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JOURNAL I
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Tel.





 

Un os. La plupart des gens, pour la vie, n’ont jamais besoin que de ça. N’importe quoi à ronger, qu’on le leur jette avec dépit, un bout de tuyau, même, une grosse pièce de boyaux tressés à laquelle en séchant on aura donné la forme, et le goût. Et pour baver, mordre et rogner, pour se rouler dessus en ronflant comme on se couche dans la lie, le gratin, et pour grogner sur qui s’approche à la ronde, même au hasard, veiller dessus à tout bout de champ, les yeux rivés, ne plus dormir, même quand on dort. Ou vite l’emmener, l’enterrer dans un coin sombre, dans un sous-bois, humide et sûr, pas encore entamé mais déjà mort, déjà trésor, en grappe. Et, comme un pape, comme enfin s’être ouvert à la vie, s’asseoir dessus. Y revenir. Enfin trouvé, le bonheur, incarné. Sans les encombrements de la chair. Un os.

Un truc sur quoi se casser les dents. Une matraque, la goupille d’une grenade, une allégorie, pourquoi pas. On verrait assez bien une loi, pour peu qu’on la vote assez dure, limpide, et qu’on lui fasse toute une justice, aveugle, à son image. Ou une maladie, puisse-t-elle être incurable, ou génétique, pas un rhume foudroyant comme on en voit sortir d’Asie, non, mais au plus fort, pathologique, comprenez-moi, tout en longueur. Un truc à moi. Reconnaissable, même de loin. Avec un nom dessus. Et des problèmes, des scientifiques aussi, économiques, sentimentaux, des troubles intestinaux. Un truc à vivre, avec des chaînes de réactions, des conséquences, des concordances pour que ça n’ait jamais de fin, comme une allégorie. Un ennemi. Bien entendu. De quoi en faire une guerre.

Evidemment, soit-il intime, mis en commun pour faire pratique, un ennemi c’est comme on dit, ça donne une raison à être. Un avoir. Une dette. Toute la créance essentielle à la fabrication d’un être, un état. Une âme. On aime y croire, depuis qu’on a commencé à mettre un pied devant l’autre, des pierres les unes sur les autres, puisqu’on voulait ériger des gratte-ciel, maintenant, c’est fait, se mettre en société c’est en premier mettre en commun ses peurs avec d’autres, et contre d’autres autres. Comme une façon de se tenir. Poser pour la photo, regroupés en ordre sur les marches. Jusqu’à devenir une peur, leur propre peur ; attentifs, ensemble ; ou encore l’un des autres.

Un os. Ou une solution sur pourquoi je suis ici et ce que j’y fais. Une issue douce-amère, en suspension dans l’aube de la vie, celle de tous les jours, et qui précipite, au bord de la piscine, au fond d’un verre glacé qu’on sirote à la paille, mêlé de tequila. Dans l’autre main, un passe temps, labyrinthe, un journal de mots croisés ou un casse tête chinois en plastique de couleurs vives à emboîter par toutes les dimensions. Tout ce qui tend à se déconcentrer, se diluer dans l’or du temps. Un n’importe quoi plutôt qu’un rien, plutôt qu’avoir maille à partir avec moi-même.

Le bonheur, ce serait d’avoir quelque chose à quoi s’occuper, quelque chose sur quoi jeter mon dévolu, quelqu’un, fut-il imaginaire, tapis à la périphérie, juste là, à l’orée des bois, quelque part, aux abois. Quelque chose à emmener, tout au fond de ma niche, tout au fond de moi, dans ce que je suis, dans ce que je sais, et pour qu’on n’en franchisse plus les limites, jamais. Plutôt qu’avoir à descendre dans la rue, armé d’un fusil, et tirer à hauteur des nuques, partout, toujours à développer de l’intérieur mes propres tares, mes autres penchants, et le reste. Et devenir. Ennemi, généré spontanément comme le moisi vient sur la confiture.

Je me verrai enfin, face à un rien, l’univers, ou l’inverse, tout entier ; un rien qui fasse face, et même contre nature, la mienne, qui prouve à qui veut voir que tous les miroirs sont magiques. Là, je me sentirai, transporté, transposé d’un seul bloc dans mes veines, les miennes, avec un petit supplément de soi, de ceux qui font un adversaire. Prendre corps. Et puis mordre. Planté là. Droit devant soi. D’une traite au bout du monde, par-delà l’horizon. Un horizon bien lisse sur sa surface, sans niveau, sans espace, tassé au plat de la pelle tout comme ces cochons d’indes de laboratoire qu’on voit en vidéo grouiller les uns sur les autres dans de petites cages cubiques, étroitement serrés, et finir par se grignoter entre eux, à la longue, jusqu’à la moelle et en dessous.

Un os. Comme une armure vécue de l’intérieur, enfouie au fond des muscles. Une armature en fil de fer pour prendre forme au monde, autre chose qu’une larve. Pour autre chose que végéter dans mon coin à m’efforcer de conserver les choses en place, au sortir des nuits de doute, à l’invasion des évidences, à la vrille des nerfs. Fil blanc pour le tissu d’un drame. Parce qu’il ne faudrait pas que ma bulle éclate dans une nébuleuse encore plus grande, aux doigts crochus, aux bras armés, ou qu’au pire elle implose, tout seulement, et se replie autour de moi, moulée comme un vêtement fabriqué pour le sport, fondue comme le plastique d’un abat-jour sur une lampe.

Et moi, uni, parmi d’autres idéaux, à l’horizontale d’autres insectes, grands, jusqu’à hauteur du squelette de chitine qui leur fait carapace, j’aurais, moi aussi, à quoi m’en tenir. La liberté. L’amplitude du mouvement. Le poids de la masse qui se trame à mes flancs. Les grandes artères profilées qui s’étendent tout droit vers les trésors de l’Ouest, et, à perte de vue, des ciels irisés. Et marcher jusque là. Avec, à mi-chemin des extrémités, des articulations qui contrôlent la figure et l’effet, charnières, comme autant d’époques, transitoires, comme des histoires ; qui créent la souplesse, à force d’entraînement, la vigueur, à force de limites, et de forcer dessus.

Rompu à l’exercice et prêt à en découdre, le mors aux dents pour oublier la mort dans l’âme et les élans, j’aurai bientôt les mains affairées. Occupées à ne plus lâcher, à tenir, une barre. A ronger, un frein. Une haie toujours à franchir. Une revanche à prendre. Avec, en face, un être à soi, médicament, pratique pour fuir, assidûment, sa part, jusqu’à devenir soi, même, vu de l’intérieur. Et de l’adversité ; comme une source qui coule dans mes canaux, et se verse à ma coupe, dilue des alibis.

Avoir un but, à savoir ce qu’on fait, et pourquoi ça se passe. Ca sera tomber moins malade, statistiquement, faire plus d’enfant, être plus assidu dans mon travail, tout comme prétendent des escadrilles, des aumôniers et des croisements entre les deux. J’aurai alors de l’avenir, des pas à faire sur la voie de l’homme. J’aurai enfin une contrainte, une hargne, solidement planté au fond de moi, et dans ma chair. Un os.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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