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JOURNAL I
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Comment elle...





Je ne sais plus quand nous nous sommes rencontrés, ni où c’était, ni s’il faisait beau pour la saison ou s’il pleuvait, ni pourquoi elle n’avait pas pris un taxi ce jour là, et toutes ces anecdotes qui font l’histoire, mais quand je la revois, encore, c’est au soir, c’est le moment où elle se déshabille, et, cette odeur de ville, parcourues à la hâte, mélangée aux parfums naturels de sa peau et aussi à des particules infimes de temps qu’il fait que le vent a accroché dans ses cheveux, je crois, je m’en souviens.

Je la devine au coucher, froissant les draps pour s’y glisser, la pièce d’à côté, alors que je traîne entre deux meubles pour faire durer. J’attarde mon doigt sur la table basse. Il fait des lacets, comme pour évaluer la poussière déposée dans la journée. Il y a une publicité qui se termine sur une chaîne commerciale, et puis la présentation du programme du lendemain. C’est à peu près ce qui résume l’acte d’aimer.

Un bouton rouge pour éteindre. Changer de pièce. Son odeur s’accroche à ses vêtements. Elle les a laissés sur une chaise. Elle se répand dans les murs. Elle s’accroche à tout. Cette odeur, je l’aime. Je la devine. Je la souhaite. Quand elle me manque, je me jette entier dans la penderie jusqu’à m’en étouffer. Elle me manque.

Elle laisse sa signature partout, même juste là où elle jette négligemment son manteau au retour du dehors, même là où elle n’est pas, et quand elle n’y est plus. Tout en transparence sur un verre de la cuisine, une marque de rouge à lèvre et des empreintes de doigts. Quelque chose de sa présence qui me fait hésiter un instant à mettre le verre au lavage, et parfois, à le laisser exprès où il est. Je m’installe dans un fauteuil pour le regarder, et j’attends.

C’est une sorte de fétichisme qui entoure tout ce qu’elle touche. Très vite, je me suis mis à vivre avec, dans, ses objets à elle, son environnement, à elle. J’ai vécu partout où il y avait des traces d’elle. Et rien que là. J’ai adopté ses amis, ses envies, ses horaires. J’ai couvé ses angines, j’ai fumé ses cigarettes. J’ai parlé à ses couverts, j’ai embrassé ses chaussures. Petit à petit. Tu veux un café ? Et j’en suis passé d’aimer lui apporter son petit déjeuner au lit à un véritable amour pour la cafetière.

Elle s’est faisait discrète, du lever au coucher, comme font les femmes qui ont quelque chose à dire. Elle courait après le vent, et toujours en retard, alors que j’étais là. Juste. Elle regardait dans le vide, d’une manière de se chercher. Nous étions deux, au moins pour ça. Elle ne jetait plus son manteau en arrivant. Elle ne laissait plus ses affaires sur une chaise. Elle dormait sans défaire les draps. Alors, je me suis mis à faire d’autant plus de café. Tu veux un café ? Elle me répondait oui.

Ses affaires sont parties une à une de l’appartement, sans que je puisse dire comment, où, quand. Je n’ai rien vu disparaître, ni ses habits, ni ses humeurs, ni les tableaux, ni les meubles, ni le temps qu’il fait. Toujours est-il qu’il y avait de moins en moins de traces, rien à récupérer, et qu’il fallait que je me lance, certains jours, des heures à leur recherche pour une rognure d’ongle, un capillaire brisé et minuscule. J’avais éclusé le bac à douche, j’avais fait les dessous de moquette, et j’entrais, à force, dans les fibres de son oreiller. Je léchais les coins de vitres.

Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai retourné les lieux, de fond en comble. J’ai retourné les malles. J’ai ouvert des portes. J’ai truqué l’aspirateur. J’ai étreint la cafetière. Longtemps. Et j’ai fait des cafés. J’ai fait des cafés. Jusqu’à ce que je lâche un dernier "Tu en veux un ?", sans réplique.

J’étais seul. Et voilà. Les lieux étaient vides. Je ne les reconnaissais même pas. Elle avait finit par disparaître, ses affaires et puis elle aussi, et je ne m’en étais pas rendu compte... débarrassé. Des murs secs. A moins que ce soit la cafetière qui ait été mise aux débarras, moi avec.

Alors, je ne dis pas qu’un moment elle ne m’a pas aimé, mais là, je ne sais même plus comment, ni quand, ni où, elle s’est débarrassée de moi.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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