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L’empreinte - 5 - Les corps célestes.





 

L’ombre d’une hésitation plane encore sur ici comme celles projetées par les astres passants, et devant la lumière, dans le cône résultant, douché d’obscurité, je me dore au projet suranné d’une épopée, d’un conte, ou des éphémérides qu’on aura posées sur papier.

Mon geste arrêté se tient au tiers du chemin de saisir mon verre pour le jeter à terre, exploser quelque chose comme on brise ses chaînes, au moins pour en changer, explorer des voies de conséquences et voir s’éparpiller les débris coupants, reflets moirés, sous les banquettes. Quelque part encore, au-delà de cette pensée, la femme en rose s’éternise dans les derniers délais qu’une nouvelle page de publicité interrompt, fractionne et délaye une nouvelle fois, et je suis mis au ban de ma chaise, à la limite d’étrangler une cigarette, et l’aiguille fine de la pendule pointe vers les quinze secondes, et un enfant se retient de vomir dans le bus, et le doigt d’un général en chef des armées effleure de très près la laque rouge du bouton.

Chaque instant se passe, s’efforce de le faire, se dépasse lui-même pour atteindre son état suivant. Et puis change. Et je suis, je le vois, sur le point. Sur le point de commettre l’irréparable, comme parmi l’ensemble des possibilités, quelqu’un, quelque part, gagne un énorme lot au tirage, comme sur l’intégralité des courses franchissables dans un vide, dans un fracas effroyable, un immense astéroïde se désintègre à la surface de la terre, aux faubourgs de la capitale, sur le toit d’un pavillon aux volets roses.

Il y a risque de trouble avec les habitudes, toujours, à tout moment, et des repères à consommer, quelque part entre le point et la rupture. En suite plus rien n’est jamais pareil. Alors l’astéroïde retarde le moment de prendre le chemin de la terre, met du flottement, goûte l’instant. Et puis, il se pourrait bien qu’il ricoche sur les couches supérieures de l’atmosphère et reparte se perdre une fois pour toutes dans l’espace et le temps, réputés infinis. Peut-être, au fond, vaudrait-il mieux pour lui qu’il se mette tranquillement en orbite, à bonne distance, ou que, plus simplement, il poursuive au large, au milieu des étoiles, son chemin muable édicté par les courants et les lois de gravitation. Il hésite.

Au fond, comme lui, j’attends quelque chose de la vie. Comme plein de monde. Comme on attend, dans le ronronnement du moteur, que le bus prenne enfin sa route. Que quelque chose me chavire. Mais sans me saborder. M’entraîne. M’attire. Que mes capacités, intérieures, extérieures, mon poids, prennent corps, trouvent leur valeur. Qu’un événement les révèlent à la vie. Et me révèle, moi. Me transforme à tout jamais en cette partie de moi-même que jusque là j’étais en pouvoir d’être, ou que j’étais déjà, mais sans l’être, et me purge finalement de tout le reste, comme mon essence même, ma destinée.

Tout comme cet arbre foudroyé, en contre bas dans la vallée. L’un des frênes alignés sur le bord du ruisseau et dont on ne saura, en aucun cas, pourquoi lui, et pourquoi pas celui d’à-côté qui est plus gros et qui est plus haut ou encore l’autre plus loin qui a carrément les pieds dans l’eau. Ni s’il avait en lui, dans son être, dans son tronc et sous l’écorce apparente, une composition intime qui l’appelait à l’orage, qui l’attirait à la foudre, comme on voit quand le temps est lourd, après les jours de marché, la viande appeler les mouches. Quelque souffle divin.

Et puis la valeur de ces minces branches qui restent de part et d’autre du cadavre de bois calciné, et qui refleurissent au printemps dans la rangée des frênes, justement celle d’avoir été foudroyées, à présent, et pour toujours. Si bien que, par habitude, on les désignera désormais à l’entour comme telles.

Là, il y avait quelque chose. Je le voulais tellement. Mais la léthargie qui s’est appropriée mes pensées et mes images, intimes, s’est chargée de rendre l’univers inconcevable. Et tout le relief du monde. Je suis assis à ma table, comme tous les jours, au bord de la table, à attendre la foudre, pourquoi pas une météorite. Je m’en souviens vaguement. Je suis là au cas où.

Restera alors à ne plus attendre, à ne plus espérer que quelque chose peut arriver. Il se peut. Et ne plus espérer sera commencer à faire. Et puis ne plus penser sera commencer à être. Ici, et là. Ou par-là. Poser le pied au sol. Ne plus se raconter et commencer à vivre.

Et même l’habitude sera pour tout le monde. Même pour ceux qui tentent de la briser, ou calciné plutôt que rien. Des débris de verre qui brillent sous le canapé. Des habitudes qui rendent creux comme des puits sans fond, comme cette guimauve rose qui ne répond pas aux questions qu’on lui pose. Même cette fille qui n’a fait que passer tout à l’heure, trôner sur un tabouret bas, touiller une paille dans son verre, et qui repartira bientôt accompagnée, en bus, pour laquelle j’ai éprouvé un instant une attirance fantôme.

Et puis, encore, des habitudes qui enrichissent et qui font comme la musique de la vie, d’être ensemble, et au présent. Créent le rythme et l’harmonie. Des choses qui se creusent en amitié, comme en amour, comme en tout, et qui, parfois, ne sont pas à s’engloutir sous les coulées de boue. Qui mêlent dans un même mécanisme d’horlogerie fine, à graviter au ciel mollement l’un avec l’autre, malaxés l’un dans l’autre, en grumeaux de matière, ce qui s’imprime lentement, à la longue indéfectible, et ce qui demande toujours à jaillir.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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