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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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47





Elle se tenait devant son miroir comme devant elle-même, les mains tripotant ses cheveux, au bord d’une plage, d’un océan.

Elle se voyait, debout sur le rocher de ses vacances, la mer aspergeant d’écume son short jaune ; elle qui avait attendu, les yeux fermés et les lèvres entrouverte, que ce grand nigauds qui tremblait comme une feuille daigne cesser de bégayer sa poésie de collège et dépose enfin le baiser de ses grosses lèvres maladroites sur sa petite bouche - la pudeur était une affaire tellement importante pour les hommes ; elle qui avait reçu son premier amour comme une claque sur les fesses. Puisqu’il fallait que ce fût fait à cet endroit là, un jour comme celui-là et de cette manière là, et comme il était préférable quelle s’en souvienne comme d’un grand beau moment, elle se le représentait avec une nostalgie sincère qui la fit frissonner, donnant à son bras l’impulsion créatrice conduisit le trait noir qui contournait son œil gauche à se terminer en zigzags d’une grande nouveauté esthétique.

Elle dit : "Tu te souviens de ton premier baiser ?"

Le comédien sut que ses mots étaient passés à travers les murs. Il releva les yeux de la profondeur où son quelque chose de tendre les avaient enfouis et se mit d’un bond sur ses pieds en s’étonnant : "Comment ?"

Le pouf se dégonfla en chuintant entre ses jambes et il dut cacher dans son dos sa main qui avait malencontreusement arraché une rustine. "Mmum, mmumm, mha...", répéta la comédienne en finissant de faire le tour de sa bouche avec son bâton de rouge à lèvre au goût framboise, "Je veux dire, tu vois, l’instant ou tu as senti les lèvres de celle que tu aimais se poser sur ta bouche... C’était où ? C’était comment ?"

Il sourit, se renfrogna et grinça des dents.

Il se revoyait, dans l’escalier du collège où il avait eu son premier rendez-vous, sur le palier du cinquième étage, la lumière s’éteint, et au moment où il désire à peine lui prendre la main, la petite rousse du cours d’histoire se jette sur lui et lui baisse la braguette en hurlant "Baise-moi ! Baise-moi toute !"

Il dit : "Non".

Il avait couru dans l’escalier, traversé le jardin et était allé s’enfermer dans le cabanon à outils pour y pleurer toutes l’après midi. Dans les semaines qui suivirent, sa famille avait pris pour une lubie passagère son soudain engouement pour les institutions religieuses : "Je n’en ai aucun souvenir, non."

Mais ce fut le moment pour la comédienne de passer la tête sur le côté du paravent japonais avec un regard surpris et furieux : "Mais !", Dit-elle : s’en était trop. Le comédien fut aussitôt surpris par un puissant vertige à la découvrir ainsi coiffée et maquillée, aussi flottante et irréelle qu’une princesse anglo-saxonne moderne dont la voix de glace percerait un mystère : "Vous n’êtes pas éclairagiste que je sache !"






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
71
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12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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- James Benoit

7-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
68
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21-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
65
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31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
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