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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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30





ACTE III : SOUVENIRS.

Amandine - Aujourd’hui c’est notre premier jour de classe.

Justin - C’est vrai. Et je suis content de te rencontrer parce que je suis timide et que je ne sais pas rencontrer des gens.

Elle attrapait ses souliers vernis en passant ses bras autour de ses genoux et les frappait doucement l’un contre l’autre, mais les semelles claquant ne produisaient aucun bruit. Justin avait fini de refaire ses lacets et, relevant un peu les yeux, commençait à la trouver jolie. Le pianiste, par un miracle de pirouettes de ses doigts en accords providentiels, enchaîna sur la Lettre à Elise de Claydermann. L’arlequin, qui ne se débrouillait pourtant pas trop mal en traduction de muet, appuya trop fort et cassa sa craie qui fit un grincement horrible en frottant à plat sur le tableau noir ; en rentrant la tête dans ses épaules, il rougit aussitôt.

Amandine - Mais moi, je ne suis pas une gens, je suis ton amie.

Justin - C’est vrai ? Pour toujours ?

L’arlequin avait pris du retard à cause de sa craie, et il dut effacer la moitié du texte avant que le publique n’ait pu le lire pour enchaîner la nouvelle partie ; il commençait à angoisser sérieusement. Heureusement, les visages de Justin et d’Amandine étaient de natures très expressives et, renforcés par les premiers clapotis pianissimés d’un Concerto N°23 en La majeur K488 Allegro Assai opus 12 de Mozart Amadeus, ils concentraient l’attention du public averti sur l’évolution de leurs élans sentimentaux. Amandine faisait une moue particulière qui lui rapprochait les lèvres du bout du nez et fronçait doucement ses sourcils dans la même direction et faisait une foule de petits plis aux coins de ses yeux. Justin, lui, ouvrait une bouche béante, la lèvre supérieure très prononcée ; son nez était tiré vers l’avant, ses yeux rivalisaient de rondeur exorbitée et ses sourcils s’arc-boutaient au-dessus du tout comme les deux accents circonflexes d’un poème.

Amandine - Oui, pour toujours.

Justin - Ho...

Amandine, sourcils en barre, regardait droit vers l’avenir ; elle avait un œil plus fin que l’autre qui semblait distinguer au loin le pour toujours au travers des brumes du futur. Les traits tirés en arrière, son visage était maintenant plus pâle et aucune ridule ne troublait sa peau limpide entre ses cils pointus et sa bouche froncée. Justin faisait un "O" d’opéra, son visage entier cerclé dans une bulle alors que, simultanément, le pianiste entamait une partie chantée, un peu méconnaissable, de la Nabucco de Verdi. L’arlequin qui avait déjà les mains sales de craie étalait le blanc sur le tableau noir plutôt que de l’effacer et, par l’effort qu’il déployait à faire des ronds sur la surface verticale, il commençait à transpirer de grosses gouttes qui se mélangeaient à la poussière de craie pour prendre prise en une pâte grise et poisseuse sur les fibres épaisse de son vêtement.

Justin - Moi, je m’appelle Justin.

Amandine - Et moi, c’est amandine.

Ils avaient tous les deux le même air solennel, porté sur une coupe ou un plateau d’argent. Il y eut une pause, le temps que chacun mémorise le nom de l’autre en se le répétant vingt fois pour ne jamais l’oublier, puis Amandine, les joues toutes grises de confusion, sortit une main de son dos et tendit un truc à Justin. A ce moment, les accords se firent plus puissant, résonnèrent plus fort sur les voûtes plâtreuses du théâtre, et on put reconnaître La Chevauchée des Walkyries de Wagner, reprise un peu faussement au piano, en fortissimo, par des doigts boudinés. L’arlequin avait maintenant du mal à respirer. Son col le serrait, son habit rétrécissait plus les regards se posaient sur lui ; une sueur froide lui coulait sur les tempes plus la pression des regards du public lui donnait l’envie de se faire tout petit et de disparaître tout de suite du devant de la scène ; il devint écarlate et se remit à récrire vite pour échapper à une crise de panique.

Amandine - Tiens, c’est pour toi.

Justin - Qu’est-ce que c’est ?

Amandine arborait un superbe sourire garnit de dents blanches, au milieu duquel pointait avec malice un petit bout de langue rose. Justin examinait l’objet sous tous les angles. Il le retournait, le secouait contre son oreille, le zyeutait dans les coins en pensant déceler un made in quelque part qui lui aurait donné une indication. Il le goûtait aussi, il le léchait, le tripotait, le reniflait, mais le truc ne livrait pas son secret.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
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