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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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36





Mais, se ravisant, elle se posa une question, et une seule. N’était-ce pas immédiatement, en agissant de la sorte, qu’elle se laissait flouer par le destin et sa grande centrifugeuse (comme elle aimait à se l’imaginer quand les choses ne tournait plus rond et qu’il devenait évidant qu’une fatalité s’abattait sur elle) ?

Le doute s’immisça et sa valise rejoint le sol. Il ne fallait point qu’elle perde ses esprits. Elle ne pouvait laisser réduire son sentiment à une équation, aussi simple soit elle, et c’était pourtant ce sur la voie de quoi elle s’était engagée en posant à l’instant sa main sur ce bouton de porte rigide et froid : échec, réaction, colère, abandon : un véritable stéréotype de roman.

Non, elle ferait un pied de nez aux rails tout tracés de cette tragédie d’opérette. Elle décidait de rester. Et non contente de défier ainsi la destinée stupide et sans appel qu’attendait la jeunesse de sa réaction, elle se jurait de tenir ses engagements artistiques jusqu’au bout, et, voire, d’aller au plus loin qu’elle pourrait au-devant de ces engagements, na.

Elle bomba le torse et remonta les épaules. Certaine de faire là œuvre de bravoure et de témérité, elle déballa son mange-disque orange à anse garnie de faux poils de raton musqué qui lui glissait nerveusement des mains, et lui enfourna un gros vinyle de musique synthétique dans la mince fente de sa façade. Poursuivant son geste, elle tourna le bouton du volume à son maximum et les cadrans entrèrent dans le rouge, puis elle accrocha l’appareil par l’anse à son porte manteau et ne s’en occupa plus.

Elle alla chercher ses démaquillants et sa trousse de toilette dans le tiroir de sa commode sans se soucier le moins du monde des crépitements produits par le bras articulé qui venait de déposer son saphir sur le rond de plastique garnit de poussières. Elle fit coulisser cran par cran la fermeture éclair de sa trousse pleine à craquer pour en éviter le débordement des ustensiles divers, sans prêter attention aux chuintements légers qu’émettait le haut-parleur mis sous une bien trop forte tension. Elle sortit délicatement ses objets de soins épidermiques et les classa en rang d’oignon sous le miroir sans tendre l’oreille au souffle brutale qui amorçait la musique comme le calme annonce une tempête. Et lorsque la musique commença, elle se démaquillait.

Elle se frotta vivement avec une serviette éponge imbibée d’un tube entier de lait de toilette. Elle récurait toutes les parties de son corps et les millimètres carrés de peau qui avaient pu être souillées par le contact de la boule de morve juteuse. Le bout de son doigt compromis rosissait sous ses frictions acharnées tandis que de l’autre main elle se lustrait la langue à la brosse à dent. Elle usa un demi-savon, vida sa fiole de dissolvant sur ses doigts contaminés, racla le fond de son pot de démaquillant pour récurer son visage entier, et, quasiment sûre d’être redevenue elle-même, l’appareil se mit soudain à hurler des infra-graves à en faire trembler les murs.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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