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LA BALLADE DE L’HIPPOCAMPE
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06





Seul au milieu des petits fours et des olives fourrées, il resta un instant fardé d’une flopée de pensées grises, humides, et dit tout bas : "Je...", puis "...vous..." Mais la cacophonie qui jaillît soudain à mille décibels de la loge de l’actrice couvrit son dernier mot. Les glaçons vibrèrent sur son jus de papaye contre les parois cristallines de son verre, et il ressortit de ses songes, comme trempé d’une huile noire. Il avala tout le sirop d’une ultime gorgée. Une imperceptible grimace d’écœurement zébra son visage, et il partit d’un air décidé pour rejoindre sa loge, doucement.

Il traîna les pieds à travers les couloirs où la moquette spongieuse absorbait son ivresse.

Il savait désormais ce qu’il ne fallait pas faire, ou plutôt ce qu’il ne fallait pas être. Il ouvrit la porte de sa loge sur cette conviction. Pourtant, un profond relent d’humanisme primaire le saisit aux parties génitales à la vue du papier peint gris garni de poissons délavés qui tapissait les murs de sa loge. Il comprenait combien, au fond de lui, il ne pourrait jamais se résoudre à sauter à la corde ou à jouer à l’élastique dans la seule perspective de créer le moindre lien affectif durable avec une comédienne, même quelconque. Refermant sa cloison dans son chambranle moisi, comme un des nombreux sas de son esprit, il essaya de se résoudre à la flatter, à l’avenir, comme tout bon aguicheur ferait. Puis il se perdit longtemps dans les méandres d’un schéma de séduction conventionnel, et continua de se brosser les dents au cirage en regardant dehors.

Quelque part, ses idées s’écoulaient au raz du pavé luisant.

Un bateau en papier journal flottait dans le caniveau, entraîné par les hurlements du vent. Un chapeau écrasé gonflait dans une vague et chuintait par ses pores gavés un air d’hiver oublié. Une bouteille de verre à moitié pleine roulait sous les flots entre deux pieds de fer pour s’arrêter soudain. Son goulot alourdi par un bouchon en liège butait désespérément contre une grille d’égout, accompagnant de son tintement clair la mélopée tragique d’une machine à sons courbée au-dessus d’elle.

Entonnant de son timbre grêle un refrain dansant de l’année dernière, cette machine gonflait ses soufflets et se laissait sans heurt remonter à la manivelle. Un vieil homme tournait nonchalamment ses étranges mécanismes, grippé de tous ces muscles au milieu de son costume de père noël trop étroit.

Il actionnait, avec une précision d’horloger, les mécanismes et les pistons de son accordéon. Cependant, il imitait à la voix les tons d’une chorale entière. Mais, bien que donnant tout son bon cœur, l’appareil faisait montre de certains signes d’apathie et couinait par moments d’un long bémol mélancolique plombant la mélodie dans les catacombes sonores d’une tristesse infinie.






notes,

vendredi 2 août
Cahiers - IV

textes

2-01-2005
La Ballade de l’Hippocampe.
1973
- James Benoit

26-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
72
- James Benoit

19-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
71
- James Benoit

12-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
70
- James Benoit

7-12-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
69
- James Benoit

28-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
68
- James Benoit

21-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
67
- James Benoit

14-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
66
- James Benoit

7-11-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
65
- James Benoit

31-10-2004
La Ballade de l’Hippocampe.
64
- James Benoit

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