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JOURNAL I
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Il pleut des vaches mortes





Il pleut des vaches mortes, trop maigres pour survivre. C’est plutôt hors saison. Il pleut des vaches sacrées, sacrifiées, affamées, restées trop jeunes pour se soulever. A peine encore des veaux. Et on les voit danser, à grande vitesse sur les autoroutes, désuètes dans le ballet des essuies-glaces, et se hisser en peine avec les gouttelettes vers le toit de l’habitacle.

Partout on les voit perler, KO, sur le carreau, et faire des signes à qui en veut, des traces de chute, des coups de sabots, des ecchymoses, en faire des tonnes et des kilos à la vitrine des magasins.

Elles tombent, à la corde, avec leurs chiens et leurs chats, et des cochons de lait domestiqués à mort, comme si on les passait par-dessus bord avec l’eau et les vivres, ou si elle s’y jetaient d’elles-mêmes, affolées par un bruit, une étoile, après qu’on leur ait soigneusement nettoyé la cervelle.

Plus rien ne les retenait, et, longtemps, rien n’est descendu de leurs mamelles avides. Elles se sont parquées, en suspens, dans les volutes nacrées, et c’est aux herbes à présent d’avoir des regrets ruminés en les voyant dégringoler.

Elles se sont élevé, intensives, en tourbillons secrets, assaillies d’ombres de prairies, des mirages de forêts, des rêves de léthargies auprès desquelles on succombe plus qu’on se réfugie ; et elles demeurent bouche-bée, béates, abouchées, dans un semblant de pose qui rappelle de l’amour, ou de la peur, et peut-être un métier. Elles tombent comme des mouches, décimées dans la fleur de l’âge.

C’est une chute sans frein qui ne reste pas sans évoquer d’autres ondées bibliques, des batraciens aussi, pas aussi gras, et qui nous pesaient moins. Elles planent un moment, et leurs songes champêtres s’accomplissent dans le sang.

Il pleut des pièces de steak pas encore découpées. Il pleut des droits de cuissages, des langues pendantes, des esclavages contemporains, des verticales alignées qui demandent à se raviver. Il pleut des poignes de fer, des pieds d’argile, des masses manquantes. Il pleut des vaches mort-nées, apparues dans une buée.

Il pleut des vaches fragiles, déstabilisée par leur cours à la bourse et la pression des d’atmosphères, des preuves accablantes qui s’accumulent. Elles penchent dans les flux, sur le parcours des guerres, flottent comme des drapeaux, et sous les chocs répétés des derniers arrivés leurs muses, asservies aux nuées, se précipitent sous la charge. Milliard de gouttes dans l’océan.

Elles ont assez de cinéma, du train qui passe, du maigre parapet qui les tiens loin des précipices. Elles sont roulées dans la farine, confites dans l’alcool, fumées, séchées, salées, emballées et sous vide. Si bien rodées aux mécanismes des cycles qu’elles se bouffent entre elles, tout enragées qu’elles sont. Et on ignore souvent qu’avec un peu de fougue, et de la myopie en secours, elles se prendraient à rugir en culbutant la haie.

Certaines en tremblent encore. Elles chancellent sur leur pas. On comprendra pourquoi, quand sous les parapluies, et pendant ce temps là, on bavarde du temps, et qu’à moins d’un coup de vent de là, les premières pelles mécaniques commencent le ramassage.

Il pleut des vaches vivantes qui meurent quand elles atterrissent, qui explosent comme des bulles sur le plancher des vaches.

Certaines d’entre-elles, encore, dans le temps imparti, militent pour la survie de l’espèce.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

13-03-2008
Colloïdes.
- James Benoit

16-02-2008
Autre chose - 2 - Ca va se savoir.
- James Benoit

20-01-2008
Autre chose - 1 - Il faut l’avouer.
- James Benoit

15-10-2006
La Nation, La Banlieue d’Eden.
- James Benoit

15-09-2006
Silencieusement.
- James Benoit

8-10-2005
Tel.
- James Benoit

6-08-2005
Des raisons d’agir.
- James Benoit

1er-04-2005
Depuis l’aéroport.
- James Benoit

5-06-2004
La chose en question, VI.
- James Benoit

1er-04-2004
La Chose en question, V.
- James Benoit

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