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JOURNAL I
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La Nation, La Banlieue d’Eden.





 

Reste que la cendre des gaz brûlés monte en colonnes sombres, asphyxie les colombes et retombe pulvérisée en fines gouttelettes de brume irisée. Sur le sol, tout est combustible à partir d’une certaine température. Et le soleil plombe les franges du désert étouffé de sable où la poussière de terre battue et la sueur coagulent. Avec moins de pesanteur, la lande de terre rouge et de pierre délaissée se prendrait pour la surface d’une vallée martienne presque encore inhabitée, où des silhouettes de colons, isolées, se lancent à la quête des canaux compromis, les armes au poing.

A chaque pas, Adam enfonce son corps péniblement dans l’épaisseur de l’air, la langue sèche comme un brin de paille. Il ne sait plus comment il a su traverser jusqu’ici, ni ce qui le tire sans résistance vers les signes lointains d’une présence humaine qu’on ne perçoit pas distinctement. Juste quelques pics de briques qui sortent de terre, les reflets du soleil sur des structures métalliques, des fumées qui rasent le sol et trébuchent dans les fossés ou s’élèvent au-dessus des toits chargées d’arômes rôtis. Simples témoins.

Il charrie avec lui la solitude qui l’a mal mené jusqu’ici et l’impression très humaine de pouvoir embrasser le monde entier du regard. A hauteur de taille, la plaine se découvre, vaste mais possible. Mais pas inabordable. Il pourrait la tenir dans sa main. Rien ne laisse penser qu’il ne puisse pas le faire. Il sait que l’Homme couvre de son peuple presque chaque kilomètre carré de la surface du monde. Il sait qu’il peut en détailler les particularités au millimètre près, utilisant la vision affûtée des aigles et des satellites. Il peut s’y repérer avec une totale exactitude rien qu’en sortant de sa poche une carte et une boussole aimantée ou un système de guidage par satellite bon marché. Mais il sait que tout se joue encore, que la réalité se situe toujours à l’échelle d’un seul homme et du mètre carré qu’il occupe à l’instant. Dix kilomètres de désert suffisent pour le dessécher, une flaque d’eau pour le noyer. Un homme tombé dans un trou d’un mètre carré n’est déjà presque plus un homme, s’il fait dix mètres de profondeur il n’est bientôt plus rien. Il porte sur son dos, avec habitude, son propre fardeau et sous ses pieds la boue collée des autres hommes. Un seul mirage ou un mot de trop peut encore lui briser les os. Au bout du compte, à bout de peine, il s’appuie hors d’haleine à l’écorce d’un arbre mort. Vivant.

Devant nous, la cité tend un bras. Pas pour nous enlacer. On y découvre aux jumelles des statues renversées, des portes de prisons qu’on aura dynamitées. En front des barricades, des clans sont amassés de chaque côté d’un feu de rue. Et deux chiens de faïence feignent de s’ignorer. Embarrassés qu’ils sont, dans des positions faciles à apprendre, des postures plutôt, faciles à tenir, ils n’avancent plus. Ce n’est pas encore le temps venu pour les peules du monde d’appeler de toutes leurs forces de nouvelles inquisitions, mais il y a entre eux déjà toute la puissance d’expression d’une caricature. Ils se tiennent bien en vue, opposés, postés de garde sur un tas de petites histoires accumulées, toujours fumantes sur le dessus. Ils iront jusqu’à y fouiller à la main nue, encore, et y piocher quelques rancoeurs et des remords savamment macérés. Chacun tient à montrer qu’il est la récession de l’autre. A chacun son savoir. Bien sûr de ce qu’il est, bien sûr de ses reflets.

Et juste là, Eve danse, sous les voûtes, devant le feu, presque au-dedans, une chaîne accrochée à sa taille. Elle tourne sur elle-même comme un coup de vent fait naître des chimères dans un coin de mur, arrivé-là par le hasard des mathématiques et des fluides. Envoûtante et charmeuse, elle apparaît au voyeur à moitié débraillée et le nombril à l’air. Quelques regards biaisés qui s’élèvent de nulle part et se rabattent désolés sur le fin halo de son corps comme des phalènes paniqués montent d’un trait à la lune et refluent vers le marais à l’appel de reflets équivoques. Difficiles concurrents.

Elle virevolte entre deux stèles avec la force résultante des courants qui l’ont refluée ici, des tourbillons, des événements, deux éventualités gémelles affectées de bas reliefs gravés dans la masse et qui se font face, ou qui se font revers. Des voiles à traverser qu’elle tend pour oublier, des plis de jupes, elle fait la belle au milieu des hommes, la chienne au milieu de chiens, et doucement, elle pleure. Elle sait que l’Homme reste à venir même si tellement déjà sont passés. Même si la terre est alors recouverte de l’empreinte tassée de son pas. Tellement minuscule au milieu des mondes, comparé aux fourmis, comparable aux éléphants. Dix kilomètres de désert, dix kilomètres de grains de sable, suffiront seulement à le perdre, une pointe d’acier à le transpercer. De quoi trouver définitivement l’envie d’en finir avec l’inachevé et de tout reprendre à zéro. Que le prochain soit le premier. Quoi qu’il advienne. Mais c’est une chose impossible. Un homme n’est pas seul. Même seul, il ne l’est pas. Il n’existe jamais que parce qu’il y en a d’autres, tout autour, même au loin, tout à l’autre bout de l’espèce. Chacun d’entre eux trouve la vie sauve que parce que sa vie vaut celle d’un autre. Parce qu’il sait qu’il n’est pas seul. Chacun porte en lui un échantillon du solde, une part d’humanité, soit-elle motivée par la compassion, inondée de culpabilité. Soit-elle encore affairée à tisser des fils d’araignée, elle s’arrête de danser, hantée par cette pensée, et s’adosse résignée à une zone claire. Obscure.

Sous son ventre bombé depuis quelques jours, quelques instants, se prépare à mûrir un devenir et un être.

Mais il y a que la cendre des gaz brûlés monte en colonnes sombres et retombe pulvérisée en une pluie de fines gouttelettes de rosée sur l’écorce des arbres morts. Seul et désarmé, Adam ne voit plus que son but s’éloigner au bout de ses jumelles, prendre des lieues et des années, à mesure l’atmosphère devient opaque et qu’une nuit froide se dépose sur la plaine sans paysage, la recouvre comme une couche de neige noire. Solidement, la terre referme ses serres de poussières grasses sur un jour sans appel. Et il s’y sent happé comme elle avale dans son ventre infini les traces des pneus et les traces des pas, des pistes à suivre, les traces de vie, et s’accumule en épaisseur sur les charpentes transies, sème le gel après le feu. Avant le feu, encore.

Il y a cette femme au loin et il y a cette ville comme un phare qui traverse les perspectives et s’amenuise en ondulant avec les espoirs reculés d’un homme tombé à terre. Tombé en mer. Qui, accroché à un morceau de bois, se prépare à la noyade. Et il y a cette mer de sable, cette nuit sans lune, cette mer d’huile aux eaux noires, aux eaux de roche, une mer de pétrole qui les sépare. A peine un tour d’écrou de plus donné sur les cages thoraciques. Un mur qui s’érige lentement, fait de trous d’air, de surpressions et d’un mortier impossible à tousser, et qui à chaque bouffée scelle sa prison sur ses poumons prisonniers.

Du pétrole, presque pur, qui affleure, rejeté là, sans même qu’il faille l’extraire des roches, sans geyser, et qui remplit des ses vapeurs le fond de l’air jusqu’à la saturation. Adam s’en étouffe, à l’abri des regards, et se courbe sous son propre poids dans les assauts redoublés d’une mitraille de toux, prêt à exploser. Sa gorge est sèche et irritée, réclame un peu d’humidité. Elle grince avec le fin filet d’air qui s’insuffle sans force comme la lame d’un bistouri opère la chair, simulant l’asthme ou le cancer. Mais il lui faudrait de l’eau, et tout ce qu’autour sa langue trouve à laper a un goût de naphte. La tige des herbes grasses enfoncées où rien ne pousse, la rigole auréolée qui suinte entre ses pieds de la gueule écrasée d’une canalisation pour se perdre un peu plus loin dans les sables, jetant encore dans l’ombre les mêmes reflets orangés que la ville envoie rebondir sur le ciel, tout, jusqu’à la sauce brune qui coule des interstices d’écorce en filets soyeux et s’agrège aux parties basses en fines stalactites, a la consistance du miel et met le palais en flammes.

C’est une nouvelle planète à épingler au tableau de chasse des astronomes, à la surface de laquelle toute vie qui la recouvre n’est qu’un système de fabrication pour l’asphalte, et où l’asphalte tend à tout recouvrir. Peint tout en noir. Tout y fait son jeu, et nous sommes sous son joux. Marionnettes d’un pétrole qui cherche à naître de chaque chose comme un destin cherche à s’accomplir en tout. Sous ce jour, Adam le sait, il se réalisera de son mieux. C’est une chose certaine, et la seule qui soit. Et si tout l’incite encore, de ses hormones ou de ses troubles, à retrouver cette femme qui l’espère pour lui faire des enfants, qui feront d’autres enfants, ils feront à leur tour, dans près de cent mille ans, sous de bonnes conditions, des réserves de goudron éternelles.

Alors, combien de ces enfants coulent à présent dans les pipelines sous-marins, combien voyagent par bateaux aux contrées florissantes des autres hémisphères, combien d’âmes par seconde s’échappent, dépensées, en fumant des pots d’échappement, sachant que le temps d’un éclair, chacune des gouttes brûlée en un tour de piston s’est faite en mille siècles, et le temps d’une humanité. Sachant qu’à partir d’une vie décemment vécue, pour ce que dure le temps une vie, il aura fallu que le corps qui reste là pourrisse enfouis sous les décombres et la vase avec tout ce que le monde compte de résidus de peaux mortes et de déchets organiques charriés par les rivières, étouffées dans les boues des marais, des cimetières d’animaux morts, patiemment, dans l’attente de l’étincelle. Sachant que la dernière née des gouttes dilapidées aujourd’hui est entrée en gestation alors que le premier des hommes sages, homo-sapiens moderne jusqu’au bout des ongles, poussait dans les chaudes plaines du continent africain son premier cri d’humain. Sachant qu’en un tour de clef, nous brûlerons les vestiges d’un monde d’avant les hommes, aujourd’hui disparus. Jus de mammouth et des dinosaures.

Tellement de mort pour si peu de vivants. On s’est juré des malédictions éternelles pour en avoir, on s’est battu à sang quand on n’en avait pas pour s’en remplir les poches, les gourdes, et des outres encore. Liquide précieux, lampant, lumière des siècles dans le noir, à lui tout seul nouveau territoire de conquête, butin et trophée de victoire à la fois. Baiser de la mort et trésor de guerre. Tout l’or du monde. Et la prunelle de mes yeux. Il suffirait d’un rien, ici, pour qu’il embrase tout, et l’univers avec, et voir fondre à nouveau sur la foule engourdie des foudres vertes et des roulements de tonnerre, des scories de comètes happées par la gravité et qui se frottent à la densité de l’air comme des allumettes, comme la fragilité attire à elle les brutes. Pour que tout parte dans le souffre, d’une seule déflagration.

Il suffirait d’un éclair, d’une pensée ou de l’échauffement provoqué par la friction entretenue de deux plaques entre-elles comme glissent les unes contre les autres celles des continents, comme se raclent leurs civilisations, et la première des gouttes prononcerait la contagion du feu, jusqu’à ce que plus une ne reste, déclarant d’un même temps la fin d’une ère entière. Une syllabe pour unir dans une torche, emmêlés, les gueux et les dieux, et lancer les vapeurs inflammables à la rencontre de l’éther. Chasser du monde toutes traces des cultures, parce que tout ça n’est rien, brûle aussi bien qu’un livre, et finit dans les cendres. Et que les gouttes combustibles valent mieux que du sang et des larmes ignifuges. Une étincelle suffirait à tout éclairer, pour fusionner dans son éclat les reflets au loin de la ville orangée dans la fièvre et les vapeurs. Parce que c’est une seule et même chose. Plus il y aura de morts plus il y aura de pétrole. Plus il y aura de pétrole plus il y aura de morts.

On parle encore des trésors maudits des pharaons, celui de Toutankhamon, et de la mort dans des circonstances étranges et dramatiques de ceux qui ont participé à la découverte de leurs tombeaux scellés sous terre, ou ceux qui ont approché de trop près leur momie. Mais, à la différence des inventeurs anciens, les têtes tombent par milliers pour l’exploitation et le pillage industriel des tombes des rois du monde d’avant. Un charnier à l’image du monde, à la dimension de sa cupidité. Aussi, par coulées de centaines de milliers d’années, nos cimetières de guerre, nos combats pour l’avenir, efficaces, enfouis sous les décombres, les tas de pierres et la vase feront bientôt un nouveau jus brunâtre tout à fait exploitable pour les habitants du monde d’après. Celui d’après celui-là. Après nous. Et lorsqu’une nouvelle vague de cent mille ans sera passée, environ, sur nos traces résiduelles et que la page sera définitivement tournée, détaché de la matière, nous ferons réellement partie de ce monde, enfin. Inclus dans la matrice originelle, sous la forme pure d’énergie fossile, et rentré dans l’ordre des choses, il ne nous restera qu’à patienter pour une étincelle nouvelle. Mais nous n’y sommes pas encore. En attendant, il nous faudra encore faire l’enfant, le premier d’une longue lignée, celui qui attend de germer dans le ventre nu de celle qui n’est pas encore une femme, ici, maintenant, à l’heure du sapiens, et de l’humanité.

Lorsqu’il ferme les yeux Adam revoit Eve, en rêve, et leurs jours heureux parmi le monde des bannis, leur fière tour de banlieue dressée dans les marais, sur des terrains d’herbages gagnés sur la forêt. Deux tours jumelles en périphérie de la ville et qui se faisaient face, aujourd’hui réduites en poussière. D’une fenêtre d’une d’elles, entrouverte au septième étage, on pouvait entrevoir un lacet de rivière et le signe élancé des monuments de la capitale, superposés aux toits des maisons. La lumière était douce sous un ciel grisé de nuages, et quand un avion venait à passer on faisait des sourires et des signes aux passagers, fussent-ils en train de fuir leur passé ou de rentrer là où personne ne les attend. Il pense à son ventre alourdi qu’il a vu ondoyer dans la rue à midi. Donner la vie. Donner envie. Il revoit la pièce éloignée et son coin d’ombre tendre sous un écran qui luit. Les lumières extérieures qui projettent leurs ombres aux quatre murs, striées par les persiennes, fondues dans les mirages du papier peint et les courbes des meubles. Des éléments lui reviennent d’une vie quotidienne. Une paire de socquettes abandonnées au pied du lit. Des détails d’une vie qui aurait pu exister, au-delà. Deux chaises disposées côte à côte dans une salle d’attente éclairée au néon, un groupe de marches à monter depuis la cage d’escalier, une paire de chaussures qu’on a mise à sécher sur un paillasson, deux tours de clef donnés à la porte d’entrée, un couple d’angelots sous une coupole, un verre d’eau et une cuiller. Et deux chiens de faïence sur une étagère.

En bas des immeubles et parmi les voitures, des foules trépignent sans émoi, attrapent un bus au vol, un taxi à la volée, la main d’un enfant pour traverser la rue et aller jusqu’au parc, et des rhumes à l’envie importés de l’Asie parmi les tissus, les babioles et parmi les voitures. Des gens qui s’accrochent à leurs biens, le cou enfoncé dans le col de leurs manteaux, un clou dans le mur, promènent leurs pensées, ou se laissent promener par elles. Sans encombres. Tiennent à leur travail, à leurs amants, à leurs secrets, à leur carré de jardin semé de pelouse tout terrain à l’ombre des immeubles. Au loin se profile un homme futur qui s’accroche à la vie, à ses acquis précieux, à ses croyances d’infini et de mondes dans les cieux. Il monte dans une voiture et embraye en seconde. Après lui le déluge. Au loin, une femme sans maquillage et qui sait où elle va, cherche à devenir celle qui mène le combat et gravit quatre à quatre le perron de la gare. Un enfant qui suit, derrière, projète lui aussi de jouer aux petites voitures et regarde les nuages. Pour lui on a bâti des empires. Il leur sert d’alibi.

Du pied des stalles, il y a peu, ils ont su emprunter à la stature des colosses qui ont hanté un temps l’entrée des temples, toute une science de la cécité et la postérité. Des pratiques à tenir, en laisse, lascives et lasses, du meilleur effet en foules et dans les grands ensembles, toutes vouées à l’essor des idées éminentes et des aimants monopoles. Ensemble, ils feront la nasse qui ferre les élites, cultive le mythe des idoles et des maux nécessaires, et courbent l’échine en regardant vers le haut. Ils sauront encore s’inventer leur piège, créer leur propre cage, élever des géants sur des bases d’argile, pétrit d’orgueil et le regard fier. Déjà, ils parlent d’accomplir un vieux rêve, d’un autre monde, quelque chose de simple, des vieilles idées auxquelles ils tiennent, qui montent, comme le sang dans les veines. Repeindre les murs à leurs couleurs. Les fabriquer à leur hauteur. Ils parlent de trouver du bonheur, et d’en offrir aux autres, le leur. Sans insolence. Et revenir au paradis, comme si on voulait rentrer dans le ventre de sa mère, revenir à cette matrice originelle de la terre. Etrange idée. Retrouver le centre de soi, et le trouver chez soi, pour l’offrir au monde, enfin, comme une fin, en soi.

Mais ici, loin du centre, des faubourgs indolents s’étendent à perdre souffle entre deux mondes mitoyens, entre ciel et terre, de la vie à la mort, sur terre comme en mer, de la ville au désert. Le paradis n’existe plus, noyé sous toutes sortes de déluges d’insultes et de limons, de peaux mortes et déchets organiques, des choses de tous les jours, et sa localisation exacte sur le globe ne pourra jamais être rétablie. Pas même aux jardins effondrés, tout à côté, d’où s’élèvent des fumées âcres et des gerbes d’huiles noires ; pas même aux derniers replis naturels qui se dérobent toujours à toute société et qu’une autoroute n’aura pas encore traversé. Des textes sacrés, gravés dans le marbre, tatoués sur la peau des hommes, mentionnent sa localité auprès d’une rivière d’eau claire qui se divise en quatre bras, et ce n’est certes pas ce qu’on retrouve sur le terrain à l’heure actuelle.

Jamais loin, jamais dedans. Adam, banlieusard éternel, titube désolé à la périphérie, sur le bord d’un ruisseau bourbeux. Battu par le vent gelé de la nuit, fouetté par les caillasses qui rasent le sol avec les scorpions et les idées lasses, il s’avance parmi les insectes volants qui se rabattent à pleine vitesse sous les abris, se meut avec lourdeur, écrase sous son pas le sable. Lentement, il reprend ses esprits. Un frisson le parcourt. Il s’est mis en marche comme de lui-même, comme attiré au loin par la source, appelé par un parfum familier. Son corps déambule, et tandis qu’il sort de sa torpeur il lui emboîte le pas. Il met ses pieds dans ses traces, ses jambes dans les siennes, ses pas dans les siens. Il reprend le rythme, et le force à sa volonté. Il l’accélère. Eve l’attend. Elle l’espère. Il n’y plus de temps à perdre quand enfin, il rouvre les yeux.

Devant lui, les lumières se sont Sensiblement rapprochées. D’un pas, puis deux, puis trois. Elles dansent en harmonie au-dessus de la plaine. Elles aveuglent. Si loin, si proche, le cœur de la ville où Eve bat la mesure. Dans sa marche forcée, il s’élance à l’approche des choses possibles, des jours attendus. Il se peut encore que quelque chose se perde, qu’une erreur survienne au cours des itérations à venir, sur les mille siècles qui s’enfilent. Il se peut qu’une chose advienne qui ne soit pas prévue, qu’un être dise autre chose. Autre chose que lui-même. Un jour.

Adam prend le chemin. Il se peut qu’il y mène. Il court à présent, plus vite que s’il avait voulu rattraper le temps perdu. Il fait des enjambées. Il franchit des années. Dans les hauteurs des immeubles, certains cherchaient le paradis, disposé à le trouver tout entier dans l’autre. A l’étage, ils y étaient, il se pourrait qu’ils y soient, encore, chassés par les marchands et les promoteurs, traqués par le courrier, les bombardiers. D’un pas à l’autre, il en aura le cœur net. Encore un pas.

Il restera désormais des colosses à bâtir, à sculpter dans le vent, qui n’auront aucune image que celle de l’être aimé, aucun visage que celui de l’être qui aime.

On peut encore imaginer des paradis qui vont renaître sur la cendre des échecs passés. Sans commettre l’erreur d’inventer des suites de dieux qui donneraient du corps à l’amour, et leur faire dire toutes les horreurs. Mais juste reconnaître qu’aimer est divin, seulement, et lui donner le dernier mot. Reconnaître, si ce n’est pas trop, que si dieu est amour, c’est parce qu’amour est dieu. Que l’amour est. Contre toute attente. On peut encore. Et puis continuer de marcher à grandes foulées, courir vers les mirages de l’Eden, jusqu’à la lisière de soi-même, et de son désert. Jusqu’à être là. Au centre. Et puis rejoindre Eve, aux lueurs de la ville, à demi mort, et pour la vie.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris