ACCUEIL JOURNAL ROMAN.COM CARNETS

 
JOURNAL I
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .

Beati pauperes spiritu





 

Au départ, deux espaces séparés : le restaurant bruyant, un petit self d’université, au dehors, une cour où deux enfants jouent au ballon. La baie vitrée isole du son tout en laissant passer la lumière, il y a donc les sons, brouillés, en surcouches, une saturation d’informations parcellisées, et au dehors un ciel lumineux et le feu de l’agitation, le visuel d’un spectacle muet capté à l’improviste. Cette réalité du spectateur est un montage de deux atmosphères a priori différentes, et formant a posteriori un troisième lieu, similaire à un quatrième, qui serait celui d’un spectateur installé dans la cour, ouvert aux sons extérieurs de cette cour, des jeux, et de Paris derrière la porte close, décor de gens attablés discutant et mangeant, buvant, cigarettes fumées, filles et garçons beaux et jeunes faisant des gestes pour aider les mots.

Un symbole évident que cette vitre épaisse encastrée dans une cloison moderne et grise, aluminium froid de l’architecture aménagée dans le bâtiment plus ancien, désaffecté, réaménagé, recollé, réaffecté.

Dans le temps et dans l’espace une cohabitation d’ambiances profite de mélanges toujours plus fournis. Epoque de relativisme et de compromis. Du présent reflué et refoulé naît le passé chéri, comme une poupée maltraitée et trop abîmée qui inspire la pitié et la honte, et puis qui rappelle le temps passé où la poupée était encore propre et dans un bel état. On cajole le vieux jouet de brocante et on lui colle un code barre, on le décortique et on le synthétise, on le sample et on en balance des tas, des milliers, accrochés aux fils des ballons gonflés à d’hélium d’un émouvant lâché de couleurs dans le ciel de printemps.


La balle vient frapper contre le carreau, à travers la vitre, le petit se carre près de moi, le ramasse et me sourit, il regarde ma cigarette qui fume dans le cendrier jetable, un carré de papier d’alu cartonné de dix sur dix posé sur la table. Et puis il y retourne.. Quelque part, connexions d’individus post-cybernétiques, déconnexions de l’objet, surabondance de sens virtuels, clips « provocateurs », flux et reflux des zooms de la caméra, multitâchisme et effets de mixage, et puis dernièrement, engouement renouvelé pour le mode absurde-de-publicité, un absurde gras mélangé à des relents de pétomanes grotesques, la carte branchée d’une jeunesse amorphe et d’esprits dits critiques flattés dans le sens des bourrelets, effacés, estompés par un filtre magique. La déraison encouragée des idylles de miss Technoscience rabote toujours plus les coins d’une histoire lyophilisée de gâteau aux 2000 bougies. Absurde, comme le rythme robotique de la Techno, qu’il faut suivre sans quoi on est éjecté de la chaîne de montage, out, la fréquence ne s’arrête ni ne ralentit pour ramasser les retardataires. Et ceux qui suivent, voire devancent, ils ont les yeux fermés et la tête rejetée en arrière, font tournoyer leur crâne et leurs membres évanescents, au bonheur des séquences de claquements photographiques lissant le moindre faux-pas de la parade joliment hachée d’un ralenti irréel de crépitements stroboscopiques, lignes de lasers aquatiques. Aspiration à quelque chose. Remède contre l’ennui, lancinante mélopée contemporaine.. Montée. Un nouvel homme, un vivant plus que les autres, une image jamais faite... Redescente, calme, sifflement persistant dans la tête, sentiment métamorphique de carter vidangé attendant l’huile neuve, battement persistant aussi, dans les tempes, naturel, sans sucre et sans électricité, venant droit du coeur. Réminiscences d’images étrangement familières et auxquelles ont n’aurait pas assez fait attention. Jamais vues sous cet angle-là. Et puis, chute des rois du matin, lauriers piétinés de vomissures sur carrelage froid.


Je ne suis jamais allé en rave. Dans mon milieu on pourrait, on devrait d’abord se foutre de ma gueule en barrissements d’éléphanteau grotesque, ou encore en faisant mine de s’acoquiner avec moi, ou aussi...
Ensuite, d’aucuns d’objecter que je ne parle pas en connaissance de cause, que j’exprime des impressions empiriques, que je ne suis pas scrupuleusement la check-list de l’expérimentation, de la stérilisation, de la mise en culture in vivo, de la contre-expérimentation des résultats par des pairs et du délais d’une dizaine d’années nécessaire à l’application sur l’homme et à l’attribution du label et de la licence d’exploitation. C’est vrai. Je n’échappe pas à la fougue gesticulatoire du grand romantismexistentialico-ismisme des liseurs de mauvais mangas boutonneux de Big Net.. Absurde. Mais comme diraient les suisses : je pétouille, je pétouille, mais montrez-moi la rave alors ! Nous y venons.

Au Quattrocento comme on le sait, c’est la Renaissance. Hourra ! A cette époque, pas de boum-boum tuuit-tuuit, pas de maîtrise des ondes hertziennes on ne connais pas les lois de l’électromagnétisme, pas de numérique, pas de télé, pas de bagnoles, pas de congés payés, pas de métro, pas de sécu, même pas de livres (sauf pour les gens qui savent lire, ont le bon goût d’être branchés, et qui savent ce que c’est qu’un livre), pas de neurobiologie ni de génie génétique, pas d’atome ni de pépins, bref, pas de trucs qui font que la société elle est vraiment pourrie. Le bonheur. Le cauchemar.

Le bon sens nous rappelle bien sûr qu’il est ridicule de procéder à ce genre d’énumérations simplistes, mais quand même, ça fait du bien de se lâcher un peu, quand aujourd’hui on serait tous zyber-contents de raconter à nos petits-enfants comment c’était dans le XXème. J’entend parler parmi des amis à moi de gens qui font ou qui vont faire des enfants, la nana arrête de prendre la pilule et ils continuent de bouffer et d’aller faire les courses ensemble le samedi et de s’engueuler normalement, et ça y est. Oui, il faut y penser, surtout quand la vague de nostalgie aura complètement embrayé les années 30.. et puis, ce siècle tout neuf qui nous tend les bras.. arrêtons de penser un peu, regardez, il est encore tout propre dans sa couche. Ca donne envie tous ces zéros bien rangés, c’est joli. Que faire de cette omniprésente culture techno-démo-crate-isée, quand on sera dans un truc encore tout mou tout chaud, dans lequel ne se projettent aujourd’hui que quelques simulations de stratégies commerciales, de vaisseaux spatiaux pour Mars, et d’élévation de notre prochain du trois-quart-monde jusqu’à notre niveau de vie auquel il a droit lui aussi ? Allez, pas de manières, on a déjà bien entamé le déshabillage. Bénédiction de tous et de chacun par tous les mots crevés, démocratie république liberté égalité fraternité sur le tempo endiablé, respect droit solidarité travail famille patrie, yo, got to move it, prix bas, jamais vu, moi toi nous tous pareil, le grand tout pour tous pour tout pour moi mêlé d’écumes synthétiques, sympathiques, bercé entre les murs de basses, les stries chuintantes des vieilles cymbales charleston analogiques et les barbelés rétros des plates-formes yé-yé disco glups [1]. L’inhumaine lucidité désordonnée, luciole papillonnant, au verbe facile, éternelle jeunesse liftée, paraplégique réclamant sa part, énorme, démesuré, rêve coco-fantasy, peuple de millionnaires sécurisés, airbag intégral, nous sommes quinze milliards de riches oisifs qui nous grattons le bas-ventre et baillons d’ennui en temps de guerre, dormir, pixels plats colorée, la chose. L’abstrait nage dans le réalisme, la vie s’y fonde, incroyablement.







[1] « Glups » : chaîne de magasins de bonbons acidulés, généralement installé dans un décor de salle de chirurgie dentaire de film de science-fiction’.





 

Klingsor’o’matic :

Un fond d’écran, pour que les choses soient claires.

Image JPEG à "Enregistrer sous" (199.5 ko)



notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris