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SYNOPSIE
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La nuit





 

Je m’asseyais, seul. Tout autour il n’y avait que les objets et les rouages d’une machine qui me fussent familiers, sus sous toutes les coutures. J’avais passé mon temps à les manipuler et les déplacer, les ranger et les mettre là plutôt qu’ailleurs. A les toucher et les déformer du regard, les aimer pour leur usage et les prendre pour leur nouvelle forme, leur couleur, leur unicité.

Un pavé, une masse très blanche, la corne chuchoteuse à noircir, le bâton de fusain, le stylet. Pour tout tracer et ne rien dire, d’abord avec insouciance, sans retenue les premiers temps. Des traits appliqués par automatismes et peut-être motivés par un réflexe de survie. Puis à mesure que les aubes montaient ce fut comme le feu de l’acte alimentant son propre mouvement. On ne saurait dire avoir agi de plein gré. D’un besoin et d’une volonté je m’étais fait l’outil, la mise en œuvre à plat. Les choses allaient d’elles-mêmes.

Je m’exécutais naturellement, mis en demeure, mon rôle de cheval de trait m’échappa au début pour revenir plus tard, apparaître. Cependant que le temps s’écoulait, je m’imprégnais de la vie de cette pièce. Jamais son espace pourtant exigu ne m’avait oppressé. Je ne m’émerveille plus aujourd’hui pour chaque élément distrayant un ennui constamment aux aguets. Je noircissais de pigments les pans immaculés dont aucune lumière ne pourrait revenir.

Au commencement les signes et dessins s’en détachaient naïvement, et puis au fur et à mesure que la surface s’imbibait du charbon, l’espace où évoluait l’acteur se saturait en retour, donnant des recoupages confondus, brassé d’une série d’images et de quelques tableaux où l’encrage reflétait une marqueterie de teintes improbables et rares.

Peu à peu des couleurs prirent corps, comme de la lecture à rebours d’une fresque embrassée sans souci de son ordre, et je les gardai avec soin en ne rectifiant pas un point des caractères nés des cendres ainsi affranchies. D’un relief impersonnel vint le pourpre intimiste, la pénombre d’un orange de vermeil se leva qui la veille n’était seulement qu’un moulage de légume en plâtre.

Un soir dans cette chambre d’hôpital, salle d’attente, morgue ou musée en toiles et cartons collés, les installations de survie ne serviraient plus à rien. Une dernière fois la lumière baisserait pour séparer les jours, et un courant d’air léger s’infiltrerait, qui repartirait aussitôt en emportant les murs et tout le reste derrière lui, soufflant sur tout ici comme sur une cabane de cartes, ou une volée de pages qu’on fait claquer entre elles pour déflorer la rame compacte, ne laissant que la nuit.







Mots,

l’Acteur
IX  .
notes,

jeudi 24 février
Nous ne sommes jamais à l’abri de la pluie.

mardi 27 mai
Du même bord jaillira la victoire du nombre

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