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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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13





ACTE II : LA DISCORDE.

Justin - Oui ?

Amandine - Allo, c’est Amandine, tu te souviens ?

Justin - Amandine, attends voir...

Amandine - Oui, c’est moi. Tu vas bien ?

Justin - Comment ça "Tu vas bien ?" Non, ça ne va pas. Et puis, en quel honneur m’appelles-tu, déjà ?

Amandine - Aucun, je voulais juste te dire bonjour...

Justin - Voilà. C’est fait.

Amandine - Et je voulais savoir comment tu te portes, sans moi. C’est tout.

Justin - Comment ça, c’est tout ? Ca veut dire quoi, ça, "C’est tout" ?

Amandine - Oui, c’est tout. Je me disais que ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu, alors je voulais t’appeler, comme ça, pour te dire bonjour, si ça ne te dérange pas. Voilà.

Justin - Mais sûrement que ça me dérange, que veux-tu que ça me fasse ? Tu désertes ton lit, moi y compris, pour celui d’un gynécologue en herbe, et je devrais être heureux peut-être ?

Amandine - Il est vétérinaire. Tu pourrais être plus agréable, des fois.

Justin - Je suis très très agréable. C’est bien simple, il n’y a pas plus agréable que moi. Forcement, toi, tu n’as pas d’autre chose à faire que de remuer les mouches, tu peux te permettre d’être désagréable. Moi, ça devrait m’énerver, mais pas du tout, je suis agréable, c’est tout. C’est toi que ça énerve.

Amandine - Je garde tout mon calme. Je reste bien gentille et je te passe même des petits coups de fil amicaux, tu vois.

Justin - Je t’en remercie. Et qu’est-ce qui t’arrives pour que tu sois subitement si gentille et attentionnée pour moi ? Un homme ne te suffit plus ? Tu te sentirais seule, alors tu m’appellerais, simplement, pour prendre rendez-vous pour un thé au miel accompagné de gâteaux, en écoutant la radio, un dimanche dans l’après-midi.

Amandine - Ce n’est pas une mauvaise idée. Ca dépassionnerait le débat. Je te sens comme tendu, quand même, derrière tout ça.

Justin - Il s’agit bien de ça, dépassionner. Mais il n’y a pas de débat. Il y a une bouteille, la nuit et moi. Et on discute peu tous les trois. Tu sais comme j’aime le silence des nuits fades et les longs soupirs des violons qui somnolent. Je ne demande qu’à me taire.

Amandine - Je t’en prie, ne me refais pas la grande scène du trois de l’acte deux. Tu n’es pas si seul, que je sache. Ton alliance en témoigne.

Justin - Et j’en suis malade. Elle me pèse cette alliance, elle me serre tellement le doigt que j’en ai le souffle coupé. J’ai l’impression de l’avoir en laisse et de traîner un vieux sac d’os et de viande à moitié vivante qui gesticule dans mon dos.

Amandine - Et moi, je suis libre. Je n’ai pris aucun engagement, et c’est bien pratique, c’est ça ? Et si la libertine, elle avait envie d’avoir aussi une alliance un jour, pour traîner son petit paquet de muscle et de tendresse bien confortable dans son dos, pour voir. Elle se sent seul la joyeuse. Alors elle te demande par un petit coup de téléphone amical de cesser tes jalouseries bien commodes. Elles sont plutôt mal venues.

Justin - Je suis peut-être jaloux, et j’ai sans doute de très bonnes raisons, mais il ne s’agit pas de ça. Tu as décidé qu’on ne se verrait plus : "par souci de préserver l’équilibre essentiel à ton nouveau couple..." Alors j’aimerais bonnement que tu m’épargnes tes appels nocturnes, et que tu me laisses enfin me morfondre tranquillement au fond de mon sofa entre mes amies licencieuses. Voilà.

Amandine - Voilà ? Je croyais que tu ne m’aimais pas. Alors, je ne vois ce que mes appels ont de mal, ni ce qui te fait penser que je tiens à te torturer, surtout jouant sur un sentiment que tu n’éprouves pas. Trouve-toi plutôt une nouvelle maîtresse à escroquer d’amour.

Justin - Je te suis fidèle, moi. Ce que j’éprouve ne te regarde pas. Ne te mêles pas de sentiments, s’il te plaît.

Amandine - Non, ça ne me plaît pas. J’avais envie de te parler, d’entendre ta voix, peut-être, qui sait ? A savoir si quelque part il n’y a pas un fond de sentiment en toi.

Justin - C’est toi qui sors les gros mots. Sentiments, qui t’a parlé de sentiments, ton gorille ? C’est une notion que tu ne connais pas, ou petitement. Tu as envie. Tu n’as plus envie. Tu prends, tu jettes. Tu appelles, tu n’appelles pas. Mais toujours pour quelques nouvelles, voilà ?

Amandine - Et bien ? Qu’y a-t-il ?

Justin - Il y a qu’il n’y a pas si longtemps, quand tu m’appelais, c’était pour me voir et pas pour m’entendre. Tu voulais ne pas finir ta soirée toute seule dans un grand lit froid, avec pour seule compagnie un mauvais film sur une mauvaise chaîne, voilà !

Amandine - Ha oui. Je vois.

Justin - Oui. Mais depuis que tu as ton laveur de caniche sous la main, tu ne m’appelles plus que pour prendre ma température, ou t’informer du temps qu’il fait par chez moi, alors qu’on habite à deux minutes.

Amandine - Et quoi ? Tu ne trouves pas ça normal ?

Justin - Justement, non.

Il avait raccroché.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
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La Ballade de l’Hippocampe.
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7-11-2004
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La Ballade de l’Hippocampe.
64
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