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SYNOPSIE
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Les amis





Ils s’ordonnent en assemblée autour de la table et le thé peut être servi. La femme est assise là en face de lui, elle est ici pour être belle. L’homme placé à sa droite raconte, tient le propos. Voilà pour le moment. Derrière les amis, un poste fait chanter des airs dans le vent, et pour éclairer la salle on a ouvert les volets attenants aux larges fenêtres qui remplissent de soleil le mur opposé, tout en largeur. On a arrangé depuis longtemps cette pièce en une sorte de salon apte aux paroles et aux boissons conviviales, à même de satisfaire aux réunions confortables. C’est un fumoir, un parloir, un pan-soir, une vitrine sur les planches. Les amis sont assis tout autour du service, tasses et cuillères s’agitent avec assurance et précaution, on met du sucre ou on n’en met pas, le liquide coule du haut du bec de faïence, or brun ou cuivre jeune, et puis on tourne, on tourne, on imagine que le sucre se désintègre dans les tasses en terre cuite où fume paisiblement le breuvage sympathique.

A droite du personnage qui parle, un homme qui semble abattu, au visage en saillies, il fait montre d’une tension soutenue par l’économie de ses gestes et des mouvements de tout son corps. A dire vrai, il n’est pas nouveau ici, son rôle est plus vieux que lui-même. Ce soir, inscrit dans la nuit depuis une heure ou deux, les amis parachèvent le spectacle. L’acteur tend l’ouvrage, la femme célèbre son retour des Amériques.

La femme, l’homme qui parle, l’acteur rompu - il s’affaisse imperceptiblement - et puis quatre autres, sont là à goûter l’eau chaude du bout des lèvres. La femme les regarde car ils sont face à elle. L’un écrit quelque chose, classe des mots dans sa tête dont elle fait partie, car elle est dans l’histoire. L’autre semble rêveur, comme toujours, c’est son genre, à ses côtés, près des fenêtres, les deux autres femmes lui sourient, - toutes deux juste arrivées et lui torpillant des mimiques amoureuses depuis le début. Ces deux-là sont gentilles, elles ressortissent des astres occasionnels et bienvenus qui s’enroulent telle une parure généreuse sur un corps qui ne le serait pas moins. Se dérobent dans les champs d’éclats de mille rires floraux courant alentours, vivifient d’une fraîcheur rosée le noyau dur de ce système d’amis. La première n’est pas très intelligente mais agréable et peu bavarde, elle écoute et conseille bien en amour. La seconde, aux goûts similaires à la première. Elle fait de très belles choses avec ses petites mains mais ne peut s’empêcher de.. Elle l’a appelée pour sortir sur Paris, son petit ami.. bien un imbécile celui-là.. à se demander ce qu’elle peut bien faire avec ce type.. satisfaction physique, recours à des amours de passage, elle ne peut pas rester seule plus d’une semaine.. pas assez indépendante et autres bla-bla.

L’acteur exténué tourne son regard vers elle, lui demande une cigarette. Avec joie bien sûr. Entre amis. Il l’allume, en tire quelques bouffées qui paraissent lui faire un bien immense. « Merci, lui dit-il, en souriant presque. » Quittant la table un instant, puis revenant vers elle, à la manière d’un prestidigitateur il lui tend un bouquet de fleurs récemment acquis. Elle rougit-bafouille d’aise, le cœur gonflé d’hélium, elle ne sait plus quoi faire, cela faisait presque longtemps à la voir comme ça, toute chose.

La femme de son côté n’a pas dit un mot. Elle regarde la scène. La douleur la rend plus belle, même si c’est un sentiment feint. Donc la douleur la rend plus belle et plus proche que jamais. L’homme transi, sur elle tourne son regard. La douleur s’y accroche. L’homme acculé la regarde. Personne ne bouge ni ne fait attention autour, la fille renifle ses fleurs. La femme belle ne cille pas. L’homme hypothétique la dévisage, la femme belle se fait encore un peu plus belle. L’homme ébloui s’y brûle les yeux, la femme, belle. L’acteur aveuglé contemple un soleil indolemment austral, bleu d’une huile vaporeuse, trouble et déformé dans son chemin léger sur l’horizon qu’il caresse lentement, la femme, céleste et ambrée. L’acteur tragédien bouleversé, agonisant dans son ultime monologue, la femme se couche. L’acteur perdant sa peau, qui se prépare à éclore de son personnage, la femme, les yeux miroitant la fin d’un discours. L’acteur qui va mourir sur scène. La femme, émue. L’acteur, son ombre, va saluer une dernière fois.






notes,

jeudi 24 février
Nous ne sommes jamais à l’abri de la pluie.

mardi 27 mai
Du même bord jaillira la victoire du nombre

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