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EN MARGE
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Arrêtez d’écrire.





Anne,

Je pense au pays de la lenteur. Certains en disent que c’est le rythme de l’accomplissement, ou celui du plaisir, encore. Mais je pense à son espace, à ses mouvements, ce lieu qui, s’amenuisant, appelle à des élévations, et où le temps vient s’inscrire. Noir sur blanc.

Un fauteuil devient un échelle, une feuille blanche une montre ; et l’être humain qui est assis là est parti en voyage. Où sont ses enfants ? Et cette vie qu’on se promet. A midi, il sera l’heure d’aller à la cuisine, se préparer quelque chose. Y’a-t-il du soleil ?

Il peut y avoir la radio au maximum de son volume, une télévision d’allumée, la fenêtre ouverte sur la rue, les ébats des voisins qu’on entend dans l’après-midi, il peut y avoir des combats, juste là, à côté, c’est la pièce du silence. Un esprit battu par les vents.

Ce n’est pas des paroles. Et à qui ? Ce n’est pas des rires, même si c’est parfois de l’humour, ce n’est pas un cri, et ça ne l’a jamais été. Ce n’est même pas des mots. Ecrire, c’est du silence. Même là, une lettre.

Une lettre, c’est pour ne pas se dire qu’on ne se voit pas. Alors, un roman... Pour dire à tout le monde quel monde on ne vit pas. Qui peut lire ça ? Pour qu’on se touche du bout des doigts, et la plume droit dans l’œil. Pour communier dans la fiction, au fond du rien, et en tirer quelque chose qui a tout de l’air humain, même si on sait que c’est totalement faux et qu’entre nous, entre tous, tout le temps, il n’y a que des souvenirs. Ne serait-ce que la langue qu’on a presque en commun, qu’on a apprise à un moment et dont on se souvient, et puis la vie qu’on sait par cœur et de la même manière ; et qui nous revient parce qu’une image, parce qu’une voix, parce qu’un mot... des souvenirs tout à fait personnels et qu’on a tous vécu.

Veux-tu que je te dise combien je suis désolé de n’être moi-même que quand on me lit... et de t’avoir fuit, dans tous les cas, comme je me fuis moi-même.

Je pense au pays du mal-entendu qui fait que, parfois, parce qu’on a un élément de souvenir qui se ressemble, on peut se comprendre, dans les grandes lignes.

Mais mon souci était dans les détails, certains qui font que, par magie, ça marche, et les autres, qui font penser à des moutons de poussières dans les mécaniques. Ces détails qu’un lent apprentissage de l’idiotie n’aura pas encore suffit à me faire ignorer, même à force de pitreries oublieuses, avec tous ces rochers rugueux de relations abouties, transformés en patinoires, à la longue. Et je n’ai pas parlé d’aimer.

On n’épouse jamais que des illusions. C’est à force d’efforts qu’elles durent, parce qu’on en fait des lois, parce qu’en cas de débordement, on envoie la police. Mais les faits ont toujours raison sur la raison, les réalités sur les vérités. C’est une erreur, humaine, que d’avoir eu foi en le contraire. Force est de constater qu’à mi-chemin du trajet d’une lettre, il n’y a que des mots sur du papier. A mi-trajet des mots, il n’y a que du vent.

Il y aurait bien ce que j’ai voulu dire, et ce que tu aurais pu entendre, mais ce sont trois choses bien différentes, et il faudra encore se satisfaire des grandes lignes, qu’on assimilera à du silence, plus tard.

Si quelque chose pouvait s’inscrire, ce ne serait que dans une extrême lenteur, et notre vie serait trop courte pour en livrer l’avant goût. Pour un peu de réalité entre nous, seulement, il faudrait se résumer à un mot, et passer toute sa vie pour le prononcer.






notes,

jeudi 24 février
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mardi 27 mai
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