ACCUEIL JOURNAL ROMAN.COM CARNETS

 
LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .
  .

25





Dans ses songes profonds rien ne pouvait plus atteindre un niveau de conscience lui permettant de déchiffrer le moindre sens du monde extérieur. Il analysait les frôlements sonores qui fouettaient son visage, comme une bise légère poussée par le printemps, et ne restait sensible qu’aux signaux de présence de la comédienne.

Il allait tourner au recoin du couloir, quand il sentit la porte de sa loge se rouvrir dans son dos.

Il fit volte face, aussi vif que l’éclair, mais presque plusieurs fois avant d’y arriver vraiment. Il tourna la tête, tourna le buste et tourna les talons pour voir finalement apparaître le joli minois de la comédienne, encadré joliment dans l’embrasure colorée de sa porte, comme une Madonne de Lourde sur fond de rose écarlate.

Elle avait passé un pantalon de Skaï vert pomme et un sous-pull rouge, et roulait ses gros yeux à l’entour. Il fit un signe de la main pour souligner sa présence du bout du couloir. Mais cherchant visiblement quelqu’un, elle tournait sa tête de gauche et de droite et, lorsque son regard passait à ses environs, il y glissait de tout son long comme une serpillière sur un carrelage à lustrer.

Reparti abattre plus loin ses foudres capricieuses, ce regard tendit son arc nébuleux dans un endroit plus sombre, à la hauteur des yeux de l’habilleuse oisive qui ne lui avait pas encore apporté sa robe de princesse finement brodées : "Tu te magnes, oui !?" Celle-ci pivota sur elle-même tel un coq en fer juché sur un toit dans un vent de tempête, et lança une flopée d’ordres à la ronde à une kyrielle d’intendantes en effets féminins qui se dispersèrent aussitôt affolées distribuer leurs commandements à d’autres sous-fifres aux doigts de fées.

Le comédien inaperçu s’en retourna déçu, une nouvelle fois seules et un peu abattu, sur le chemin de sa loge. Il repassa devant tout le petit monde qu’il avait bousculé dans sa course effrénée quelques instants auparavant mais qui n’avait pas l’air de lui en porter le moindre grief.

A peine fut-il remarqué par le metteur en scène qui, le temps de sortir d’un réduit, lui lança au passage : "Alors bonhomme, les amours ?", mais il n’attendit pas la réponse et pénétra dans un bureau signer ce qu’on lui tendait d’une main pressée par l’entrebâillement de la porte.

Les regards, croisants le comédien, passants dessus, dessous, sur les côtés, il se fit minuscule, rentra son cou dans ses épaules, ses mains dans ses poches, son estomac dans ses talons, et fit passer le tout entre le chambranle et les gonds de sa porte pour ne pas la faire grincer.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
71
- James Benoit

12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
70
- James Benoit

7-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
69
- James Benoit

28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
68
- James Benoit

21-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
67
- James Benoit

14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
66
- James Benoit

7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
65
- James Benoit

31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
- James Benoit

Conception et réalisation Homo futuris