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L’indiscrétion.





 

Toujours le même jeudi.

Comme ces dénombrables autres jours qui n’en finissent plus de se lever, qui n’ont jamais cessé de se lever, comme des armées, tous bien tassés, en masse, les uns derrière les autres, ont-ils jamais cessé de se lever ? autour du bleu, du rose, mais avec, par-dessus, des catégories de teintes entre le noir et le blanc, à l’infini, ils font la queue. Caddie à la main, ils vrombissent. Toussent de bonheur. Fument de joie, la bouche autour de vieilles tiges mâchées.

Ils se sont à peine levés, comme ils se sont à peine couchés. Et je me plais à voir une marée humaine maintenant à la porte des super marchés, prête à investir la place, comme de l’eau froide à hauteur des chevilles, à l’assaut des prix bas, comme un beau jour de soldes, mais sans, et puis lame de fond, déferlante sur les rayons, notre beau cœur de cible, qui palpite et qui danse d’un bord à l’autre entre les chiffres au rythme des annonces des ventes éclaires, des promotions, des progressions.

J’étais tout juste revenu de mon paradis en poudre quand le téléphone a sonné. Je me suis reconnu sur une chaise de cuisine. Un gant de toilette avait pris, en séchant, la forme de mon visage. Il m’empêchait de respirer. Autour, les murs crachaient la litanie particulière des petits matins de semaine. Chasse d’eau, gargouillis, grincement de porte, pleurs des enfants à l’heure de se brosser les dents ; tout ça, plus fort que si j’avais eu l’oreille collée aux murs, au ventre tendu de la maison. Une vraie mine d’informations. Par flashs, en continu. Et moi, au centre, chaussures, veston, montre bracelet, et tout l’attirail. J’avais du m’endormir.

Et puis, je me retrouvais face à une machine à café qui ressassait la même soupe depuis des heures, le son de la télévision baissé au minimum, une tasse à la main, l’oreillette du téléphone suspendue au lobe, un certain goût de sang dans la bouche. On me tenait en temps réel au courant des fluctuations, des effets et de l’impact physique recensé à la source. Deux millions de petites mains agiles sur des claviers assermentés.

Bien sûr, on va te faire aimer l’an deux mille, ne t’en fais pas, tu vas m’en redemander, tu vas m’en reprendre des paquets, vendus par trois, trente trois pour cent gratuit, plus un bon de réduction et des croquettes pour chat goût viande. Et si tu ne le prends pas, à ce niveau là, c’est que t’es vraiment une pute. Allez, on le sait. On aura eu raison de t’empoisonner, en paquets par trois, en pâtée pour les chats. Sans sourciller.

Six milliards, bientôt, de clients potentiels. Maîtres à penser. Bouches à nourrir. Phalanges dernières d’un jeu de multiplication des dupes, et que j’ai dans les veines depuis des semaines, et aujourd’hui au bout des doigts. Le seul maillon faible qui peut encore faire capoter tout, casser la chaîne, et qu’on cajole, et qu’on dorlote, qu’on emmitonne comme une poupée russe, pour qu’il se presse toute la journée, s’angoisse et se console à la porte des super marchés. Respire, enfin.

Ici, le sentiment de maîtriser vie. Même s’il s’agit de l’acheter. Ca pourra être remboursable, même, échangé ou repris si non content. Même l’église ne propose pas mieux. Même dans ses tous nouveaux contrats concoctés par des experts en blouse noire. Et on s’étonne qu’elle soit sur le déclin ? Ente temps, voilà, dieu est revenu dans l’humain, devenu client, entre temps. Et le pouvoir dans les mains du peuple de se dire qu’ainsi soit-il, puisque je l’ai voulu et désiré.

Je le revois à l’instant, client roi, à ses dépends, égaré dans les rayons, et la roue du soleil. Aveuglé par la marchandise, et sa propre importance. Roi Soleil. Il se lève.

Le ministre est là. Tout le monde est là. La nation entière. Cliquez ici pour démarrer. A-t-il baillé trois fois ? S’est-il bien étiré ? A-t-il fait mou ? Dur ? Fumant ? Odeur âcre ? Goût de suif ? On soupèse. On sonde en profondeur. On fait circuler le plat en argent. Les connaisseurs s’estiment satisfaits. Ils soupirent. On m’en prévient immédiatement par oreillette, en temps réel, l’écran diffuse les courbes et les courbettes à large spectre, et comme tout le monde, à ma cafetière, je sourie.

Aujourd’hui encore, le monde va bien.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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