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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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45





La porte se ferma derrière lui et il fut isolé.

Il fit un pas dans l’intérieur constellé de la pièce et s’en retrouva subitement au milieu. Il fit un tour entier sur lui-même à la recherche d’un objet particulier, un objet qui recèlerait en lui une assez forte idée pour faire flancher l’esprit d’une comédienne du côté de son cœur.

"Ca doit pourtant être simple !", mugit-il en se penchant pour regarder sous la commode au cas où l’idée s’y serait dissimulée, et la lettre d’amandine glissa de sa poche de pyjama.

"Ho !" fit-il, et il sauta sur sa malle à vêtements avec l’impression soudaine d’être comme l’un des voleurs dans la caverne d’Ali.

Il n’avait pas remarqué la lettre sur le sol, ni qu’elle s’était accrochée à son chausson, et qu’un coup de pied innocent, sorti du lot des gestes coordonnés de son bond, l’avait envoyée voler.

Il souleva méticuleusement le couvercle de sa malle, remua doucement les frusques et les fringues, écarta les chaussettes et les chapeaux et fit gicler les grolles et les chaussons à la ronde, mais rien. Rien de rien de rien...

Et il entrepris de lever les yeux au ciel dans un large soupir.

"Mon dieu !" articula-t-il, mais avec un beau coup de violence et bien plus d’espoir qu’il ne s’y serait attendu : ce qu’il avait cru n’être qu’une hallucination due au défilement vertical trop rapide du décor lui vint à l’esprit avec la violence d’une gifle et il redescendit son regard des moulures fissurées du plafond au mur statique qui lui faisait face.

Il avait été à genoux, et religieusement arc-bouté sur l’austère intérieur de sa malle à vêtements dont il se décourageait à l’instant d’extirper un trésor d’ingéniosité. Il avait relevé la tête, pointé son visage vers le mur et soudain avait eu la miraculeuse impression d’une révélation. Nez à nez avec sa carte du ciel punaisée sur le mur, il ne put se retenir de rire aux éclats.

Juste en face de lui, la lettre d’Amandine était plantée par le coin dans l’épaisseur molle du mur, "C’est si simple !"

Il se leva et s’approcha, le cou en avant, les yeux écarquillés et battant des paupières. Il tendit le bras et le porta à hauteur d’homme pour poser le doigt sur sa carte du ciel, exactement sur la constellation que transperçait la lettre, nommée celle du poisson : "Celle-là même correspondant précisément avec le point vernal, qui est le point d’intersection de l’écliptique et de l’équateur céleste que le soleil franchit en équinoxe de printemps... et dont la deuxième intersection, à l’autre bout de la carte, se produit, à six mois d’intervalle, dans le signe de la vierge. Une double coïncidence, marquée de deux croix symétriques utilisant les deux mêmes traits pour se tracer..." Un poisson, une vierge, deux traits qui se recoupent, il n’en fallait pas plus pour marquer symboliquement sur une carte du ciel l’emplacement d’un trésor.

"C’est si simple" répéta-t-il ; il était facile de déduire, comme tout bon poète de son siècle, que la solution de l’amour était inscrite dans les étoiles.

D’un large coup de bras il mit à terre tous les livres qui jonchaient son bureau.

Manuels de mathématiques et grimoires de métaphysique quantique vinrent bourrer sa poubelle déjà pleine de notes, alors il jeta le reste par la fenêtre et revint à son bureau. Il saisit sa lunette astronomique en plastique et la braqua derrière les carreaux pour faire quelques observations pratiques à travers le brouillard, puis il débusqua son manuel d’astronomie pour amateur qui bloquait une porte d’armoire branlante et commença à vérifier ses données par l’épreuve de la théorie.

Ses notes recommencèrent à s’amonceler sur le coin la table, à se répandre sur le sol et à déborder de la poubelle, mais il était insoutenablement poussé par la ferveur suprême de ce qu’il avait décrété comme son ultime tentative. Il tenait la grande réponse à la question fondamentale de l’univers dans la pointe de son stylo, et la déposait consciencieusement sur la postérité d’un tas de feuilles de papier à lettres. Il dit encore : "telle était la solution." Il se sentait de taille à porter le cosmos au bout de son bras, et il souleva sa plume. Tellement fier, il signa sa feuille puis il recula son siège. Il se leva et sortit. Cette fois, cette rencontre, si elle n’était décisive, serait la dernière.

Sur le chemin, il en fit le serment.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
71
- James Benoit

12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
70
- James Benoit

7-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
69
- James Benoit

28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
68
- James Benoit

21-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
67
- James Benoit

14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
66
- James Benoit

7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
65
- James Benoit

31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
- James Benoit

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