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L’empreinte - 1 - Attirance fantôme.





 

La vie, c’est vérifier les débits, les pressions, et l’harmonie des tuyauteries. Des manomètres à l’horizontale, des baroscopes, indicateurs, espions contre la pression des foules et les nuances terroristes et les percés extraterrestres et le regard de cette femme assise sur sa banquette qui tourne sa paille dans son verre pour y dissoudre les glaçons. Et des champs de vision couverts d’aiguilles qui balancent à droite, à gauche, jamais au centre. Jamais.

J’aurais voulu lui dire bonjour au passage, ou quelque chose, ou combien je la trouvais belle, quand elle est entrée, et puis après, à côté de ma table tout à l’heure, juste ça, et c’est tout, avant de l’avoir sur le cœur pour moi tout seul et de ne plus avoir l’occasion de m’en débarrasser. Jamais. Mais je me suis fondu dans la peinture à l’éponge mi-brune mi-saumon, moi, ma veste accrochée, mon verre entamé, ma vie et tout mon barda, caméléon à mes dépends. J’aurais pu.

Encadrée des canalisations de cuivre lustré qui font décoration, elle trône maintenant sur un tabouret bas, loin des possibles, entre les courants d’air d’un ventilateur à pales larges et les applaudissements émis, à hauteur du ventre, d’un transistor vidéo dissimulé dans un recoin de bar.

Toujours à voir venir le terme sans faire le chemin, j’espérais que l’heure allait tourner très vite. Juste un sale moment à passer. Je pourrais encore provoquer les événements, comme on dit, ou comme on provoque un flic au coin de la rue, juste pour se faire jeter en prison. Mais j’ai toujours fait en sorte que les choses se passent, en faisant le moins de vagues, presque sans moi. Le peu que j’ai pu provoquer jusqu’à maintenant n’a jamais abouti, et c’est une chance lorsque ce que je lance en l’air ne me retombe pas dessus en pluie de cailloux et en injures.

Ca m’a déjà donné envie de hurler, de vouloir tout bousculer sur mon passage jusqu’à ébranler les fondations des choses mêmes, jusqu’à vouloir faire sortir le temps de son cours et inonder la planète entière, et noyer ces conneries, et craquer cette camisole qui fait qu’on a un karma et une vie, et du passé et des intentions, même des bonnes, dans ce monde de dingues. Mais comme tout le monde. Même franchir le passage dans l’enchevêtrement des chaises, même sans rouler des mécaniques, avoir, je le sais quelque chose à dire, et même quelque chose à dire derrière les choses à dire, et que ça donne de l’assurance, et que ça fait de l’aisance dans les pas qui s’enchaînent les uns aux autres avec la détermination naturelle des choses qui s’enchaînent tout court... et pour faire quoi ?

Au-dessus des lignes de pavés du carrelage alignées comme autant de frontières, je reste suspendu. Et le souvenir d’un avion en bois dans une devanture de magasin m’entête. Cogne aux parois. Mais il y a à contrôler que rien ne sorte. Vérifier la pression et se donner le genre. Donner le change. Se montrer à la hauteur de la marque de ses baskets, de l’inscription sur son tee-shirt. L’air détendu, soutenu par l’accoudoir. Gestes graciles et odeur de frais.

Voilà. Je me suis toujours protégé des habitudes pour laisser une porte ouverte aux évidences qui pourraient m’arriver. Porte battante. Je n’ai pas pris de voie pour avoir un métier. Et c’est le vent qui entre. Je n’ai pas pris de femme pour avoir un foyer. Je n’ai pas pris de chien, pour aller me promener. Je n’ai pas pris de Pour je n’ai pas pris de Contre, ni de oui ni de non, ni de rien. Je n’ai pas pris le plis, ni le mien ni celui d’un autre, d’ailleurs, comme autant prennent le bus le matin et s’en vont vers la mort. C’est devenu comme une habitude. Une manière d’être. Ou ne pas être.

Il n’est pas dit que ça ne m’ait pas emmené vers une mort, de toutes, plus certaine encore. Tout droit, même avec les détours. Ca ne m’aura pas même aidé à être seulement quelqu’un. A entamer des travaux sans fond, à des places sans visage, à me faire oublier. Jour après jour. Cultiver l’absence, en tant qu’attitude, l’anomalie comme raison d’être. Et le vide pour forme d’existence. Avec insistance. Dilué dans les câblages comme la fleur de sel dans l’eau des nouilles. A sentir la fêlure, et les aspérités sur le dallage du trottoir quand l’été commence à cogner sur les têtes. A siffloter sous les insultes quand on a traîné mon cartable dans les flaques. A chercher à regarder le soleil bien en face malgré les yeux qui pleurent et la brûlure au visage. L’inexistence.

Au fond, je n’aurai même pas pris une évidence plutôt qu’une autre, ou plutôt qu’un doute. Plutôt même prendre ce putain de bus, enfin. A la queue. Comme tout le monde. Et qu’on m’emmène, vite, voir les moustiques s’écraser sur le pare brise, à grande vitesse, et défiler les décors de carton pâte sans détails et sans âme dans lesquels on perd quelque chose de soi. Dans lesquels je me lave, et je me laverai.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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