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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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19





Bleuissant alors, le comédien cherchait sa bouffée d’oxygène au fond de ses poumons vidé et en récupérait à peine quelques miettes.

Manquant de choir à la renverse, il aspira son H pour commencer : "Heureusement, il y a souvent une ruine et un tapis de cailloux multicolores pour se sauver de son propre assèchement."

A bout de souffle, cette conjuration réussit à lui faire ouvrir largement les valvules afin de propulser son sang déjà noir à petite vitesse dans ses artères, et il eut du mal à déglutir. La voix de Justin lui parvint faible et légère, sur un coussin de feutre, vacillante avec le blé mûr dans le vent et chantonnant : "D’accord, notons toutes les prisons jetées et nuançons en pensant aux familles qui s’y forment, en profitent, se multiplient..."

Ce poids lâché, sembla lui rendre de l’ampleur, et le redresser pour une ultime riposte, mais il s’effondra pour râler, le nez contre la glace, d’un air pensif et soulagé : "C’est vrai. Il y a finalement du bon à vivre en bocal. On est sans le savoir au centre d’une révolution... Oh, comme il peut être admirable de nager au fond des mers, de bocal en bocal, sans attache, sans lien, sans jeu... et comme je m’en veux de n’y avoir jamais pensé."

Cette dernière découverte, déchirante en soi, fit pulser plus fort les oreillettes de son cœur qui chassèrent le sang à travers ses valvules et vers ses ventricules. Sa gorge se dénoua et il put respirer à pleine gorge, tiré d’affaire.

Il se gava d’air comme on s’empiffre de gâteau au miel et se relaissa choir au fond de son siège, un sourire béat affiché sur ses lèvres.

Justin, contré pour cette fois, exhalait les relents de sa gorge sur toute la surface du verre et se laissa disparaître au milieu des buées en ricanant : "Voilà une réflexion qui a mené bien des amants à préférer l’occasion aux obligations. La lassitude gagne toujours par les bords, et par ce qui ne se dit pas, tout ce qui se contourne. La mer entière, ce n’est pas si faible..."

Un geste vague en trois pointillés, déjà à moitié effacé, se grava dans la buée afin de suspendre la discussion, et l’ombre d’un malentendu se dégagea de la charge de son reflet.

Enfin, qu’il était doux de reposer ses antennes dans la saveur tangible des vibrations de l’air, d’écouter les molécules, de mirer les hormones.

Etre un papillon dans les odeurs de fleurs, et rêver, comme drogué, halluciné de vie.

Mais lorsque le comédien replia ses antennes et que les murs cessèrent de virevolter, un sosie le mirait toujours, incrusté sur le fond incurvé du miroir.

Il eut un soubresaut de recul. Il cligna des yeux, les serrant fort comme des poings, se pinça l’arête du nez et secoua la tête comme pour en chasser les restes de pollen. Puis, tout à fait éveillé et ses esprits retrouvés, il examina avec plus d’attention cette forme aplatie sur le carré de verre, comme une goutte étrange sous un microscope. Un homme le toisait, droit, de l’autre face, et avec son propre visage.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
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La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
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