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Reptile - 2 - Direction est donc prise.





Direction est donc prise de la table aux victuailles. Sandwich club, saumon moutarde fallafel, cure-dents en option. Quelqu’un fait illusion de communication, presque tout seul, mais l’attention est ailleurs. Son interlocutrice est de marbre, lisse et froide, langue de vipère, ses Jean’s rentrés goulûment dans ses bottes. Insensible aux beaux discours, aux caresses. Elle répète, empreinte de mystère, que l’exposition porte le nom en latin d’une espèce de saurien. Anxieuse. Iguana, on n’en sait rien, ou un ensemble de syllabes d’une consonance du genre qui suggère assez bien une bête à sang froid, sans finesse, lente, archaïque, issu de l’intimité de l’être, des boues de la préhistoire, en somme, une mécanique.

Parmi l’assemblée, ceux à qui on a mis un catalogue entre les mains s’inquiètent d’un message. Ici, on feuillette. Des détails zoomés sur les femmes qui rampent, mis en regards de courts textes sur l’évolution et le développement du cerveau. Décidément, c’est à la mode. Là-bas, c’est le trouble. La page de couverture montre dans un dégradé de verts l’assemblage graphique d’un œil de reptile serti dans une lentille d’appareil photo. Soleil au firmament. Un frisson parcourt les doigts, fait le tour de la salle, comme un murmure de fond se répand sous les foules à hauteur des chevilles, s’accroche aux mollets, juste avant l’attentat. On est pas sûr de bien comprendre. Quelque chose comme l’impression d’être escroqué, ou l’impression d’être filmé, immergé dans une fiction plutôt, vient peser sur les faits et gestes. On roule des yeux dans les coins.

Dans un instant, c’est la pause. L’auteur va parler. Du fond de la salle, ou des tréfonds de l’âme, plus rien ne bouge. Plus un cil. Pas un sursaut. Fermeture rustre à toute initiative. L’être attend un stimulus avant de bondir, ou applaudir, et dans le croisement des regards c’est l’état de campagne. Il y a celui qui se penche en avant, le nez collé aux images, se creuse les méninges avec l’ongle du majeur, le sourcil froncé, croise les bras puis prend un pas de recul avant de se retourner vers les siens d’un air interrogateur. Délicates critiques et sourire en coin. Il y a l’autre qui respire fort, porte la main à sa chaîne, à la jointure des clavicules, la tripote, fait des yeux de chat où on distingue la naissance d’une larme, et qui, à court de superlatifs, exprime sans voix son ressenti de poète à une partie de la planète. Ou ce dernier dans son coin humide, posé au chaud et confortablement contre le mur, qui ne dit rien, se frotte le nez ou derrière les oreilles, bois d’un trait une coupe et croque paresseusement dans un canapé aux œufs de lump. Il y a des hommes, aux prises avec leurs méandres, des humains, des champs d’action, et les courants d’idées électromagnétiques qui traversent de part en part des foules et des mondes, des circonvolutions homogènes. Des synapses. Des verres de schnaps.

Mais en fait d’homogène, pas de foule, pas de monde, même le cerveau dans son dernier repli serait triple. C’est ce qu’illustrent les textes en regard des photos. Et se prenant au jeu, à grands renforts de gestes et de noms illustres, certains scientifiques, peut-être plus véhéments que d’autres parmi les convives, relayent aussi l’idée selon laquelle, à ce qu’on peut en juger, il serait composé de trois parties différentes. Trois parties distinctes mais associées, entend-on, et leurs effets s’imbriqueraient étroitement de manière à façonner notre comportement, le rendant parfois cohérent, parfois un peu moins. Les trois directions de l’espace, les trois pieds d’un tabouret, indispensables pour qu’il ne verse pas quand on se tient dessus, en équilibre, pour changer une ampoule au plafond. Et on fait le geste avec trois doigts arc-boutés qui font des pompes en triangle sur la surface plane d’une table. Les trois piliers du ciel, aussi. Historiquement, ces trois parties se seraient développées les unes autour des autres au cours de l’évolution des espèces, comme les strates géologiques se sédimentaient, la plus ancienne tout au fond, et la suivante d’une autre nature, d’une autre couleur, dans l’extension, juste au-dessus, trois couches de sandwich, jambon, tomate, oignon. Trois niveaux différents, ne fonctionnant pas de la même manière, indépendant mais pas trop, de façon conjointe, assurant chacun sa part du travail, à la chaîne. Chaque foulée successive de l’évolution, leur aurait donné la possibilité de tisser de plus nombreuses interconnexions par lesquelles ils pourraient s’influencer encore mutuellement, sans forcément se transformer. On s’emmêle les doigts, sans forcément les embrouiller. Trois cerveaux. Pratique. On s’étonne de ne rien en avoir su plus tôt. Personne, ici, n’a rien senti.

La transformation s’est faite lentement, au rythme des glaciations qui passaient, l’une après l’autre, alors qu’on avait la tête ailleurs. Il fallait trouver de la nourriture, se faire de la fourrure, suivre les grands flux des migrations. On avait mille autres choses à faire, des routes à prendre, des grands principes à décider, importants pour l’avenir, avoir des pattes ou pas, des poils ou des écailles, pourquoi pas le pouce opposable, une paire d’ailes, survivre ou succomber, s’adapter ou disparaître. Et plus que tout, il faisait faim. C’est pendant ce temps, sans crier gare, au fur et à mesures des tâtonnements et des améliorations, que ces trois parties de plus en plus subtiles, mieux aptes à gérer des opérations de plus en plus complexes et plus favorables à la survie de l’espèce, se seraient étendues l’une sur l’autre, à partir d’une petite moelle de départ. D’une simple étincelle, d’un nœud, un bulbe d’interconnexions nerveuses juste au sommet de la colonne vertébrale, elles se seraient déployées vers l’avant de la boite crânienne, vers le front et vers les pourtours, en repoussant avec elles les limites imposées par la cage intime des os. Plus loin les occiputs, les lobes temporaux. Changeant de maison, plus spacieuse à chaque saison, poussant les murs, la famille s’agrandissant lors des progrès qui jalonnent la marche incessante de la vie. Un plus grand garde manger, plus au frais. Un canapé qui fait lit pour la salle de séjour. Une extension en plus, puis une deuxième qui font trois, dans l’attente impatiente d’une prochaine, pressentie, recherchée, attendue d’un instant à l’autre, déjà même indispensable, dit-on, avec bientôt un lit pour le bébé, juste sous la pente ossifiée des toits, une prise pour interphone et fenêtre directe sur les cieux.

Et nous voilà atteints, sans nette interruption, du règne des poissons à celui des humains. Humains, synonymes d’en quête. Alors on fronce des sourcils, on fait du bruit avec sa bouche ou en tapant du pied, on touille désespérément dans le marc de café, mais si par accointances pratiques on exclue de noter l’intervention de quelque météorite parvenue jusqu’à nous des confins d’un autre nulle part, l’influence sur les climats régionaux des frissons erratiques de l’écorce terrestres subséquents, et ses échos répercutés sur la courbe d’évolution des espèces, force est de constater qu’en passages détournés, des petits trous de souris parfois, la ligne de l’un à l’autre reste quasiment directe.

Pas besoin de schéma, de proche en proche on évolue, tout le temps. De la porte des toilettes à celle des cuisines, à peine autour de soi on s’aperçoit déjà que la nature, pleine d’espoir, semble enfanter tout ce qu’elle peut. Dans la foulée, il y a un peu de tout et n’importe quoi, et ça ira. Dans le lot, il y aura du bon, et puis le reste, là, au cas où, à siphonner la bouteille d’ouzo en attendant son tour, en attendant d’avoir quelque chose à dire ou que sonne l’heure du dernier bus pour s’éclipser sans déranger. Trouver le grand amour. Aller mourir ailleurs. Et pourtant tous ici ont des similitudes. Des appendices discrets, exemples incongrus, déguisés au flanc droit, divinement inutiles quand il s’agit de laisser dormir sous le steak la feuille de salade et lui préférer les pommes frites. A tel point qu’on l’enlève. Un ancêtre en commun, fraîchement descendu de l’arbre généalogique, aurait pourtant laissé le tout en place dans l’espoir inavoué de nous voir quitter la table des victuailles pour remonter picorer des crudités à même la branche, de jeunes pouces de fleurs et des germes de champignons. Et puis des bribes d’histoires comme celle-là, en réplique, qui circulent, au sens de l’évolution, comme un flux de marrée, et qui laissent à méditer sur l’existence presque palpable d’une lignée parmi tous ; nous laissant bouche bée, livres ouverts, avec un peu de gêne. Les pages à l’air.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris