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JOURNAL I
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La Chose en question, V.





 

Nouvelles salves d’applaudissements nourris, sur le plateau. La fin de la page de publicité nous a laissés sur un rêve de voyage aux îles, et le parfum d’un rouge à lèvre. Tout sourire. Maintenant, on respire nu sur le sable chaud, une poupée russe nous sert à boire et deux esclaves musclés comme des dieux nous caressent de leurs mains mattes la peau du dos de bas en haut. On se prendrait à embrasser sa destinée, lui ouvrir les bras, coucher avec elle, pourquoi pas, et se damner les nuits à la chaîne dans les entrepôts givrés pour s’assurer, un week-end entier de tête-à-tête avec son transistor. Nous sommes prêts.

Mais pour tenir en ces temps de paix, aussi idéale et absolue soit-elle, il nous faudra plus que la plage, plus que sourire, et le rouge aux lèvres. Même sourire à la vie, rire de soi, comme un roi, envoyer ça au ciel, rire d’elle-même, avec envie, avec les dents, et prendre le reste par-dessus la jambe. Ca ne sera pas assez. Et encore, arrosé de paillettes et sous des couverts de peaux nues exposées et de petites tenues, ça ne sera toujours pas ça. Il faut vivre, encore.

Alors, dans l’assistance qu’on reconnaît assise en cercle presque parfait, pas si loin que ça, on s’y emploie. Beaucoup ont un travail, peut-être une famille, une chose qui fait leur monde, regroupée autour d’eux. Harmonisée à eux. Ils s’y appliquent avec ferveur, autant qu’ils peuvent. Le soir et les dimanches, aussi. Au lieu du bricolage. Au lieu du jardinage. Avec les mêmes outils. Comme on élève son chien. Ils y mettent toute leur conviction, installant leur vie dans sa gueule, comme on a dit. Le monde selon eux. Et pendant que la lumière bleue vient les remettre en scène, au beau milieu des réjouissances parmi des plus prisées, ils ne sont rien qu’à ça.

Sur les écrans de contrôle, des mines cherchent à se voir et cherchent à être vu. Faire partie, pareillement, de la publicité, ou des images qui suivent, ou des images qui suivent. Et entre les images, sur les écrans, étendus comme un paravent, être devant, être derrière, jamais sur le côté. Mais le champ se resserre jalousement sur la candidate. L’attention se fixe, et déjà, on sait. Le jeu pourra reprendre. Il n’a jamais cessé.

A nouveau, les regards la dépècent vivante. Elle laisserait bien sa place. Peut-être pour un rien. En tout cas rien de ce monde. Et de se voir plaquée sur les surfaces lisses, mise à l’abîme aux pieds du mur des moniteurs qui se copient entre eux, et la multiplie, elle ne reviendra pas. Peut-être qu’elle se dépèce, elle aussi fascinée par l’image qu’elle se voit renvoyée, comme une tête décapitée qu’on met face au miroir.

C’est une fuite en avant. Une fuite pour l’avant. Bref, une fuite en arrière. Quelque chose qui manque. Pas le temps d’avoir le recul suffisant pour trouver. Déjà, il faut le fuir. On cherche autour de soi, où qu’on ait pu se mettre, au centre des événements, au cœur des choses. Pourtant, ici, plus que partout ailleurs, ce qui manque c’est soi.

Elle cherche à rassembler le principal d’elle-même et elle se voit renvoyée aux quatre coins de l’espace. Dispersée dans la foule impatiente qui la presse et espère. Et eux, qui prennent sur leur temps de vies, déjà pleines et bien remplies, pour venir s’installer au devant de l’histoire, histoire de se donner le petit plus d’instant donné qui rend la vie heureuse, comme les foules généreuses qui se massaient au pied des échafauds, dans l’autre moyen âge.

A croire qu’ils ne choisissent pas le plus haut lieu de l’image sur un seul coup de dé, mais qu’ils en attendraient qu’on leur renvoie l’effigie d’eux-mêmes qu’ils sont venus chercher. Simplement intelligents et beaux et intelligents. Et en gros plan sur leur beaux yeux qui se regardent entre eux. Cherchent un égal, un ego. Et prennent la posent. Tout en valeur. Se montrer pour être connu. Ce qui donnera l’impression d’avoir du mérite. Ce qui donnera l’impression d’avoir fait de sa vie ce qu’il se doit, ou ce qu’on doit à soi.

Mais ce n’est pas assez, et ça ne parle pas d’eux, et ça ne leur dit rien d’eux. Avides, ils redemandent un complément d’information. Et puis un autre au précédent. Et on les voit courir. Non, elle les voit assis, pleins de reconnaissance, presque la gratitude d’avoir à se donner. Les yeux écarquillés. Hommes sandwichs. Supports heureux entre deux temps d’antenne publicitaire pour un peu qu’ils en soient.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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