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LA CHOSE À DIRE
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Deuxième partie





Une nuit plissée. Quelques rayures données par besoin de la rayure. L’original illisible, pire, une jetée après la marée haute, jonchée d’immondices et d’algues pourrissant. Sans l’odeur.. et plus tard dans l’envers du décor, la passion à relire en la détruisant quasi totalement, fuite des formes poétiques laissées à la maison, au logis meublé, à la stérilité du bien. Cervelle molle nature, iodée. Raisonnement difficile, entravé par les limites du nez, des oreilles, cils, doigts et orteils, la fleur de la peau. Mes derniers textes remontent à un mois ou deux, il restent en souffrance dans un disque dur sous le relief mâché des têtes de lecture. C’est suffisant, il faut absolument croire que c’est suffisant, l’avoir cru c’est suffisant - le preuve, ces notes... Les vacances, les gens, l’écriture, la température contre les frileux, la consolation, plus vite on est en retard, j’arrose de café, de cigarettes, de crème contre les brûlures, d’idée reçues, de tempête, d’un simulacre bien coincé entre les filets de lumière vacillante de ma flamme, encadré de trois ou quatre lectures, lesquelles ? tu veux tout savoir décidément, La Vie, Mode d’Emploi, G. Perrec, Femmes, P. Sollers, pour mon mimétisme synthaxotypique de fraîche date, Le Double, F. Dostoïevsky, à mon sens le moins bon de tous ceux qu’il a écrit, c’est mon avis du moment, et je te donne les auteurs en mémoire à mon ignorance éternelle et aux imbéciles écrivant qui masquent toujours les sources, les références, les modèles, ou les disent du bout des lèvres pour ne pas trop perdre la précieuse salive et le bon air fétide de leurs égopanchements pour la bonne littérature qu’ils donnent encore à coups de lances d’incendie. Pompiers.. Sapeurs. Choses pénibles par endroits. Manque de, trop de.. toujours la même, répétée, rengaine du café trop fort, amer, cassant, sans égal des express parisiens, qui n’ont rien d’extraordinaire en soi, c’est ce qu’on leur demande, on leur demande d’être là, frais et mécaniques, de manquer comme la solitude. Mais bon, la deuxième partie, je m’étais dit, à la deuxième partie on raconte une histoire, pour faire passer les pilules de la patience et du temps en même temps, remède contre la mort quand même, l’histoire, celle du Sauvetage Rarissime. En pleine faute. Rappels. Roulis. Absence majeure, creux dans la voûte. Déjà la ligne plate du discours quotidien. Heureuse morsure jaunie à la descente d’un temps replet, gras d’air nauséabond, disons même nauséeux. (Autant que possible, ôter les apparats de la noblesse des Autres Illustres Pairs qu’on ne se donnera pas. Je le note pour ce qu’est une note, ne pas l’oublier.) J’ai un peu brisé le rythme. Recommençons. Sauvetage Rarissime. En pleine faute. Rappels. Roulis. Absence majeure, creux dans la voûte. Déjà la ligne plate du discours quotidien. Heureuse morsure jaunie à la descente d’un temps replet, gras d’air nauséeux. Poutrelle métallique rouillée, fossilisée en bois aux multiples anfractuosités gonflées d’humus. Une carcasse s’inonde de lumière au travers des bras lents que les longs pins plantés dans ce coin de sous bois fournissent à usage de cachette, une rosette, la frise décorative sur les parois d’une salle de bains perchée dans les étages de la masure très campagnarde. L’hôte n’est pas ici. Ma pierre posée sur le seuil vieillit sous les intempéries qu’ordonnent les saisons, s’érode lorsque toute l’histoire des hommes passe doucement, à notre portée, dans une tendre panique. L’image s’orne de ces mêmes saisons au défilé cyclique, comme des dalles illustrées, des frises de carrelage enluminé, au milieu des oiseaux qui viennent maintenant se poser à peu de distance, à l’heure des premiers flocons de neige tirant sur les pluies du renouveau. C’est une année neuve qui est sortie des eaux, les charpentes durcissent une fois encore, l’odeur de l’été en avoir, généreusement donnée à sentir, la première pierre ferme les yeux de l’automne sur la couche en feuilles mortes, herbes montées toujours très haut et masquant les menuiseries ternies de la porte d’entrée. Dehors, des êtres se pendent d’amour. D’autres s’arrachent le cœur et se le font arracher, puisqu’une bataille féroce anime la vallée et le pays, et se répand sur la région comme les légions d’engins tracent à terre et dans le ciel les diverses écritures possibles qu’on ne saura jamais. Tout fait signe ; une rumeur à quelques lieues de là attise des ouïes, tire des sommeils profonds les substances et les âmes. Puisque la fête ne jeûne pas en ces temps glacés, un autre hiver s’offre aussitôt d’être nucléaire, il change les chants de la faune en d’imperceptibles éboulements de graviers et, un peu partout, travestit les veillées d’inquiétantes ombres chinoises au hasard des champs ébranlés. Les insectes s’emmurent à l’intérieur de leurs chaudes niches et les ornières voient jaillir des épis vivaces d’une rigide tenue. Aux temps interposés dans la perte des témoins, une histoire du temps qui passe.

Carillon. Transposé ?.. Interposé ? Tout à l’heure il m’était venu quelque chose s’agissant d’un carillon... question de temps, et la formule va me revenir.. un carillon aride.. ou tout juste sec, carillon desséché.. Allez, carillon désertique, sans hésitation... Des épées vivaces, surgissant de terre par les ornières tortueuses et assassines, elles, les épées au clair, doublent la menace d’un paysage lunaire, ou peut-être qu’elle humanise ce lieu apocalyptique, devenu mortel.. et les petits graviers continuent de rouler, éboulements microscopiques du grand renversement des atomes qui atteignent nos mesures d’hommes et retourne à sa taille originelle, visite les insectes des insectes.. où en étais-je ? Relisons voir plus haut... Voilà ! La description d’une image décorative évocatrice du lieu et des temps pouvant faire exister cette image. Ou, absence, pérennité naturelle des lois, des cycles, de la gymnastique stellaire et puis, plus loin, des amas de confettis du gros pétard.. Poétique ça.. les saisons terminant de s’enrouler vers un rude hiver.. et ma pierre posée là.. Coucou c’est moi !.. abandonnée que je surveille du coin de l’œil, on n’en dit rien et rien ne la décrit.. toujours le flou.. Mais si, voyons, la pierre que je pose. L’émetteur, la balise, le jalon et l’emprise, l’empreinte, l’empire, la signature, l’usure sur tout cela, au bout du temps, par-dessus... Objet d’appropriation symbolique si tu veux, pour dire, justement pour dire l’attache qui nous lie, tout est symbole d’une bougie d’anniversaire, le galet.. je suis sûr que tu t’imaginais un galet plutôt que tout autre sorte de pierre, homme de la ville, un meulière pour l’homme de la ville à la campagne, plutôt qu’une pierre mal dessinée, le galet ergonomique, d’une bonne prise en main, propre aux mots rusés comme des Poupées Russes.. Que devient la pierre ? Qui l’a posée là ? Et pourquoi ? Curiosité alors ? Que va-t-il se passer ? La pierre, il vient de dire.. Le reste, tout le reste l’enrobe, s’enroule autour comme l’annonciation des fins provisoires aux messages écrits partout sans qu’on parvienne à en déchiffrer un seul, l’englobe et l’environne comme un noyau, le centre, l’épicentre du roman, le noyau, encore, de l’atome, bon, le noyau de la Bulle du Texte. Vois une bulle de savon d’imagination. Bulle de ce monde là aux usages duquel justement tu te formes, tu te laisse aller et te modèle patiemment aux traditions presque neuves comme une bonne glaise tendre et accueillante se referme peu à peu sur le l’image de départ.. galet.. bougie.. file.. fille.. mots.. décision.. chose à dire.

Ca vient. La suite.. La représentation menée à grand coups de mimes par un tout petit acteur dans un coin de ta tête. Et le joli globe de verre vient effleurer la peau d’une femme parmi les belles, de celles qui n’existent pas vraiment mais qu’on choisit chacun à sa manière en zigzags sur la ligne canonique. Un carillon d’anges tintant de mille bulles, les envoie dans les airs d’une invention encore impalpable où la suite du texte, déjà, essaie. Tranquilles dépositions en somme... Solide habitude du stylo qui fuit.

Insomnie normale.

Bercée par la fin de soirée des voisins. Des jeunes. Des sales cons d’abrutis bruyants. Il faut parfois oser un jugement, pour l’entraînement. Suis-je jeune à vingt-cinq ans ? Possible que oui et que non. De sang, d’humeur, physiologiquement peut-être. Mais je vieillis quand même après confrontation des dernières phases parcourues. Envie de leur clouer le bec. Rétrospectivement, réflexivement, bref en y pensant je suis encore plus vieux.. je me laisse juste jeune. Je me laisse bercer.. le débit de leurs pertes verbales où il n’y a rien à prendre, pas même un simple exemple à te donner, là comme ça. C’est un tableau bouffi de platitudes.. et ça dure.. 4 : 23... Les petits bisous qui commencent, des rires courts, chuchotements, une mauvaise toux qui retentit, j’espère mollement que c’est grave, mais je pense que c’est un nouveau genre qu’il se donne, de tousser de cette manière, très fort ! Enfin petits bruits inséparables de leur routine copulatoire. Gesticulation à quatre pattes dans la tente, disons, scène 1 : Le type. Il asticote la fille, qui se laisse faire.
Scène 2 : Moi. J’écris. Je me dis qu’il faut bien que cela serve à quelque chose, maintenant que je suis réveillé c’est la seule chose qui reste, entendre et écouter. Autant me focaliser sur le coït gratuit qu’on donne ce soir en attendant la venue - je l’espère, cette fois, définitive - du SILENCE.
Scène 3 : C’est parti. Bon.. Craquements de caoutchouc.. frottements de toile, crissements de plastique. On suppose qu’il ajuste manuellement sa bite dans l’alignement de l’orifice.. un peu sec mais ça va venir. La fille est allongée sur le dos, les genoux distants et repliés, les talons ramenés vers les fesses, de sorte que la pénétration soit facilitée. Lui, à genoux, aplati sur l’intérieur des jambes, pratiquement assis, se dirige d’une main tandis que de l’autre il maintient grossièrement la fente entrebâillée dans l’axe. L’erreur est impossible.. après, il faudrait des assistants. Dedans, directement trois ou quatre aller et retours. « O.o..o...hh ! !...............A.a..a...hh !.. », dit-elle.
Scène 4 : Ouah ! Rappel alors qu’une respiration féminine gémissante vient de se mettre en place, coupée de lyriques suspensions d’haleine, variée, avec ses retombées contentes et ses « Ohh..oui.i..iihh.. » gratifiants.. c’est de l’écriture directe, je n’aurai plus le temps pour les images. Respiration en crescendo, le souffle nasal de la fille, important ça, silence masculin tout à la besogne, puis l’accord d’un raclement de la gorge, bouche close.. hausse du volume par endroits, ambiance sonore posée, un peu de bla-bla, détente.
Mais que ne font-ils ça dans les douches, allez allez, je veille.. à grandes eaux de préférence.. où en suis-je.. Partis, douches, chiottes, la toilette au plus vite, le reste, la fin, la suite, l’oubli, en rire au plus vite, voilà ce qu’il faut.

Au passage, ils ne peuvent pas ignorer ma présence illuminée, la bougie, et j’apparais le stylo à la main, penché en arrière dans un faux-semblant d’intense réflexion, moi-même en pleine action. Au chrono, disons cinq minutes, le temps de remplir un peu plus d’une page. La fille s’appelle Sophie. Je donnais Sandrine, S. J’ai un personnage de ce nom, pas vraiment en rapport avec la réalité, pourtant évidente, de celle-ci, qui regrette un peu ses ébats bruyants, fait sa mijaurée. Terminée mon rôle de témoin invisible-apparent, bon souvenir les enfants, une occasion d’en rire, toujours évacuer par là, parfait, ils se mettent à grailler des nourritures à portée de main, ça creuse.. Lourdauds jusqu’au bout, cons à souhait.. bien tassés de connerie rieuse, poliment juvénile.. Longue vie à venir d’enfoncement, de nivelage lymphatique d’une léthargie d’animaux digérant.. Bœufs, beaufs’, surpuissance du ratage, ignorance bâclée, futurs militants de leurs droits.. je vais me coucher.. dormir et faire des rêves de genre, d’anticipation, une nuit à rallonge. Lecteur, voilà ce qu’il reste des notes, après gonflements et autocensures successives. C’est un bon début. Je vais relire mais je me lasse des versions. C’est comme l’eau. Ca arrondi les angles, meule tout sur son passage et ne laisse qu’un tapis de cailloux bien polis, une plage de galets... C’est le problème.. Tout juste peaufiner le collage.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

4-03-2007
Chapitre du Roman
Troisième partie
- Klingsor

24-07-2002
Chapitre du Roman
Deuxième partie
- Klingsor

24-07-2002
Chapitre du Roman
Première partie
- Klingsor

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