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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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28





Chez les humains, avait-on dit durant des siècles, le regard devait pénétrer les yeux de l’être aimé et y porter son flux d’amour jusqu’au centre même du sentiment, ce qu’un poisson de bonne fois ne pouvait nier sans se renier. Le séducteur, vecteur du flux au sens mathématique (direction, sens et intensité) faisait tourner la girouette des désirs de sa proie dans le sens de sa séduction. Accompagné ou non de la parole, c’était ce qu’on appelait le coup de foudre. Ce qui ne manquerait pas d’être mortel par nos cent pour cent d’humidité ambiante.

En fait, une simple sensation d’éblouissement due à la vérité : il s’agissait de l’ajustement parfait d’une personnalité avec la demande, hypnotique, d’une autre, mais le plus souvent à un niveau n’atteignant pas la conscience, et encore moins la volonté, une sorte de cage aux dimensions infinies qui vous tombait dessus de l’intérieur de vous-même ; un peu comme l’horizon entêtait souvent le marin prisonnier des flots avant l’invention de la photographie, mais cela n’avait aucune sorte d’importance.

Le poisson, trouvant le débat de moins en moins insupportable, finissait finalement de passer par-là et commençait à y demeurer, plein de son grès.

N’essayant plus de se débattre avec poigne contre la force qui lui imposait une station inconfortable dans l’étau de cinq doigts et demi d’acier, il s’assit sagement au creux de la paume du vieil homme, et maintint la polémique, maintenant verbale, à s’éterniser en élucubrations comparatives sur la qualité des pratiques amoureuses selon les divers taux d’hygrométrie.

Les mots se suivirent en kyrielles découpées, en napperons et bandelettes de petits hommes de papier accrochés par les mains et les pieds.

Ils se suspendirent aux balcons, avec des pinces à linge, et s’étendirent jusqu’aux fenêtres d’en face, tout en palabres ménagères, passant par-dessus les rues et sans passages cloutés.

La rumeur débordait le quartier sur une note unique et soutenue comme un fil, passant d’oreille en bouche et de bouche en oreille comme se mordant le lobe ; et elle tourbillonnait dans sa masse avec le courant d’un siphon tournant et tournant et tournant qui s’engouffrait entre les pans des portes battantes et battantes du théâtre et traversait les couloirs jusqu’à la salle de spectacle aux tentures volantes, au-dessus des allées, dans les balcons, entre les bouches et entre les oreilles.

Le couple comme sujet et dans tous ses états, y occupaient la plus grande partie des débats. Amandine et Justin planaient très haut au-dessus des mots, tout à côté des lustres, dans la position roide de l’Epée de Damoclès qui menaçaient de tomber à tout moment et de trancher dans le vif.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
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7-11-2004
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