. Domine la situation. Elle raisonne. Elle examine. Elle spécule sur l’avenir. Seule capable de la souplesse qu’il nous aura déjà fallu pour voyager dans l’espace, utiliser les propriétés de l’électricité pour faire fonctionner à plein régime le micro onde et le téléviseur, en même temps, elle fait du mouvement, des tactiques d’approches et d’évitement, agence savamment des poutrelles de fer pour en faire des barricades, des tours Eiffel. Des réactions d’australopithèque. Elle s’est tournée tout entière vers l’anticipation, les combinaisons et l’aube des inventions. Il faudra bien maintenant faire preuve de créativité, et permettre à une forme d’organisation de se développer parmi nous. Le jeu des mains est dans l’habitude, mais le texte n’est pas donné. Il faudra encore choisir un programme susceptible de nous concerner, trouver un sujet pour en discuter. Il faudra aussi pouvoir s’extraire, se voir agir, et se libérer des pulsions et des automatismes qui entravent la liberté de faire. Créer de l’imaginaire. Gérer. Le discours reste à écrire, l’histoire à dérouler, à se dire qu’au fond, même si à présent la conscience des faits oblige à se sentir piteux, le mensonge est, de toute éternité, au front de l’épisode humain.

Les preuves sont accablantes, mais la femme lisse et froide, droite dans ses bottes, envoie valser tout ça d’un geste de dédain. Visiblement, ça ne la concerne pas. Un trou dans l’emploi du temps difficile à justifier sans évoquer un enlèvement extraterrestre ou les artifices magiques du diable lui-même. Une absence soudaine de l’esprit où son cerveau de reptile aurait subitement pris le relais. Personne n’y était. Abonnée absente. Degré zéro. C’est pas moi, c’est mon système nerveux central. Elle répète, empreinte de mystère, que l’exposition porte le nom en latin d’une espèce de saurien. Anxieuse. Il s’agirait bien de se faire oublier, porter le débat sur une autre partie de soi ou se fondre dans les plantes vertes, ou d’apparaître aux consciences sous les traits d’une bête à sang froid, d’un iguane, on n’en sait rien, ou un ensemble de syllabes d’une consonance du genre qui suggère assez bien une bête à sang froid, sans finesse, lente, archaïque, issu de l’intimité de l’être, des boues de la préhistoire, en somme, une mécanique. Mais tout le monde l’a en tête, pour tous c’était tout juste hier au soir, l’année dernière, dans une minute, ça, et puis le reste. Marcher sur la pelouse, et enfin sur la lune, confier ses enfants à des marchands de sables, des trafiquants d’armes. De partout émergent des appréhensions pour l’avenir. Des perspectives voient le jour, et des doutes qui barrent les routes, multiplient les haies, conduisent à des états partagés, des actions inhibées. Et puis quoi, après tout, je fais ce que je veux.

On ne dira pas le contraire, même à celui qui le prétend, mais chacun autour se demandera qui parle, et se retournera pour voir. On voudra savoir qui est ce je. On cherchera celui qui veut. Et au final, on ne verra, comme toujours, que celui qui fait. Libre à chacun de juger les actes. Derrière, il n’y aura personne. Un type qui finit froidement la dernière bouteille de champagne la main serrée sur le goulot, un poète qui s’époumone parmi ses chiens et ses chats, une larme peinte au coin des cils, et environ cent quatre-vingt kilos de savants qui postillonnent, droit devant, dos au mur. Une palette, et l’auteur de quelques photos qui ne dit rien et laisse habillement planer les doutes. Des portes manteaux, des pantomimes, qui se retournent, et se retournent encore, toupies mises à virer sur elles-mêmes entre les bords d’une barque en bois, se rentrent dedans, se choquent, comme des atomes qui s’accrochent, créent des liens, évidemment. Des vagues, et des mots plus hauts que d’autres, qui jouent des coudes. Parmi le monde dans la pièce, n’importe qui chercherait sa place. Pas de siège libre. Tout le monde cherche son chemin. Arrivé essoufflé à la pointe de la pyramide alimentaire, au sommet d’un terril de millions d’années d’évolution, l’espace de liberté est maintenant restreint à quelques bouffées d’air prises entre quatre murs. Il y a un mur du silence et un mur du son, un mur de la honte et la haie du voisin, distribués comme des points cardinaux. Et dans le jour laissé libre, entre, même dans la cohue, et quitte à en baver, chacun voudrait manifester par sa présence la volonté d’être quelqu’un. Avoir un être tout entier, fût-il triple, tout en tiers, mais rien qu’à soi, bien au centre. Etre humain, ici et maintenant.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris