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Reptile - 1 - Sur les photographies.





Sur les photographies, en file indienne, c’est une procession. Des femmes en noire s’avancent vers l’autel, à genoux sur une ligne, comme en d’autres circonstances et comme en d’autres lieux le cavalier de cœur traverserait des précipices sur le tranchant d’une lame. Des histoires de jarretières. Elles fléchissent, ou bien elles rampent. Certaines pleurent, de chaudes larmes. Vu d’ici elles sont aux cieux, elles sont aux anges, aux hirondelles, avec deux ailes. Et une chaîne au cou.

Des femmes, et quelques hommes, en noir, en clair, découpent leurs silhouettes denses sur la pierre craquelée et les lézardes des murs. Ils cheminent à quatre pattes sur le pavé de la rue, au raz du sol, ou bien rampent parmi l’ombre cramée des spectateurs, autres, et des passants indifférents. Au second plan, des gens assis-là, écrasés de soleil, prennent un rafraîchissement en terrasse de café, ou bien, plantés-là sur leurs jambes comme des flamands avant le sommeil, prennent la tangente et marchent de côté. L’un traverse la rue, tout simplement.

Par endroits un tapis qu’on a déroulé sur le chemin serpente un moment parmi les graviers, moins rêche que l’asphalte, moins dur que le granit. Il devait soulager un peu la pliure des cartilages et les coudes râpés au long de la pente qui monte depuis le port et la mer, tout en-bas, et aboutir après le marbre plat des marches de l’église aux dorures de l’autel. Mais il fait pâle figure, réduit en pointillés, froissé et usé, et râpe lentement le tissu des vêtements. Certains s’en servent aussi à l’entrée d’une échoppe pour s’essuyer les pieds.

Certaines des femmes qui s’avancent semblent implorer, sûrement pleurer. On aurait juré qu’elles étaient en train de pleurer, de chaudes larmes, des larmes de joie, des larmes de foi, des larmes de crocodile, profondément désolé, tout inspirées qu’elles sont à perdre des bouts de soi. De la sueur, des morceaux de peau, des éléments d’une âme en quête de purification, des kilos en trop. Des postillons. Et leur regard parfois levé vers le haut, vers le but à atteindre, porteur d’une sensation de peine mêlée d’exaltation, laisse une impression forte de souffrance extatique, de tremblement, pénible, à qui croise un instant, comme le fer, son chemin.

Sueur froide, démangeaison, en vie de se gratter, besoin de se frotter, peut-être de colère, d’amour, à la poitrine du voisin, racler le sol ou les murs, du poing, des pieds et des mains, pour y laisser des traces, des lambeaux de sa vie, les bons comme les mauvais, les tendres et les coriaces, s’alléger de tout ça et tendre vers le néant. Disparaître écrasé entre le dernier craquement d’une bulle et un coin de trottoir. Ramper, s’user, sans jamais perdre son sang froid.

Rester calme. Fureter des yeux à droite à gauche, le coude plié sur un verre de sangria, à moitié. Le petit monde se presse autour de l’auteur, avec mollesse et retenue. Et dans l’épaisseur d’ouate, tout en suivant l’alignement des photographies sur le mur, guidé depuis l’entrée sur le parcours indiqué par le pas traînant des talons et des pointes de pieds, à peine au-delà des pics d’humour embarrassé et de l’odeur huileuse des petits fours, on commencera à comprendre. On commence à ressentir.

L’exposition ouvre sur l’arrière salle d’un bar dans le Paris des faubourgs. Ambiance. Quelqu’un tousse dans le concert des ongles qui tapotent sur le rebord d’un verre au rythme des pulsations d’un sirtaki façon DJ qui fera mode pour l’automne. Les discussions sans importance sur la substance des nuages et la direction des balles perdues dans une guerre pour un lopin de désert montent au milieu et s’éparpillent en échos blancs contre les poutres peintes au plafond avant de redescendre cramoisies d’altitude feinte et d’humour sans faiblesse avec les étincelles et les paillettes qui restent des anges du business et des deux sondes Voyager qui ont passé voilà déjà longtemps les limites convenues, aux confins du cosmos. Maquillage noir et gris lissé sur les étudiantes en art plats. Connaissances en vestons de lin, tailleurs et foulards, agglutinées dans un coin de toilettes. Bons mots et mauvaise haleine détaillent leurs fiançailles sur le disque granuleux d’une mini pizza.

Reste à s’aplatir les semelles, une main dans une poche, et sentir se figer, d’un pied sur l’autre, ce qu’on pouvait se promettre d’une soirée de vernissage. L’attente n’est pas longue avant de voir se craqueler le vernis. C’est comme marcher sur une fine pellicule de glace en formation. On sent d’abord les bulles par en dessous qui strient les zones translucides, sapent les bases, minent les fondations. Puis le champagne et le tarama mélangés font leur effet et un rire monte trop haut, trop gras. Une olive roule à terre, si loin des oliviers, cherche son chemin, au glacis des photos, une pente favorable. La laque s’écaille sur son passage, on sent les plis tendus à se rompre, le vernis craque. C’est l’œuvre de la chaleur ou de l’humidité. Un glaçon aussi se fend, noyé de martini, et chacun se renvoie la même image vitrée sur la couche d’écailles de ses lunettes sans soleil, langues pendues aux reflets des flashs qui zèbrent la fumée des clopes. Corde à nœuds. Estomac noué. Un zest d’orange qui reste sur l’émaille des dents ou bien au fond du verre pendant qu’un ongle tapote sur le rebord, en vernis noir ou gris.

Les photos, elles-aussi, sont en noir et blanc, photographie contemporaine d’un photographe contemporain, toutes prises en Grèce, un été, à la volée, lors d’une fête religieuse, d’un défilé sacré. Gros grains. Fort contraste. Elles se suivent, hors cadre, accrochées à même le mur. Un mur de crépi taloché que la fumée a jauni, un peu, avec des traces sur les bords saillants et les encadrures de portes, sales par endroits, à la portée des mains. Vu d’aussi près, il est difficile de faire le point sur tous ces clichés, on n’est pas net, finalement on n’est pas près, trop de bruit, trop de monde, trop d’interférences, de lignes de traverses. Impossible de se focaliser sur un courant d’idées. Impossible de choisir : se concentrer sur le sens à saisir derrière chaque détail ou se laisser complètement envahir par la force d’évocation sentimentale qui partout domine, en sous-main. Ou bien agir, comme ça, d’instinct, et se trouver à manger sur la table du buffet froid pour contenter un ventre qui gargouille plus fort que tout le reste.

Dans le foisonnement des impressions, il suffit d’un rien pour qu’un cerveau normalement constitué ne sache plus faire la part de choses. Elles affluent, variées, en continu, de toutes parts et toutes en en même temps. Soit c’est alors l’ennui qui submerge tout, du poème dit en prose à la baleine de soutiens-gorge, et la torture molle d’un bâillement systématique signe d’une fatigue démesuré qui nous entraîne, anesthésiés, dans des sommeils sans rêverie, soit c’est la prise de karaté. Un vieux relent de cours de gym, une prise acquise à force de la répéter, à moins qu’elle ne soit inscrite naturellement dans les gènes de l’espèce, une mémoire ancestrale, un instinct de survie, automatique, le souvenir d’un coup de pied dans les parties et de la douleur qui s’en suivit. Après tout, sans conséquences sur le long terme. En situation de débordement, des fois ça démange, juste avant de sombrer. Il faut comprendre que sans action, dans le trop plein des informations, on se retrouvera vite dos à la pierre, sur le parapet de la mare, avec le potentiel d’analyse artistique d’une grenouille, mais pour gober les mouches, la vivacité de sa langue.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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