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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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70





L’étonnement s’afficherait à peine sur le visage de la comédienne. Elle paraîtrait obsédée par une idée douloureuse qui lui marquerait le front. "Evidement, je me proposerais de la conduire en voiture de luxe jusqu’à une table de maître, et plus si affinité. Je commencerais à m’éventer avec mon tas de billets, comme ça, et j’ajouterais qu’il pourrait être fort possible que je convie aux festivités une quelconque de mes connaissances familiales qui travaillerait actuellement dans les hautes sphères de la télévision, avec option sur le grand cinéma, si elle était sage." Mais elle déclinerait son invitation.

Une faiblesse dans sa voix trahirait une angoisse nerveuse, et ses doigts tachés d’encre auraient les ongles rongés. Lui insisterait : "Comme je sais que vous voulez devenir actrice, ça dépend de vous" Et là, il laisserait en suspens.

Mais, il ne lui faudrait pas plus d’un quart de seconde pour se faire assurer qu’elle n’aurait pas faim et l’entendre ajouter d’une voix de théière ébréchée quelque chose comme : "Oui, je suis une comédienne. Mais, quand je serai grande, je ne veux plus être une actrice. Je ne veux plus qu’on m’aime à la télévision. Maintenant, je suis amoureuse. Voilà." Puis elle lui claquerait la porte au nez et il se diluerait dans la moquette.

Quelque instant plus tard, lorsqu’elle rouvrirait, il aurait tout à fait disparu.

Elle tourna la tête de gauche et de droite par l’embrasure et se persuada qu’elle était enfin isolée. Son pied nu se posa sur la moquette molletonnée du couloir tandis que l’autre se soulevant dans la chambre finissait d’écraser son disque vinyle.

Sa malle était faite et ses affaires rangées. L’heure était venue de regagner sa contrée perdue d’où elle repartirait pour une nouvelle aventure, et ce n’était pas sans une pincée de mélancolie nuancée d’excitation qu’elle avait bouclé ses bagages. Une impression de chahut la troublait cependant, tambourinait et sifflait comme un défilé de l’armée.

Du fond d’elle-même, la moitié de ses organes semblait s’être retournée. Elle avait regagné sa loge en courant, emportée par un sentiment dont elle n’avait encore jamais éprouvé le choc. Un intervalle de temps indéfinissable avait semblé être autre chose qu’une formalité, et peut-être portait-il encore un message qui résonnerait dans la cage de sa poitrine pour quelques instants encore. Une impression de lèvres serrées contre les siennes qui sortait du cadre d’acier de la représentation, hors de contrôle, se répercutait entre les parois de ses os, craquait dans ses vertèbres.

Un élément lui avait échappé. Elle qui pensait ne jamais être ébranlée par un événement, avait cette fois-ci ressenti une secousse intérieur comme on perçoit celle d’une bombe qui explose de l’intérieur d’un bunker.

Elle était entrée dans sa loge comme une tornade dans une bouteille. Elle avait tordu ses bagages et saisit une plume dans son élan. Mais plus rien ne pouvait lui indiquer ce qu’il lui paraissait avoir manqué si ce n’était un complet retour sur ses pas auquel elle ne pouvait dignement souscrire.

Elle avait rédigé une lettre qu’elle se rappelait à présent, traversant le couloir. Elle marchait à pas rapide en longeant les murs creux, habillée tout de blanc d’un caleçon et d’un tricot léger. Un nœud lui attachait les cheveux. Ses bras nus dévoilaient leur finesse et la pâleur de sa peau. Une perle nacrée brillait à son oreille d’une frêle flamme. Ses mains nouées sur son corsage serraient tout contre elle une enveloppe rose cachetée à la cire et parfumée au tilleul qu’il ne lui semblait pas avoir écrit. Elle n’en aurait pas eu le temps. Mais les mots lui revenaient un à un en mémoire, au bruit du frottement de ses vêtements et de son souffle haletant.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
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La Ballade de l’Hippocampe.
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