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JOURNAL I
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La chose en question, VI.





 

Sur son bord de triangle, presque au-delà de tout, elle se sent arriver. Portée par on ne sait quoi. Elle en a le sentiment. Et pendant que l’animateur articule dans son habit bleu des sermons télévisuels ou des marques de biscuits, elle comprend lentement que son silence aura une fin, en soi. Une conclusion va venir. Sera-t-elle hors sujet, elle sait qu’elle a déjà dépassé la question depuis longtemps et qu’elle est, autrement, en train de répondre à tout ça.

Mais il y a le temps imparti. Et même si la durée de réflexion n’est pas limitée de manière explicite, et qu’on peut l’interrompre par d’autres pages encore jusqu’à la fin de l’occident, elle a sa propre limite, interne, inavouée, qui se décompte sans tintement sonore, sans tic tac d’horloge, mais qui fait qu’on se presse.

Il y a l’œil de l’autre qui regarde, installé, et qui pèse sur les questions les plus profondes, à coup d’embarras et d’entraves. Qui tape des doigts sur la table, en rythme de batterie ou se mord l’intérieur de la joue, ou se décrasse dessous les ongles avec les incisives et recrache discrètement les rognures par-dessus l’épaule. Dubitatif comme ses parents, en donneur d’ordre impatient, sans indulgence comme le client qui a fait la queue à la caisse, et qui a le droit au respect, à la fin.

Et puis s’entendre dire qu’au fond, ce qui compte, c’est de faire. Après les martèlements du marche ou crève, ou l’inversion du meilleur, et du rien. Parce que c’est le temps qui passe, et qui ne reviendra pas. Et qu’il passe vite, et qu’à force qu’il passe, c’est la seule chose qui compte, qu’il passe. Et qu’encore plus, plus il passe vite, plus ce qui compte c’est qu’il passe vite.

Même ivre de bombardements des dépêches par voix expresses et autoroutes, toujours la lutte pour des connaissances, et celles des lignes ultimes. En manque, perpétuel, parce qu’on n’a pas de vérité en soi, pas la queue d’une, à attraper comme les souris de laboratoires, qu’on pourrait étudier. Se mettre sous la dent. Et parce qu’on est porteur de rien. Rien qu’une marque sur un débardeur.

Et parce qu’il convient de se le dire, après tout, madame, qu’on se traîne toute la semaine à lécher les bottes du patron, et que quand il s’agit de faire quelque chose par soi-même, il n’y a plus personne. Alors, il ne faudra pas trop se plaindre, d’avoir quelques bottes à lécher ne sera déjà pas si mal.

Nez écrasé contre la vitre, à la recherche perpétuelle d’immanents événements, on en quémande, pour s’éviter le pire. D’avoir le temps de poser des questions. Regarder passer le jus pressé des hirondelles. On en mendie jusqu’au raccourcissement ultime des limites, là où elles deviennent immédiates, proches comme la peau, au frémissement de l’instant. Et pour savoir s’envoler. Sentiment du danger par l’imminence des choses qui suit de près le défilé des comètes. Si seulement un platane venait à traverser.

Quelque chose au fond d’elle cherche encore à comprendre, malgré les écrans qu’on a mis juste devant elle, et entre ça et soi. Parce qu’il ne s’agit pas d’une grande certitude, ou d’un coup de génie, encore bien moins de religion, mais plutôt de son chien, ce chien à peindre, et à repeindre, qui dit j’existe, obstinément, et dont elle s’est privée, depuis. Sortir de son mensonge qui fait d’elle l’absente, et celle qui lui manque.

La vie, la vraie, là, ailleurs. Mais la vérité ne dépend pas de la connaissance. Ni de celle qu’on en a, ni de celle de soi, qu’on pourrait bien avoir. Le mensonge, au fond, c’est de se poser les questions sur la vérité. De chercher à en avoir connaissance. La vérité, sous-entendu, c’est de s’en foutre. Mais pour celui qui cherche la vérité en dépit du mensonge, le mensonge, c’est d’abord de se poser la question.

Ceux qui se sortent de ça sont ceux qui survivent à la vie. Et par-dessus tout, ceux qui s’en sortent sont ceux qui se sortent de cette survie, aussi. Alors elle se prépare. Dans moins d’une seconde, elle va ouvrir la bouche, et, au soulagement général, donner une réponse. La sienne.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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