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JOURNAL I
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La nation, premier homme.





En première ligne, l’homme se défend. Il n’est pas question de se laisser abattre. Les barricades en surplomb de l’avenue dépassent la hauteur de la vue et hérissent l’horizon de pieds de chaises, d’accents aigus. Il n’y a rien à y voir. Même lui, il est masqué par un couvercle de poubelle et la diagonale d’un poteau télégraphique déraciné. Il fait siège devant le vide et le vent qui pousse des moutons de poussières et des boules de sassafras, de chaque côté.

On sentirait presque l’air lui filer, opaque, entre les doigts, sans même serrer les poings. Sans effort inutile. On y aurait rien attrapé, pas même une grippe, pas même le diable par la queue, fusse avec les mailles d’un filet, des pinces monseigneur.

On distingue des odeurs. Des fumées de suie s’enroulent vers le haut, à l’est, près des jardins, au long des vignes sauvages. Elles s’agrippent aux cimes des arbres et redescendent sur la ville par vagues, ondulantes et soyeuses. Par là, il y a des flammes, des cœurs qui vibrent, des donjons renversés où on se bat encore. Dans l’encart d’une fenêtre brille la lunette d’un fusil à longue portée, au coin de rue suivant. Sous une baie vitrée, une lampe à pétrole projète des fantômes polis qui s’encastrent, à l’approche, dans les fissures des murs. Ca fait peur à voir. On jurerait des rats. Difficile, dans ces conditions, de se laisser prendre au jeu.

Rien à avoir, non plus, des possessions immobilières qui se crèvent comme des toiles et ne révèlent, dérangés, que des intérieurs de papier peint, des lustres de plafond, des cuisines équipées au gaz et à l’électricité. On glisse sur des cloisons mangées par des monstres de fer qui y ont laissé comme une traînée de souffre. On retient un canapé tangent sur un gouffre du plancher, vide de gens et au cuir desséché, et des meubles en kit à remonter. Dans une chambre offerte et sous un baldaquin, à moins d’une semaine d’ici, des fiancés s’enroulent dans un drap de soie. Personne ne les voit mais ils y dorment encore, en attendant.

C’est une manifestation de fureur, en plein boulevard, qui a pris la foule au ventre comme un coup de fusil. Et puis ça file en tous sens. Des charges qui fusent comme des projets, et des paroles qui tombent à pic, du haut d’une falaise. On y jette des philosophes, sans écharpe et sans parachute, des possibilités toutes dévêtues. Toute une population de liens égrenés qui se précèdent et se suivent et se bousculent dans le même sens. Curieux à voir.

Sous la fascination de l’alerte, on ne bouge pas, on s’active. Une femme s’est même regardé saigner dans une vitrine avant d’y disparaître dans un fond de voiture brûlée. Une vraie affiche de cinéma, le titre en moins. Dans une société du spectaculaire, un miroir, c’est symptomatique.

Mais l’homme, le premier, a su qui était visé. Il a senti ramper le souffle froid d’un regard zoomé sur ses muscles. Même son omoplate en était écarlate, si indignement épiée. Il a tourné des talons, donné de la botte pour faire face au danger. Mais des immeubles penchés sur lui, pas un ne dérogeait aux successions de fenêtres en promotions, accueillantes et groupées, scintillantes et placides. Il revoyait circuler les anges sur son berceau. Un défilé de jouets aguichants et dorés.

Il aura fallu s’en défaire, de ça comme des autres, des espoirs comme des biens, pour ne pas s’en faire posséder, et tenter de résister en se mettant à découvert.

D’un angle de vue supérieur, sa destinée le cherche, méticuleusement. En passant à nouveau sous sa fenêtre, il lui donnera une autre dernière chance de le pénétrer.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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