ACCUEIL JOURNAL ROMAN.COM CARNETS

 
LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .

46





La comédienne, à peine dévêtue de son jogging rose, recevait l’éclairagiste à travers son paravent. "Entre !" lui lança-t-elle alors qu’il était déjà à l’intérieur.

Elle piétinait ses habits, de profil, la tête tournée vers la glace. Concentrée, elle se pinçait le bout des seins.

Il repoussa la porte derrière lui et, nullement impressionné par la décoration criarde et la texture luisante des murs, il sortit son paquet de tabac et se roula quelques cigarettes. "Fais comme chez toi, je suis bientôt prête !" souffla-t-elle encore, déjà la tête coincée dans une manche de son sous-pull. Il s’asseyait avec précautions sur un pouf marocain garni de Rustines et essaya de réfléchir une minute aux mots qu’il allait employer.

Quand il se lança, elle brancha son sèche-cheveux et ses paroles s’écrasèrent sous le vrombissement de l’appareil."

Qu’est-ce que tu dis ?" demanda-t-elle l’oreille collée à la turbine, et sans attendre la réponse : "Tu peux te mettre un disque si tu veux. Heu, le mange-disque. Dans le porte manteau !" Mais il ne tint pas compte de sa deuxième phrase et se répéta patiemment, en forçant la voix pour couvrir le sèche cheveux.

"parle plus fort !" coupa-t-elle, avant de faire partager ses dernières pensées à voix haute : "tu sais, aujourd’hui je suis comédienne, mais quand je serais grande je voudrais être une actrice, et qu’on m’aime à la télévision." Enfin, découragé, l’éclairagiste grêla d’insultes sourdes et sortit sans avoir rien dit.

Le comédien arriva alors qu’il était loin ; il avait pris l’escalier de service et était arrivé dans les machineries. Il était sûr de lui. Sa démarche précise imprimait la moquette du motif de ses mocassins et c’était un signe. Il se sentit tout de même un peu extraterrestre en frappant un instant plus tard à la porte de la loge de la comédienne, toujours en pyjama. Mais comme il n’obtint pas de réponse, il poussa la porte et fut aussitôt happé par le souffle cacophonique du sèche-cheveux.

La porte se referma derrière lui.

La comédienne aspergea sa dernière bouclette de spray fixant et coupa son sèche-cheveux. Elle se tourna devant sa glace en examinant ses profils et en profita pour se crêper quelques mèches, puis elle saisit son crayon noir et badigeonna les paupières de son œil droit en caquetant : "Tu ne dis rien ?", par-dessus son épaule, nue.

Le comédien, ne sachant trop où se ranger, s’était assis sur le pouf marocain, à la place de l’éclairagiste, et examinait la résistance des Rustines entre son pouce et son index. Il prit la question pour lui. Il se fit entendre de sa voix la plus grave. Bien, sûr qu’il avait beaucoup à dire. "Et bien, vas-y, dis-moi quelque chose... Quelque chose de tendre.", enchaîna-t-elle ; et elle le laissa trouver ses mots.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
71
- James Benoit

12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
70
- James Benoit

7-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
69
- James Benoit

28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
68
- James Benoit

21-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
67
- James Benoit

14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
66
- James Benoit

7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
65
- James Benoit

31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris