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Interlude dans le Jardin



 

Ils n’en font qu’à leur tête de singes comme il en existe de très noirs, discrets s’il est possible, dans l’éloquence d’un signe particulier au loin visible et toujours intouchable, dans un jet obligatoire de jeunes filles sur deux piédestaux flottants, des étudiantes bombées de sacs au dos à fleurs variées, dans les tissus indiens qui se déchirent de nouveau pour l’heure, de toute minute passe un jean de chair qui s’ébruite après qu’un souffle, des nuages de jardin remuent la poussière qui tantôt servait le sol clair recouvrant les ostensibles vernis noirs et vachettes teintes de désapprobation. La malice absente remue l’air et le brise contre les socs émoussés des chercheurs d’or devenus éleveurs. Dans l’Ouest, les bancs Vert Communal du Paris immémorial s’apprivoisent sans effort et guident les pas en traçant un chemin de fer boisé in situ, la manutention des pages s’empile en volumes à demi refermés autour d’une pièce d’eau fréquentée, un instant les bancs disparaissent, font place encore à des groupes plus petits, ténus et replacés au sol, mais moins rarement tenus aux lieux des chaises - de jardins démeublés dans une atrophiante séparation - que l’on compte par centaines de têtes, qui relient maintenant à un passé mystérieux hanté de rixes et de d’autant de milliers de choses d’avenir qui pend au nez, dont la laque, entre un vert pâle omniprésent et l’acide grisâtre des excréments de pigeons, choisit deux chemins, celui d’un peuple mi-homme installé en ce lieu de volatiles arrondis à la démarche mécanique au sol qu’ils ne quittent que de quelques battants plumages au retour pesant, ou celui-là aussi qui dit qu’il y a bien longtemps elles furent troquées pour un long bail et amenées à meubler ici une grande réception qui ne s’est jamais éteinte, où les buffets et les divertissements bâtirent leur plénitude plusieurs soirs et plusieurs aubes durant avant de s’éteindre enfin, et elles restèrent dans la durée aujourd’hui commentée, des chaises comme un second peuple végétal et sans âge, disposées telles qu’on les a laissées il y a peu ou au siècle près, vacantes d’un loisir parlant où surgit un dieu de mise en scène céleste dont l’unique et précieux pouvoir célébré dans cette enceinte s’écume d’être en dehors du Temps. Les chaises parlantes demeurent dans l’indolence d’un rivage proche auquel il n’y aurait rien à ajouter, on doit se laisser bercer par les marées successives que ponctuent les nuages autour du disque brillant, cependant qu’elles disent les tirades imaginaires du passé enfoui derrière, disposées à compter des nôtres la valeur passagère, dans un grand après-midi de pas crissants et de voix qui remontèrent les allées. Les éternels étudiants qui n’ont de prise sur rien qui ne les prive de penser les yeux meurtris sous les pavés de mots de la marée noire paginées sur chanvre chaud, des petits points blancs fourmillent en tous sens et les artistes du jour, les couples allongés sur un jour de gazon et les poseurs d’affiches et les visiteurs crus, les anciens, des fantômes, la fille rencontrée, les patients, le rendez-vous, l’autre et le premier, un des derniers et le seul, la plus proche, le groupe, les amis, l’étranger et le modèle et la personne qui parle, autant d’inconnus et le méconnaissable, la belle et le beau, l’anatomiste et son gant, plongé dans l’enfouissement de ces voiles, la main sous la hanche d’une aisselle morte, un, deux, un cou et ses mèches dans l’épaule sur les jambes, environnait de frôlements, l’ouïe rêche des lecteurs ensoleillés, des prunelles d’un traverseur du parc d’un bout à l’autre, dans la statuaire épisodique d’amoureux de visu, œil dans l’œil, figés dans le creux d’un croisement de chemins blanchis à la chaux, à l’épicentre d’un baiser donné sous le coude du ciel de verdure pleine de santé, et sous tous les mâts sombres de la voûte de chlorophylle qui allume les bâtisses sereines quand le soleil se couvre, les moteurs de la rue voisine, le peuple des pigeons qui se pose à nouveau, sédentarisé, aux cent pas des aller et venu, mi-femme.

Des gens tranquilles. L’Europe, l’Amérique, l’Inde et le Japon foulent l’espace d’une plaque d’égout immobile d’un moment à l’autre, tout le reste se passe en dessous, en arrière, dans les abris du regard, par delà l’amoncellement des débris de parterres fleuris et l’humus régnant d’une forêt de toutes pièces. La bonne cigarette mais les mauvaises chaussures ; c’est un mode de vie. Le choix fabriqué du plaisir à tendre la journée de soleil, bien qu’il n’ait jamais cessé d’exister ; un modulaire imprudent passe sous cape, trop tard je l’ai déjà saisi et piétiné à terre en échange de moules et de frites au petit vin blanc et à la sauce au poireau dans un port piétonnier. Je cherche néanmoins une rime en « cape » et tombe sur escape, de l’anglais, je remets en ordre la capade froissée qui me tire sa révérence jusqu’au portail en fer forgé. Je suis toujours là. Une main innocente s’agite autour d’un bout de papier, chose normale pour le moins, l’agent ou le gendarme, peu importe qu’on le nomme de travers, porte un regard bienveillant sans moins en demeurer emprunt de compréhension sur le plan qu’on lui offre entouré de doigts touristiques. Le doigt du képi s’oriente dans l’espace selon une direction imaginaire à travers les arbres dissous et les mûres enfants. Je me trouve soudain refroidi après la marche, l’estomac plein d’aigreurs. La venue inattendue de cinq ou six bonnes sœurs autour d’un prêtre moderne me fait tourner les yeux vers une procession d’italiennes endeuillées, de dos dans un vent à rabat-voile.

On ne le dit pas, mais il est l’heure de joindre l’autre rive.






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