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Tout le monde.





Elle ne se rendait pas compte, pas tout à fait. Mais à bien y regarder c’était un spectacle infini, continu, pas de nuit. A chaque parcelle de vue son théâtre offert ; à chaque oreille ouverte comme un trou dans la tête, un chant de barde ou de poète, un orchestre symphonique ; et des distractions à perte de sens, même pour acheter des boites de conserves.

Encore à accepter le baiser de la mouche qui se posait sur sa main - ce n’est pas grave, ici, on y voit rien - elle franchissait déjà l’allée bondée de caddies encastrés pour rejoindre l’ère des biscuits pour chiens. On annonce que c’est l’heure d’avoir envie d’un petit café entre amies, mais de ne pas en avoir le temps. Et contre ça, il y a des garderies pour enfants, des coupe-faim, des ascenseurs. Au loin, la tête de gondole, déjà sue, mais encore espérée... Venise, et son grand carnaval. Fort heureusement personne n’a vu.

Au fond, elle se doutait bien que plus un instant du temps ne se passait sans une voix. Des sourires informels, informations faciles, des accords digestibles. Mais c’était devenu quotidien, annuel. Hebdomadaire, aussi, avec en défilé des fausses vies d’étoiles mâchées, des étoiles de papier, étalées, à plat dès la couverture, et à soi pour toujours comme des modes, adoptées.

Son attention se dirigeait toute seule, comme une barque, avec sa propre volonté et le rythme cadencé de sa marche, en zigzag sur le damier du carrelage et entre les obstacles humains plantés là. Comme un singe de branche en branche, le grand singe rémanent de ses gènes, de sauces exotiques en légumes surgelés pour les besoins journaliers en fibres, de boite en boite, elle voltigeait, elle s’agrippait. Son plus ardent désir de ne pas désirer.

Enfin voilà les filtres, les filtres à café, justement. Ceux qui séparent le marc du jus, comme tous les filtres, et qui permettent de ne pas s’y tromper. Tout en elle voulait mettre la main dessus. Et puis des crèmes glacées. Pas moyen de s’en empêcher. Qu’avait-elle noté sur la liste ce matin ? Et où donc était cette liste préparée ? C’était une évidence qu’entre le film du soir et celui du lendemain, il y avait eu un matin.

Je pense qu’elle aimerait encore assez se débarrasser de cette attraction étrange. Comme on époussette ses épaules de pellicules disgracieuses, des mauvais films de jeunesse, des projets flous. Tout comme on chasse d’un revers de la main cette saleté de mouche qui s’est satellisée autour de sa tête, à présent, et qui vrombit sans comparaison. Qui s’attache à ses idées, qui tient à ses convictions. Et elle n’en finit plus d’y retourner en rond, ou plutôt en lacets, lui inventant des nœuds à l’âme que les marins lui envieraient, lui rappelant sa vraie nature de morceau de viande.

Le tube de l’année repasse. Mais c’est à elle qu’il semble passer dans un tube. Tunnel de train fantôme aux loopings ventripotents. Une impression d’être en été, et de se baigner en maillot dans un lagon tiède, une impression d’être la femme à laquelle on s’adresse avec des papiers d’emballage. L’exception durement conquise durant des siècles d’une lutte acharnée. Tout ça mis en accord, et toutes ses déambulations de comédie musicale, une barquette de poisson sous l’aisselle qui l’envoie tournoyer à l’étage des petites tenues.

Au comble du divertissement, elle savait combien ses propres facéties et son originalité très personnelle la menaient pour finir à portée d’un carré organisé de céréales compactées sous une couche onctueuse de chocolat noir. Les sirènes de la culture en alerte sur les crêtes, au service agile des paisibles plaines agricoles. L’instrument du désastre.

La main sur un tube de dentifrice pour s’en servir de micro, devant la glace de la cabine d’essayage, et sans chaussettes, elle se disait encore toute pleine d’attirance pour un collègue du bureau, mélomane des banlieues de la romance, de la cambrousse de l’oreille interne et du pavillon, sans être sûre qu’il ne sera pas, lui aussi, un pur produit de la mise en scène. Sans en avoir le cœur net.

Mais bien sûre qu’elle en était sûre. Et son cœur est honnête.






notes,

mercredi 21 décembre
Les champs d’automne

samedi 26 novembre
Téléphone

samedi 26 novembre
Sans date non plus

samedi 26 novembre
Sans date

samedi 30 avril
Cinquième note, évolutive.

mardi 12 octobre
Petite vanité

lundi 5 avril
Traque

mercredi 28 janvier
Quatrième note, conjonctive.

mardi 11 novembre
L’inconfort

vendredi 21 mars
Troisième note, géographique.

lundi 18 novembre
Génération de l’ineffort

samedi 12 octobre
Deuxième note, récapitulative.

vendredi 4 octobre
Première note, explicative.

samedi 28 septembre
Aux aurores assagies..

lundi 2 septembre
Fin du journal I

dimanche 28 juillet
Le jour était levé

textes

15-04-2008
Verticales
- James Benoit

24-12-2007
Reptile - 6 - Lentement, comme de lui-même.
- James Benoit

10-12-2007
Reptile - 5 - Les discussions font encore rage.
- James Benoit

28-11-2007
Reptile - 4 - On ne fait pas ce qu’on veut.
- James Benoit

19-11-2007
Reptile - 3 - Un peu de tout et n’importe quoi.
- James Benoit

6-11-2007
Reptile - 2 - Direction est donc prise.
- James Benoit

13-06-2007
Reptile - 1 - Sur les photographies.
- James Benoit

15-01-2007
Amoures propres.
- James Benoit

15-12-2006
La mélodie des dieux.
- James Benoit

5-02-2006
Animal de foi.
- James Benoit

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