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SYNOPSIE
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Marie à revoir





 

Le soir était venu comme tous les soirs à la fois. Approximativement noir. Marie attendait en appui sur une jambe, adossée contre la vitre du compartiment. Que le train s’immobilise tout à fait et que le chuintement étoffé de l’air comprimé quelque part dans un mécanisme se relâche à nouveau, pour ouvrir les portes du wagon. Quelque chose ne devait pas fonctionner dans le système de la porte voisine, un jeune gars se tenait dans l’embrasure, dans le sens de la marche. D’une main, il tenait nonchalamment la barre centrale. Il descendit sur le marchepied, un pied, l’autre il l’abandonnait en l’air au-dessus du remblais, au-dessus de la surface floue du quai, qui défilait, se déroulait à plat. Le train ralentissait, il conservait toujours son inertie. Bientôt le chauffeur freinerait sa machine et tout s’arrêterait pour un instant, un lointain sifflement aux oreilles. D’un coup de son épaule droite, Marie se dégagea lourdement de l’attraction de la cloison où tout le poids de son corps s’était mollement tassé, laissé emporter dans le roulage du train mort, sa décélération tranquille. La posture indécise il sembla tituber une seconde avant de reprendre son équilibre, elle empoigna machinalement la barre chromée qui se tenait là devant, posa son regard dans le vide où la tige s’enfonçait, celée, vissée au sol plastifié.

Le type scrutait les voyageurs sur le quai, tournait la tête de l’arrière à l’avant du train l’air goguenard, et même l’air de préparer un mauvais coup. Le crissement surgit accompagné d’abord de quelques claquements dans les essieux qui résonnaient en grondements sourds à travers le plancher et en craquements routiniers ça et là sous les sièges. Le bruit discret des radiateurs qui chauffaient derrière les grilles basses, et puis les premières bouffées d’air se firent entendre, perçant la carlingue et venant d’on ne sait où ; la chaleur cuisait les mollets des voyageurs dans les compartiments. La note se fit plus criarde en montant dans les aigus puis monotone, et on en resta là. Et puis aussi dans les derniers instants d’une apnée poussive, tout l’air fut dégagé par les purges, par dessus le sifflement des roues, des coulissements de portes ouvertes, des piétinements dans les couloirs et sur les marches. Elle releva la tête, le regard dans le vide de la porte d’à côté d’où le gars aura disparu. Tout allait s’arrêter pour de bon, elle recommencerait à penser. Elle remarqua l’emplacement des escaliers sur le quai qui passèrent lentement à sa hauteur et qu’elle dépassa ; un jeune type isolé courait dans leur direction, s’y engouffra et disparu, les yeux toujours braqués vers le fond. A sa gauche un homme s’était approché d’elle, il avait la main sur la poignée.

Les portes s’effacèrent dans un bref roulement puis un choc caoutchouteux. Cet homme descendit promptement et fit un angle droit vers les marches en filant. Elle vit son pied sur le marchepied, de l’autre, elle accostait le quai scintillant en lâchant la barre grasse dans un choc humide de semelle raclée. Une fine pluie blanchissait sous l’éclairage cassant de la gare.






notes,

jeudi 24 février
Nous ne sommes jamais à l’abri de la pluie.

mardi 27 mai
Du même bord jaillira la victoire du nombre

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