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L’empreinte - 2 - L’inexistence.





 

Là, il y a encore cette greluche endimanchée, greffée dans son mince carré de lumière bleue qui trône sur un angle, vissé au mur, condamné sur une chaîne, la première, pour ne pas dire.

Stupidement comprimée dans son short de princesse, elle répond aux questions qu’on lui pose, comme si sa vie en dépendait, comme peut dépendre la vie des marionnettes des fils qui les rattachent au reste. Comme peut se rattacher la vie d’une femme aux millions qui lui manquent, et au reste. Elle bave quelques mots, à peine plus fort que l’eau, aux tintements de cloches, comme une chienne pour Pavlov. Réguliers. Elle verse et se répand, et réflexionne, et se prolonge encore, insidieusement. On finira par la voir s’essouffler, transpirer et trembler, feuille morte, étroitement serrée entre deux pages de publicités. Desséchée, bientôt. Bientôt.

Déjà, vu d’ici, on n’en voit que la plante en pot qui lui mange une partie du visage. Une espèce de ficus installé sur le dossier de banquette, en porte-à-faux, soutenu par des tuteurs en baguettes chinoises. Pour en savoir plus, il faudrait se pencher, s’incliner, faire un effort pour contourner, qu’on n’est pas disposé à faire, a priori, et qu’on ne fera jamais.

Elle, de derrière, elle me regarde, en coin. Je le sais. Et depuis un moment. D’un je ne sais quoi, je me sens visé, mis au jour, plus encore que par la lumière halogène qui me saisit la nuque et écrase mon ombre à plat sur la table parmi mes tasses de café et les mégots à fleur de cendrier. Son regard passe en moi, à peu près transparent, me tient de biais cet air de connivence, presque de complaisance, que portent parfois les assassins quand ils regardent dans leur ensemble les jurés. Parce qu’ils savent, eux, pour l’avoir éprouvé et pour l’avoir vécu, et pour le vivre encore à jamais, ce que l’humain porte de commun avec ses prochains.

C’est un regard qui sait quelque chose de soi, de nous, un regard qui passe la fine pellicule de la peau, la pellicule de cinéma sur laquelle s’imprime à chaque instant la forme sous laquelle nous apparaissons aux yeux des autres, et qu’on leur projette en retour. Qui passe les frontières, les coups de grippe, les grains de beautés, et les fossettes, les ridules, les cratères, les plaines et les vallées. Qui passe outre les mots. Et qui insiste. En silence. Qui pèse, comme une main sur l’épaule quand on nous guide, pieds et poings liés, à travers le dédale des couloirs du bagne.

Qui, encore, sait monter à l’échafaud en regardant devant et sans se dire demain. Sans penser aux enfants. Comme on se pose, droit, mais sans fierté singulière, à la rampe du bus. Synonyme, à la longue. Et qu’on s’y tient, juste pour ne pas tomber dans les virages qui nous mènent à la mort. Parce qu’on passe le plus clair de notre époque, des événements qui nous entourent et nous baignent, comme on passe un fourré, à ne pas savoir qui nous sommes, d’où nous venons, ce qui se passe. Tête baissée. Et qu’il faut savoir ce qu’on veut.

Mais au fond, j’aurai plus réfléchi à faire attention à ce que je voulais, qu’à le vouloir, seulement. Par peur de vouloir de travers.

Moi, j’aurais bien voulu avoir des yeux derrière la tête. Voir ce que voit celui qui va d’où je viens. Avoir ses yeux pour me voir moi. Comme s’il fallait que je sorte de moi-même pour mieux me connaître. Et m’approcher. Encore un peu. Tendant la main. Des yeux pour voir ce qui se termine et ce qui est. Pour trouver des indices dans les traces, des scories, et tracer, de proche en proche, la ligne formée par les pointillés. J’aurais voulu prendre conscience. Comme on marque un repère. Un lieu d’arrêt. Vous êtes ici. Et entre les deux, savoir dire "pour la dernière fois".

Et puis le faire, j’aurais aimé, en connaissance de cause. Savoir laisser pour savoir vivre. Se défaire de la jungle, de la glue, comme on change de jupe. Faire des choses qui se terminent. Des choses qui donnent une fin, et la connaissance des moyens. Les miens, par exemple. Et plus que ça. Encore. Fermer le cours des discussions, fermer la gueule aux opinions, donner à qui en veut, comme à des épousailles, des lendemains qui chantent. Devenir politique. Avoir des intentions, des étiquettes et des critiques. Et faire ce pas qui me tient à la simple idée des limites.

Mais il me manque un point, captivé par la suite et ses conséquences éternelles, les mots en l’air, en attente, dans le monde des idées. Manque un point de singularité qui me permettrait le départ. Une majuscule. A la fin. Sans lui, pas de nouvelle phrase. C’est la même qui ne se termine pas. Même si elle ne veut plus rien dire. Même si elle n’a plus rien à dire. Jamais. Avec la grammaire qui continue à défiler, égale à elle-même, sur une vague idée. Et que, derrière, c’est moi qui me finit déjà.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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